La Turquie abat un avion militaire russe à la frontière syrienne (VIDÉO)

Capture d'écran d'une vidéo montrant l'avion de combat russe abattu par la Turquie près de la frontière turco-syrienne, à Hatay, le 24 novembre 2015. (HLAS NEWS AGENCY/AFP)
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L’armée turque a abattu mardi un avion militaire russe qui avait, selon Ankara, violé son espace aérien près de sa frontière avec la Syrie, un incident jugé «très sérieux» par Moscou et qui a provoqué une brusque montée des tensions entre les deux pays.
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Mise à jour au 24/11/2015 à 12h17

La Turquie disposerai d’informations selon lesquelles les deux pilotes de l’avion militaire russe abattu sont en vie et essaie de les récupérer, a annoncé à l’AFP un responsable gouvernemental turc, mais, de son côté, le porte-parole du Kremlin Dimitri Peskov a indiqué qu’il n’y a aucune information sur le sort des deux pilotes.

à 11h55

Même si l’armée américaine a appuyé les déclarations des militaires turcs qui affirment avoir mis en garde le bombardier russe à 10 reprises avant de l’abattre mardi près de la frontière syrienne, le Pentagone n’était pas en mesure de dire de quel côté de la frontière turco-syrienne l’avion russe volait lorsqu’il a été abattu.

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Le premier pilote a été tué par des forces de l’opposition qui lui ont tiré dessus alors qu’il atterrissait après s’être éjecté de l’appareil. De nombreuses vidéos circulant sur internet et publiées sur les réseaux sociaux par l’opposition montrent des images présentées comme celle du pilote mort entouré de rebelles de différentes factions syriennes.

Saisie par la Turquie qui en est membre, l’OTAN a rapidement annoncé qu’elle tiendrait une «réunion extraordinaire» à 11 h. «L’OTAN suit la situation de près. Nous sommes en contact avec les autorités turques», a indiqué à l’AFP un de ses responsables.

L’appareil russe, un chasseur-bombardier de type Sukhoï Su-24, s’est écrasé dans l’extrême nord-ouest du territoire syrien, an nord de Lattaquié, théâtre depuis plusieurs jours de violents combats entre l’armée fidèle au président Bachar al-Assad, soutenue par l’aviation russe, et des groupes rebelles syriens.

Les chaînes de télévision turques ont montré des images de l’avion russe, en feu dans le ciel, et de sa chute dans les montagnes proches de la frontière turque, en face de la province de Hatay (sud de la Turquie).

Peu de temps après l’incident, la Turquie a justifié son recours à la force. «Un avion russe Su-24 a été abattu conformément aux règles d’engagement après avoir violé l’espace aérien turc malgré les avertissements», ont indiqué à l’AFP des sources à la présidence.

Dans une déclaration publiée sur son site internet, l’état-major turc a confirmé que le chasseur-bombardier russe avait été mis en garde «dix fois en l’espace de cinq minutes».

«Aux alentours de 9 h 20 (2 h 20, heure de Montréal), un avion à la nationalité inconnue a violé l’espace aérien turc, en dépit de multiples avertissements. Deux de nos avions F-16 qui patrouillaient dans le secteur sont intervenus», a précisé l’armée.

«Nous avons dans le passé expliqué publiquement nos règles d’engagement militaires et rappelé à nos partenaires que toute violation de notre espace aérien provoquerait la riposte prévue par ces règles», a insisté sous couvert d’anonymat un responsable turc.

«Ce n’est pas une action hostile envers tel ou tel pays, nos F-16 ont pris les mesures nécessaires pour protéger la souveraineté nationale turque», a-t-il ajouté à l’AFP.

La Russie a vivement réagi à cet incident, le plus sérieux survenu depuis le début de son intervention militaire aux côtés du régime de Damas il y a deux mois. «C’est un incident très sérieux», a déclaré à des journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le ministère russe de la Défense a auparavant catégoriquement démenti les allégations turques selon lesquels son avion était entré dans l’espace aérien turc. Il «se trouvait exclusivement dans l’espace aérien syrien», a-t-il assuré.

Un pilote capturé

Un chasseur-bombardier Sukhoï SU-24 (Archives/Wikicommons)

Selon les médias turcs, les deux pilotes ont réussi à s’éjecter avant l’écrasement. La chaîne d’information CNN-Türk a précisé que l’un d’entre eux avait été capturé sur le territoire syrien par des rebelles non identifiés tandis que des sources de l’opposition syriennes indiquaient qu’un pilote avait été tué et l’autre porté disparu.

Moscou n’a pas donné de détails immédiats sur le sort de ses deux militaires.

Depuis le début de l’intervention militaire russe en soutien au président Bachar al-Assad fin septembre, les incidents de frontière se sont multipliés entre Ankara et Moscou.

À deux reprises, des chasseurs turcs avaient intercepté des avions militaires russes engagés en Syrie qui avait violé leur espace aérien. L’armée turque avait également abattu le 16 octobre un drone de fabrication russe.

«La Russie a depuis quelque temps tiré sur la corde. Je pense que l’engagement de la Russie en Syrie constitue un défi délibéré à la Turquie (…) et à la capacité de la Turquie à jouer un rôle influent dans la région», a commenté à l’AFP Ian Shields, un ancien pilote militaire britannique expert à la Anglia Ruskin University.

La tension entre les deux pays s’est encore accrue ces derniers jours, après une série de bombardements russes qui ont, selon Ankara, visé des villages de la minorité turcophone de Syrie. La Turquie a convoqué vendredi l’ambassadeur de Russie pour le mettre en garde contre les «sérieuses conséquences» de cette opération.

Ankara et Moscou s’opposent de longue date sur le dossier syrien. La Russie, avec l’Iran, constitue le dernier soutien du président Bachar al-Assad, dont le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan exige le départ immédiat.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est attendu mercredi à Ankara pour rencontrer les responsables turcs. «Il n’y a pas de changement au programme», a assuré à l’AFP le ministère turc des Affaires étrangères après l’incident.

Les États-Unis «pas impliqués»

Par ailleurs, l’armée américaine a fait savoir qu’elle n’est «pas impliquée» dans l’incident, a déclaré un responsable de la défense américaine.

«Nos alliés turcs nous ont informés que leurs avions militaires avaient abattu un avion de combat russe près de la frontière syrienne après que celui-ci a violé l’espace aérien turc mardi», a rapporté ce responsable s’exprimant sous couvert d’anonymat.

«Nous pouvons confirmer que les États-Unis n’étaient pas impliqués dans cet incident», a-t-il ajouté.

Les États-Unis ont une forte présence militaire en Turquie, d’où ils font décoller des avions depuis la base aérienne d’Incirlik, dans le cadre de la coalition antijihadistes qu’ils conduisent en Irak et en Syrie.

Des responsables du Pentagone ont à plusieurs reprises dénoncé les agissements et tactiques des pilotes russes et des violations de l’espace aérien turc depuis l’engagement de Moscou en Syrie fin septembre.