Burundi: le gouvernement suspend «provisoirement» les activités des principales ONG locales

Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s'est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l'issue d'une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)
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Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s'est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l'issue d'une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)
Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s’est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l’issue d’une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Archives/Marco Longari/AFP)

Le ministère burundais de l’Intérieur a interdit « provisoirement » lundi les activités des principales organisations de la société civile burundaise, animatrices du mouvement anti-3e mandat du président Pierre Nkurunziza, accusées d’insurrection et dont les dirigeants se sont déjà exilés.

Une ordonnance du ministre de l’Intérieur « suspend provisoirement les activités de certaines organisations de la société civile, poursuivies par la justice pour leur rôle dans les crimes commis » depuis le début de la contestation fin avril, a annoncé à l’AFP Thérence Ntahiraja, porte-parole de ce ministère.

Cette mesure signifie « concrètement que ces ONG sont fermées, elles sont interdites de toute activité (…) jusqu’à ce que la justice prenne une décision à leur sujet », a expliqué à l’AFP un cadre de ce ministère, sous le couvert de l’anonymat.

Dix associations sont visées par l’ordonnance, oeuvrant aussi bien dans les domaines de la défense des droits de l’Homme, que dans la lutte contre la corruption ou l’aide aux enfants.

Ces associations et leurs dirigeants sont poursuivies par la justice burundaise qui les accuse d’être impliqués dans la tentative de coup d’État militaire de la mi-mai et dans « l’insurrection » terme utilisé par les autorités burundaises pour qualifier le mouvement de contestation anti-3e mandat.

Y figurent l’Association de protection des personnes détenues et des droits de l’Homme (Aprodeh), le Forum pour le renforcement de la société civile (Forsc), le Forum pour la Conscience et le Développement (Focode), Parole et action pour le Réveil des consciences et l’Évolution des mentalités (Parcem).

Elles avaient appelé fin avril, malgré l’interdiction des autorités, à manifester contre la candidature de M. Nkurunziza à un 3e mandat, contraire selon elles à la Constitution et à l’Accord d’Arusha ayant permis la fin à la guerre civile (1993-2006).

Les dirigeants respectifs de ces associations, Pierre-Claver Mbonimpa – figure de la défense des droits de l’Homme qui a réchappé à une tentative d’assassinat début août, Vital Nshimirimana, Pacifique Nininahazwe et Faustin Ndikumana, ont tous progressivement pris le chemin de l’exil ces derniers mois.

La mesure vise également Maison Shalom, l’association de Maggy Barankitse, qui a reçu en 2011 le prix de la Fondation Jacques Chirac pour la prévention des conflits, pour son action en faveur des orphelins de la guerre civile (1993-2006) hutu, tutsi ou twa, et s’était prononcée contre le 3e mandat de M. Nkurunziza.

Les violences sont intensifiées au Burundi depuis la mise en échec du coup d’État, l’étouffement de la contestation populaire à la mi-juin et la réélection controversée du président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005.

Obama impose des sanctions contre quatre hauts responsables

Par ailleurs, le président américain Barack Obama a imposé lundi des sanctions contre quatre hauts responsables burundais, parmi lesquels Alain-Guillaume Bunyoni, ministre de la Sécurité publique et véritable numéro 2 du régime, pour leur responsabilité dans les violences qui secouent ce pays des Grands Lacs depuis avril.

Ces sanctions touchent deux personnalités du régime à Bujumbura ainsi que deux responsables d’un coup d’État militaire avorté en mai et qui visait à renverser le président Pierre Nkurunziza.

Cette annonce survient alors que le ministère de l’Intérieur au Burundi vient de frapper d’interdiction « provisoire » les activités des principales organisations de la société civile burundaise. Ces organisations avaient été à la pointe du mouvement contre un troisième mandat du président Nkurunziza. Elles font l’objet de poursuites pour « insurrection » par les autorités et la plupart de leurs dirigeants sont en exil.

Les sanctions imposées par Barack Obama – restriction de circulation et gel des avoirs – interviennent après celles annoncées début octobre par l’Union européenne.

Elle « ne visent pas le peuple burundais » mais des individus au sein du gouvernement qui « contribuent aux troubles », « affaiblissent les institutions démocratiques » et se rendent coupables « d’atteintes aux droits de l’homme », précise l’exécutif américain.

Parmi les personnes visées figure Godefroid Bizimana, directeur général adjoint de la police nationale, également dans le collimateur de l’UE. Selon Washington, il a dirigé les opérations de police visant à empêcher la tenue de manifestations pacifiques d’opposants, en ayant recours à « un usage disproportionné » de la force.

Sont également ciblés Godefroid Niyombare, ancien chef du service de renseignements et ex-chef d’état-major de l’armée, et Cyrille Ndayirukiye, ex-ministre de la Défense.

Le général Niyombare était à la tête du putsch raté de mai dernier. Il a depuis pris la fuite et promis de renverser le président Nkurunziza.

Quant à Cyrille Ndayirukiye, ex-ministre de la Défense, il est actuellement détenu au Burundi après avoir été arrêté avec d’autres généraux pour son implication dans la tentative de putsch.

La candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, contraire selon les contestataires à la Constitution et à l’accord d’Arusha ayant mis fin à la guerre civile, a plongé au printemps le Burundi dans une crise qui a déjà fait au moins 200 morts. Une brutale répression des manifestations et la réélection en juillet de M. Nkurunziza ont contribué à l’intensification des violences.

L’exécutif américain a évoqué des informations « multiples et crédibles » faisant état d’assassinats ciblés, d’arrestations arbitraires ou encore de faits de torture perpétrés par les forces de sécurité, ainsi que « des violences perpétrées par des milices affiliées au parti au pouvoir ».

La Maison Blanche, qui estime que la « rhétorique incendiaire » de plusieurs responsables gouvernementaux a contribué à « un climat de peur » et risque « d’inciter à encore plus de violence », condamne par ailleurs ceux qui, parmi les opposants au gouvernement Nkurunziza, ont recours à la violence et contribuent aussi à l’instabilité au Burundi.

« Le Burundi est au bord du précipice, mais il existe une voie pour ses responsables pour trouver une solution politique à la crise », a déclaré Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale.