Le Congrès américain menace de fermer la porte aux réfugiés syriens

Le président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan, le 3 novembre 2015 à Washington. (AFP/Archives / JIM WATSON)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Le président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan, le 3 novembre 2015 à Washington. (AFP/Archives / JIM WATSON)
Le président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan, le 3 novembre 2015 à Washington. (AFP/Archives / JIM WATSON)

Brandissant la découverte d’un passeport syrien, non authentifié, près d’un kamikaze du Stade de France, les républicains du Congrès américain ont appelé mardi Barack Obama à fermer la porte aux réfugiés de Syrie, en menaçant d’agir par la loi.

« Mieux vaut prévenir que guérir », a déclaré le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, après trois jours d’escalade politique aux États-Unis, qui ont vu plus de la moitié des gouverneurs des États fédérés et la plupart des candidats républicains à la Maison Blanche s’opposer à l’accueil de réfugiés syriens, reflétant un mouvement similaire dans certains pays européens comme la Pologne.

Paul Ryan a annoncé une proposition de loi rapide, peut-être dès cette semaine. Les républicains, majoritaires à la Chambre et au Sénat, pourraient aussi utiliser les lois de finances qui doivent être adoptées avant le 11 décembre pour restreindre le programme de réfugiés.

Dans la foulée, le leader du Sénat, le républicain Mitch McConnell a aussi appelé à un moratoire sur l’accueil de réfugiés, sans en préciser de contours, mais citant l’arrestation en 2011 d’un réfugié irakien dans le Kentucky, qui avait participé à des attaques contre les troupes américaines en Irak.

Au 14 novembre, 2.159 réfugiés syriens seulement avaient été admis aux États-Unis depuis le 1er octobre 2011, selon le département d’État. Une goutte d’eau par rapport aux centaines de milliers de demandeurs arrivés dans l’Union européenne.

Mais, après que l’image de l’enfant syrien Aylan Kurdi, noyé en Méditerranée, a fait le tour du monde, Barack Obama avait déclaré en septembre vouloir accueillir 10.000 réfugiés syriens avant la fin septembre 2016. Il a renouvelé son engagement lundi.

Déjà critiques de cette décision avant les attentats de Paris, les républicains ont propulsé la question des réfugiés au sommet de l’agenda parlementaire.

« Notre pays a toujours été accueillant mais nous ne pouvons pas laisser des terroristes exploiter notre compassion », a justifié Paul Ryan, en soulignant que la solution ultime serait une stratégie contre le groupe État islamique que Barack Obama, selon lui, n’a jamais formulée.

Bien que le doute persiste sur l’identité réelle du kamikaze porteur d’un passeport syrien, les républicains ne veulent prendre aucun risque.

Critiques contre l’UE

De hauts responsables américains insistaient mardi sur le fait que l’opposition des gouverneurs était déplacée, puisque le programme de réfugiés est une compétence fédérale, et que les réfugiés sont libres de déménager après avoir été installés dans un État.

La procédure d’admission est déjà très stricte, martèle l’administration. Les réfugiés sont d’abord sélectionnés par le Haut commissariat de l’ONU parmi les personnes les plus vulnérables (handicapés, victimes de tortures, mères seules avec beaucoup d’enfants…) abritées dans ses camps en Turquie, Jordanie et Égypte, et bientôt au Liban.

Suivent des entretiens avec des fonctionnaires du département de la Sécurité intérieure, une prise d’empreintes, et des vérifications par les services de renseignement et le FBI. Le tout dure entre 18 et 24 mois en moyenne toutes nationalités confondues.

Selon un haut responsable américain, la moitié des réfugiés syriens admis aux États-Unis étaient des enfants, et seulement 2% étaient des hommes célibataires d’âge militaire.

Barack Obama ne peut même plus compter sur le soutien sans faille des démocrates. La plupart adhèrent à son objectif de 10.000 réfugiés, mais quelques uns commençaient à céder à la pression.

Une pause pourrait s’avérer « nécessaire », a lâché le numéro trois des démocrates du Sénat Chuck Schumer (New York). « Oui, nous allons évaluer le programme de réfugiés », a annoncé Ben Cardin, le plus haut démocrate de la commission des Affaires étrangères du Sénat.

Des sessions d’information à huis clos sur les attentats auront lieu mardi pour les représentants et mercredi pour les sénateurs.

Les élus ne veulent rien exclure, notamment une éventuelle retouche du dispositif qui permet aux ressortissants de 38 pays, dont des pays européens, de se rendre sans visa de touriste aux Etats-Unis.

« On doit s’y intéresser, de même que l’Europe est confrontée à la facilité de circulation des réfugiés d’un pays européen à l’autre », avance la républicaine Susan Collins.

« Ce qui serait à mon avis beaucoup plus utile serait de convaincre nos alliés (européens) d’avoir une procédure de sélection aussi stricte que la nôtre », dit à l’AFP le sénateur démocrate pro-réfugiés Patrick Leahy.