Burundi: la communauté internationale pousse au dialogue, mais l’ONU se prépare au pire

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Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s'est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l'issue d'une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)
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Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s'est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l'issue d'une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)
Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s’est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l’issue d’une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)

La communauté internationale a appelé jeudi le gouvernement burundais et l’opposition à se rencontrer « d’urgence » pour trouver une solution à la crise, tandis que l’ONU se préparait à envoyer des Casques bleus si cette crise dégénère en génocide.

Le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité jeudi à New York une résolution française qui demande à l’ONU de renforcer sa « présence » au Burundi, en y envoyant une « équipe » d’experts et en préparant dans les deux semaines à venir des « options », dont le déploiement de Casques bleus.

Selon l’ambassadeur britannique Matthew Rycroft, qui préside le Conseil en novembre, l’une des options serait d’envoyer au Burundi certains des 20.000 Casques bleus opérant en République démocratique du Congo (RDC) si la situation tourne au génocide.

Il faudrait cependant pour cela que Bujumbura donne son accord, ou que le Conseil adopte une nouvelle résolution contraignante. L’ambassadrice américaine Samantha Power a reconnu qu’il s’agirait « d’une affaire compliquée ». « Notre objectif premier est que le Burundi ne tombe pas dans les violences de masse », a-t-elle ajouté.

Une autre possibilité, a-t-elle suggéré, serait de faire appel à l’Union africaine.

À Malte, en marge d’un sommet euro-africain, trois hauts responsables de l’ONU, de l’Union africaine et de l’UE ont souligné « l’urgence d’organiser une réunion entre le gouvernement burundais et des représentants de l’opposition à Addis Abeba ou à Kampala, sous la présidence du président (ougandais Yoweri) Museveni ».

M. Museveni est le médiateur désigné en juillet par la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) dans la crise qui frappe le Burundi depuis l’annonce fin avril de la candidature de son président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, jugé anticonstitutionnel par l’opposition, la société civile et une partie de son camp.

Cette initiative a reçu un accueil glacial à Bujumbura. « Nous sommes très surpris de voir ce communiqué qui démontre en effet qu’il y en a qui voudraient décider en lieu et place du peuple burundais », a réagi auprès de l’AFP Willy Nyamitwe, influent conseiller de M. Nkurunziza.

« Ce n’est ni aux Nations unies, ni à l’Union européenne, et encore moins à l’Union africaine de décider à la place des Burundais », a-t-il ajouté. « Une commission chargée d’organiser ce dialogue est en place et rencontrera les Burundais à l’intérieur et à l’extérieur du pays ».

Dans leur texte commun, le secrétaire général adjoint de l’ONU, Jan Eliasson, la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, et la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, estiment qu’il « ne faut s’épargner aucun effort pour arriver à stopper les violences et trouver une solution politique » à cette crise.

Pour l’ambassadeur français à l’ONU François Delattre, il faut « tout faire pour prévenir un embrasement » du pays et des « violences ethniques ».

Mais le Conseil de sécurité reste divisé: afin de convaincre la Russie et les pays membres africains (Nigeria, Tchad, Angola), Paris a dû retirer de son projet de résolution une référence explicite à des sanctions contre les responsables burundais qui incitent à la violence.

La résolution adoptée se contente de les menacer de « mesures supplémentaires ».

La situation s’est aggravée depuis la réélection contestée de M. Nkurunziza le 21 juillet. Les violences opposent désormais les autorités à des groupes de contestataires armés. Depuis fin avril, au moins 240 personnes ont été tuées et plus de 200.000 personnes ont quitté le pays, selon l’ONU.

La prise de position de l’ONU, l’UA et l’UE répond aux attentes de l’opposition burundaise et de la société civile, toutes deux désormais essentiellement en exil, regroupées dans une coalition, le Cnared, qui s’est déjà dite « disponible pour contribuer à une résolution pacifique de la crise ».

Mais Bujumbura, qui prône un dialogue national organisé sur le sol burundais, a exclu « totalement » jusqu’ici toute négociation avec le Cnared, dont il accuse les membres d’être impliqués dans la tentative déjouée de coup d’Etat militaire du 13 mai et d’être derrière la rébellion naissante au Burundi.

La communauté internationale craint désormais des violences à grande échelle, certains durs du pouvoir ayant récemment multiplié les propos incendiaires aux connotations ethniques, dans un pays à l’histoire post-coloniale jalonnée de massacres entre Hutu et Tutsi.

Le Burundi est sorti il y a moins de dix ans d’une longue guerre civile qui a fait quelque 300.000 morts entre 1993 et 2006.