Syrie: le régime étend son offensive, les Russes bombardent et Poutine critique les États-Unis (VIDÉOS)

Photo fournie par l'armée syrienne montrant des chars syriens se déployant dans l'ouest du pays, le 8 octobre 2015. (SANA/AFP/Archives)
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Photo fournie par l'armée syrienne montrant des chars syriens se déployant dans l'ouest du pays, le 8 octobre 2015. (SANA/AFP/Archives)
Photo fournie par l’armée syrienne montrant des chars syriens se déployant dans l’ouest du pays, le 8 octobre 2015. (Archives/SANA/AFP/Archives)

Le régime syrien a étendu jeudi à la province de Homs son offensive contre les rebelles dans le centre du pays, son allié russe Vladimir Poutine critiquant la position des États-Unis dans le conflit.

L’armée syrienne, appuyée par l’aviation russe, les miliciens prorégime, le Hezbollah libanais et des combattants iraniens, a élargi jeudi son offensive dans le centre de la Syrie en tentant de déloger les rebelles de la province de Homs.

L’objectif de cette opération dans le nord et le nord-ouest de la ville de Homs est « de restaurer sécurité et stabilité dans les villages et localités de la région », selon des sources militaires. L’armée a annoncé la prise d’un village, juste au nord de Homs.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG disposant d’un vaste réseau de sources sur le terrain, a annoncé que les avions russes ont mené 15 raids dans le secteur où ont lieu les combats, tuant 10 personnes, dont six rebelles.

Selon lui, de violents combats opposent les forces du régime du président syrien Bachar al-Assad aux rebelles, notamment au sud de Talbissé, une localité située sur l’autoroute reliant Homs à Hama et contrôlée par les rebelles depuis 2012.

Le centre de la Syrie a été vital de tous temps pour tous les gouvernants car il permet la cohésion du pays. La conquête par les rebelles d’une grande partie de cette région ces dernières années a fragilisé considérablement le régime.

Pour le moment, malgré 16 jours de frappes massives russes et l’engagement de dizaines de milliers d’hommes, le régime n’a toutefois pas enregistré de succès décisif sur ce front.

Si l’offensive en cours ces derniers jours dans la province de Hama lui a permis de s’emparer d’une dizaine de villages, aucun n’a une importance stratégique.

Couper le contact entre rebelles

L’extension des opérations près de la ville de Homs vise à « couper les contacts entre les rebelles de Hama et ceux de Homs », a expliqué à l’AFP une source militaire en Syrie.

Le régime veut notamment s’emparer de l’autoroute entre Homs et Alep, la deuxième ville du pays, dans le nord. Colonne vertébrale du pays, cette autoroute traverse les province de Hama et d’Idleb dont la quasi-totalité est aux mains des rebelles islamistes alliés au Front al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaïda.

Jeudi, l’Iran, proche allié du président Assad, s’est dit prêt à examiner une éventuelle demande du régime syrien de lui envoyer des combattants iraniens en renfort.

« Si la Syrie fait une demande, nous l’étudierons et prendrons une décision », a déclaré un haut responsable iranien, Alaeddine Boroujerdi, lors d’une conférence de presse à Damas.

Les experts estiment que l’armée syrienne a perdu la moitié de ses effectifs combattants depuis le début de cette guerre civile qui a fait plus de 240.000 morts en quatre ans et demi.

Des sources militaires syriennes ont fait état de l’arrivée de milliers de combattants iraniens ces derniers jours à l’aéroport militaire de Hmeimim, au sud de Lattaquié (ouest), pour renforcer les troupes régulières dans leur offensive.

L’armée russe dit avoir bombardé 32 cibles de l’EI, notamment autour de Damas

Pendant ce temps, l’armée russe a affirmé jeudi avoir bombardé 32 cibles du groupe État islamique (EI) en Syrie ces dernières 24 heures, notamment près de Damas, une intensité diminuée en raison de « l’offensive en cours de l’armée syrienne ».

« Lors des dernières 24 heures, l’aviation russe a poursuivi ses frappes contre des infrastructures de l’EI en Syrie, effectuant 33 sorties et frappant 32 cibles », a affirmé le ministère russe de la Défense dans un communiqué.

Selon lui, l’aviation russe a frappé dans les provinces de Damas, d’Idleb (nord-ouest), de Hama (centre), d’Alep (nord-ouest) et de Deir Ezzor (est), et annoncé un diminution de l’intensité de ses bombardements.


La destruction d’une enceinte fortifiée de militants dans la province d’Idleb. (Ministère russe de la Défense)

Cette diminution est « le résultat de l’offensive des forces armées syriennes, qui modifie la ligne de front avec les terroristes de l’EI », a expliqué le porte-parole du ministère, le général Igor Konachenkov.

Des bombardiers Su-34 ont notamment frappé près de Damas, y détruisant plusieurs véhicules blindées et, à Ghouta, un système de missiles sol-air récemment pris à l’armée syrienne, a-t-il ajouté.

Dans la province d’Alep, les avions russes ont aussi détruit un centre de commandement de l’EI « installé dans un bâtiment à deux étages » et un atelier souterrain de production de mines à Atareb.

Dans la province de Hama, une batterie d’artillerie camouflée a été détruite à Khan Cheikhoun, où l’armée syrienne mène actuellement une offensive.

Frappes aériennes contre des abris blindés et des réservoirs de carburant près de Khan Cheikhoun. (Ministère russe de la Défense)

L’aviation russe bombarde quotidiennement depuis deux semaines ce qu’elle qualifie de « cibles terroristes » en Syrie.

Mardi, les forces aériennes russes avaient annoncé 86 frappes, soit un niveau d’intensité jamais atteint depuis le début de leur intervention en Syrie, le 30 septembre.

Poutine critique

Le président russe Vladimir Poutine a dénoncé de son côté la « position non constructive » des États-Unis qui ont, selon lui, refusé le principe d’un échange de délégations avec Moscou pour parler du conflit syrien.

« Je ne comprends pas bien comment nos partenaires américains peuvent critiquer les actions de lutte antiterroriste de la Russie en Syrie tout en refusant le dialogue direct sur les questions importantes telles que le règlement politique » de la guerre, a déclaré M. Poutine à Astana.

La Russie affirme avoir proposé aux États-Unis qu’une délégation de responsables américains se rende à Moscou pour évoquer la crise syrienne. Puis, devant les réticences de Washington, Moscou a proposé qu’une délégation russe menée par le Premier ministre Dmitri Medvedev parte pour Washington.

« Nous avons dit que cela ne nous intéressait pas tant que la Russie n’était pas prête à contribuer de manière constructive à notre effort de lutte contre le groupe État islamique », a confirmé Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche.

Malgré ces tensions, un accord pour éviter des collisions entre les avions militaires russes et américains menant des frappes en Syrie pourrait être signé « dans les prochains jours », a indiqué Washington mercredi à l’issue de discussions par vidéoconférence entre des hauts gradés des deux pays.