Attentats: la traque continue, Paris veut une coalition unique anti-État islamique

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Contrôles à la frontière franco-belge, le 17 novembre 2015. (AFP/PHILIPPE HUGUEN)
Contrôles à la frontière franco-belge, le 17 novembre 2015. (AFP/PHILIPPE HUGUEN)

La traque d’un suspect-clé se poursuit mercredi, cinq jours après les attentats de Paris qui ont fait 129 morts, alors que la France tente de bâtir une coalition avec les États-Unis et la Russie pour « détruire » le groupe Etat islamique (EI).

Le gouvernement français présente mercredi ses premières mesures d’exception, décidées après ce carnage sans précédent revendiqué par l’EI. Le Conseil des ministres examinera le projet de loi sur la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois, qui doit être voté jeudi par l’Assemblée nationale et vendredi par le Sénat.

Mais le travail des enquêteurs n’en est qu’à ses débuts.

Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d’avoir été mitraillé vendredi soir les terrasses de cafés et restaurants parisiens avec son frère Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser, est toujours en fuite et activement recherché, notamment en Belgique où les attaques ont été organisées, selon les autorités.

Les enquêteurs disposent d’une vidéo accréditant l’existence d’un troisième assaillant dans leur commando, qui circulait à bord d’une Seat noire.

Il pourrait être lui aussi en fuite, à moins qu’il s’agisse d’un des deux complices présumés arrêtés samedi dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles, plaque tournante du djihadisme, et inculpés par la justice belge pour « attentat terroriste ». Les deux hommes, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans, sont soupçonnés d’avoir exfiltré Salah Abdeslam en Belgique après les tueries.

Les trois équipes coordonnées de djihadistes, qui ont fait 129 morts (dont 117 ont été identifiés) et 352 blessés (221 encore hospitalisés, dont 57 en réanimation), auraient ainsi été composé de neuf hommes et non de huit, comme on le croyait jusqu’à présent: trois kamikazes aux abords du Stade de France, trois autres dans la salle de spectacles du Bataclan et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants.

Plusieurs kamikazes ont déjà été identifiés, tous français: Samy Amimour (28 ans), Omar Ismaïl Mostefaï (29 ans), Bilal Hadfi (20 ans) et Brahim Abdeslam (31 ans).

Mostefaï, Amimour et Hadfi se sont rendus en Syrie. C’est probablement le cas aussi des deux frères Abdeslam.

Les policiers recherchent toujours des informations sur un des kamikazes du Stade de France, dont ils ont diffusé mardi soir la photographie. L’homme est passé par la Grèce cet automne et on a retrouvé près de son cadavre un passeport syrien à l’authenticité douteuse (l’identité correspond à un soldat de Bachar al-Assad tué il y a plusieurs mois).

En Belgique, où le niveau d’alerte a été relevé, un autre frère Abdeslam, Mohamed, a conseillé à Salah « de se rendre ».

Le fuyard a côtoyé un djihadiste belge qui vivrait en Syrie, Abdelhamid Abaaoud, possible commanditaire du carnage. Ce membre de l’EI, 28 ans, est recherché depuis janvier, soupçonné d’avoir également projeté des attentats en Belgique.

Un autre djihadiste, français cette fois, intéresse les enquêteurs: Fabien Clain, 35 ans, vieux routier toulousain des filières radicales, qui a revendiqué au nom de l’EI les attaques parisiennes.

Pour organiser la riposte militaire, François Hollande rencontrera ses homologues américain Barack Obama (à Washington le 24 novembre) et russe Vladimir Poutine (à Moscou le 26), dans l’espoir d’une coalition unique visant à « détruire » l’EI, qui contrôle de vastes territoires en Irak et en Syrie.

Le président russe, qui s’est déjà entretenu téléphoniquement mardi avec M. Hollande, a ordonné à sa marine de « coopérer » avec la France dans ses opérations en Syrie. Le dirigeant français a aussi reçu à l’Élysée le secrétaire d’État américain John Kerry.

Paris a réclamé mardi l’assistance militaire des pays de l’Union européenne (UE), qui a fait part de son soutien « unanime », après une nouvelle nuit de bombardements français à Raqa, fief syrien de l’EI, qui ont repris dans la soirée pour le troisième jour consécutif. On ignorait le bilan de ces bombardements.

Après leur match de football vendredi contre l’Allemagne au Stade de France, en marge duquel trois kamikazes se sont fait sauter en tuant une personne, les Bleus ont rejoué mardi soir contre l’Angleterre. À Londres, les spectateurs anglais ont entonné une émouvante « Marseillaise », chantée à tue-tête dans un stade paré des couleurs françaises.

En revanche, à une heure du coup d’envoi, un autre match amical, entre l’Allemagne et les Pays-Bas, a été annulé à Hanovre (nord de l’Allemagne) en raison d’une menace d’attentat. Aucun explosif n’a été trouvé.

Des dizaines de personnes continuent de se recueillir chaque jour devant les lieux des attentats, dans une ambiance de deuil. Refusant la morosité, Charlie Hebdo, journal satirique dont la rédaction avait été décimée par des attaques djihadistes en janvier, répond à sa manière en une de son numéro de mercredi: « Ils ont les armes, on les emmerde, on a le champagne ».

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