Soudan du Sud: les rebelles accusent le gouvernement de vouloir un «retour à la guerre»

Le président sud-soudanais Salva Kiir (g) le 2 juin 2014 et son adversaire, Riek Machar, ancien vice-président, le 9 mai 2014 à Addis Abeba (AFP/Archives/Zacharias Abubeker/Samir Bol)
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Le président sud-soudanais Salva Kiir (g) le 2 juin 2014 et son adversaire, Riek Machar, ancien vice-président, le 9 mai 2014 à Addis Abeba (AFP/Archives/Zacharias Abubeker/Samir Bol)
Le président sud-soudanais Salva Kiir (g) le 2 juin 2014 et son adversaire, Riek Machar, ancien vice-président, le 9 mai 2014 à Addis Abeba (AFP/Archives/Zacharias Abubeker/Samir Bol)

Les rebelles sud-soudanais ont mis en garde mardi contre un risque de « retour à la guerre » si le gouvernement met en oeuvre son projet de multiplier par trois le nombre d’États dans le pays, une mesure qui selon eux sape l’accord de paix signé fin août.

Le président Salva Kiir a signé vendredi un décret devant faire passer de 10 à 28 le nombre d’Etats, ce qui rendrait obsolète le mécanisme de partage du pouvoir consenti dans l’accord de paix visant à mettre fin à la guerre civile qui ravage le pays depuis décembre 2013.

« L’objectif de cette décision unilatérale est d’exacerber les sentiments tribaux des peuples du Soudan du Sud, pour qu’il y ait un retour à la guerre », a estimé un porte-parole des rebelles, Mabior Garang.

La mise en oeuvre de ce décret présidentiel « causerait en réalité l’effondrement » de l’accord de paix, a-t-il prévenu.

Les médiateurs internationaux, dont la Grande-Bretagne, la Norvège et les États-Unis, ont déclaré que ce décret est en « contradiction directe » avec l’accord de paix signé par le gouvernement le 26 août, tandis que l’Union européenne a appelé Juba à « s’abstenir de procéder » à la multiplication des centres de pouvoir dans le pays.

Indépendant depuis juillet 2011 et né sur les décombres de décennies de conflit contre Khartoum, le pays a replongé depuis décembre 2013 dans la guerre civile, marquée par des massacres et des atrocités, qui a fait des dizaines de milliers de morts et chassé quelque 2,2 millions de Sud-Soudanais de leurs foyers.

Le 26 août, un accord de paix a été conclu par Salva Kiir et le chef de la rébellion, son ancien vice-président Riek Machar. Mais les deux camps s’accusent mutuellement de l’avoir violé et les combats continuent dans certaines régions du pays.

Cet accord prévoit un mécanisme complexe de partage du pouvoir aux niveaux national et local entre gouvernement et rebelles, pendant une « période transitoire » de 30 mois, devant s’ouvrir fin novembre, durant laquelle Salva Kiir reste président.

Les postes au sein des exécutifs locaux sont répartis de façon variable dans les 10 Etats, entre gouvernement et rebelles. Les rebelles récupèrent 40% des postes dans les exécutifs des deux Etats pétroliers d’Unité (nord) et du Haut-Nil (nord-est) et y nommeront les gouverneurs.

La création de nouveaux Etats – les Etats d’Unité, du Haut-Nil et du Jonglei, principaux champs de bataille du conflit, doivent être divisés en 10 Etats – est censée favoriser une décentralisation du pouvoir, selon le gouvernement. Mais pour Mabior Garang, « c’est juste une nouvelle tentative par (certains éléments du) gouvernement de Salva Kiir de faire dérailler le processus de paix ».

Dans un communiqué conjoint, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire européen aux Affaires humanitaires Christos Stylianides ont estimé que cette initiative allait « à l’encontre de l’esprit et de la lettre » de l’accord de paix.

Le décret présidentiel doit désormais être approuvé par le Parlement – presque entièrement acquis au président Kiir -, ce qui devrait être fait d’ici la fin octobre.

L’ONG Médecins sans Frontières (MSF) a par ailleurs annoncé mardi avoir été forcée de suspendre ses opérations à Leer, dans l’Etat d’Unité, pour la troisième fois depuis décembre 2013, après que sa base eut été attaquée à deux reprises par des hommes armés, en fin de semaine dernière.

MSF avait déjà retiré son personnel expatrié de Leer en mai en raison de l’aggravation des combats dans la région, puis avait été la première ONG à y retourner en juillet avec une équipe réduite.

Vendredi, plusieurs hommes armés ont volé au personnel de MSF du matériel médical et technique, des véhicules et des effets personnels, tout en le tenant en joue. La même scène s’est répétée le lendemain.

Des faits similaires avaient amené le Comité international de la Croix Rouge (CICR) à prendre lundi la même décision à Leer. Ces deux suspensions privent la populations d’infrastructures médicales cruciales.