Attaque du Radisson Blu à Bamako au Mali: trois suspects activement recherchés

Une chambre de l'hôtel Radisson Blu de Bamako le 21 novembre 2015. (AFP/HABIBOU KOUYATE)
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Une chambre de l'hôtel Radisson Blu de Bamako le 21 novembre 2015. (AFP/HABIBOU KOUYATE)
Une chambre de l’hôtel Radisson Blu de Bamako le 21 novembre 2015. (AFP/HABIBOU KOUYATE)

Le Mali recherchait activement trois suspects au lendemain de la prise d’otages dans un grand hôtel de Bamako, qui a fait au moins une vingtaine de morts alors que l’état d’urgence décrété par les autorités est entré en vigueur dans le pays.

L’attaque, qui a été revendiquée par le groupe djihadiste de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, en coopération avec Al-Qaïda, s’est terminée par l’intervention conjointe des forces maliennes et étrangères, notamment françaises. Elle a été menée une semaine après les attentats qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris, revendiqués par le groupe État islamique (EI).

Dans un discours à la Nation diffusé par la télévision publique dans la nuit de vendredi à samedi, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a fait état d’un bilan de 19 morts, dont six Russes, et de sept blessés, et deux assaillants tués. « Le terrorisme ne passera pas », a-t-il assuré.

Une source militaire malienne avait fait état auparavant d’au moins 27 morts parmi les quelque 170 résidents et employés de l’hôtel Radisson Blu présents au moment de l’attaque et d' »au moins trois terroristes tués ou qui se sont fait exploser ».

« Nous recherchons activement trois suspects qui pourraient être impliqués dans l’attaque vendredi de l’hôtel Radisson », a déclaré samedi à l’AFP une source de sécurité malienne qui participe à l’enquête, refusant cependant de fournir des précisions « pour ne pas gêner » les investigations.

De même source, l’établissement « est actuellement totalement sous contrôle ». Après l’attaque, les forces de sécurité – des Maliens, avec l’appui de Français, d’Onusiens et d’Américains – avaient ratissé l’hôtel, prisé par la clientèle étrangère.

Un important dispositif de sécurité y demeurait en place, selon des journalistes de l’AFP. Le président Keïta doit se rendre sur le site samedi, selon une source policière malienne.

Le gouvernement malien a instauré l’état d’urgence pour 10 jours à compter de vendredi minuit, lors d’un Conseil des ministres extraordinaire présidé par le chef de l’État, rentré précipitamment d’un sommet de pays du Sahel au Tchad en raison de l’attaque.

Cette mesure « permettra de renforcer les moyens juridiques des autorités administratives et compétentes » dans la recherche « des terroristes qui seraient en cavale et d’éventuels complices », selon un communiqué officiel.

Un deuil national de trois jours sera observé à partir de lundi.

Un samedi presque normal à Bamako

Après s’être calfeutrés chez eux vendredi, par crainte pour leur sécurité ou sur recommandation de leurs employeurs, de nombreux Bamakois avaient renoué samedi avec leurs activités habituelles: la circulation semblait normale, les commerces avaient rouvert et dans certains quartiers, des jeunes jouaient au football sur des terrains nus…

Un renforcement discret de la sécurité était cependant constaté devant certaines mairies et banques, mais plus important aux environs de certains hôtels, selon des journalistes de l’AFP et des résidents.

Des Russes, trois Chinois, deux Belges, un Américain et figurent parmi les morts de l’attaque, selon leurs pays respectifs. Un Sénégalais employé d’une société pétrolière y a aussi été tué, d’après le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye.

Des étrangers d’au moins 15 nationalités faisaient partie des clients de l’hôtel, dont vingt Indiens et 15 Français – parmi lesquels 12 membres d’équipage d’Air France – qui en sont tous sortis vivants.

L’attaque a été revendiquée par le groupe de Mokhtar Belmokhtar, Al-Mourabitoune, précisant qu’il s’agissait d’une opération conjointe avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dans un communiqué lu au téléphone au site mauritanien Al-Akhbar et à la chaîne de télévision panarabe Al-Jazeera.

Elle a suscité une vague de condamnations à l’intérieur du pays mais aussi à l’étranger, notamment par l’ex-rébellion à dominante touareg du nord du Mali et les groupes armés progouvernementaux, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, les présidents français François Hollande, américain Barack Obama, chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine, qui a appelé à une « large coopération internationale » contre le terrorisme.

Cette attaque rappelle la prise d’otages du 7 août dans un hôtel à Sévaré (centre), qui avait fait 13 morts.

Le 7 mars, le premier attentat anti-occidental meurtrier à Bamako, visant un bar-restaurant, avait coûté la vie à cinq personnes, dont un Français et un Belge. Il avait déjà été revendiqué par Al-Mourabitoune.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ils en ont été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères. Les attaques jihadistes se sont étendues depuis le début de l’année vers le centre, puis le sud du pays.