Le déploiement reconnu comme facteur de risque, la question du suicide une priorité pour Harjit Sajjan

Le lieutenant-colonel (ret.) Harjit Sajjan.
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Le lieutenant-colonel (ret.) Harjit Sajjan.
Le lieutenant-colonel (ret.) Harjit Sajjan.

Après étude du nouveau rapport de 2015 du médecin général sur la mortalité par suicide dans les Forces armées canadiennes, qui admet pour la première fois le rôle qu’ont pu jouer les déploiements comme potentiel facteur dans le suicide, le nouveau ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a annoncé ce 10 novembre qu’il fera de cette question une priorité.

Même si les taux de suicide chez les militaires se comparent avantageusement à ceux de la population canadienne, après des années de ce qui a pu paraître du déni, le rapport observe aujourd’hui dans les ratios de taux une tendance selon laquelle les militaires qui ont déjà participé à un déploiement présentent un risque de suicide accru comparativement aux militaires qui n’ont aucun antécédent de déploiement bien que cette tendance ne soit pas encore statistiquement significative.

Les ratios de taux, dit le rapport, permettent aussi de constater que le risque de suicide est plus élevé chez les militaires qui appartiennent au commandement de l’Armée de terre que chez les autres militaires.

« Tout au long de ma carrière, j’ai pu constater moi‑même quelles sont les exigences liées au service militaire, et parfois même les répercussions considérables que cela peut avoir sur les membres et leur famille », déclare aujourd’hui Harjit Sajjan dans un communiqué aux médias.

« Cet aspect est particulièrement pertinent compte tenu de notre longue mission de combat en Afghanistan. Je sais également que les Forces armées canadiennes (FAC) ont déployé des efforts considérables pour surmonter les obstacles liés aux soins, y compris la stigmatisation, et offrir d’excellents services de soutien et de soins de santé aux hommes et aux femmes en uniforme », poursuit le nouveau ministre de la Défense.

« Toutefois », souligne-t-il, « les conclusions contenues dans le récent rapport des Forces armées canadiennes indiquant un taux de suicide accru chez les membres des FAC me préoccupent. En tant que ministre, prendre soin de notre personnel constitue pour moi une priorité personnelle. Je m’engage pleinement à respecter notre obligation envers les membres des Forces armées canadiennes et leur famille ».

« J’ai demandé au chef d’état‑major de la Défense d’examiner cette question en priorité et de décider de la voie à suivre. », termine conclut le ministre.

De son côté, le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, après avoir consulté le rapport, s’est déclaré inquiet « Comme vous savez, la santé et le bien-être de tous les membres des Forces armées canadiennes et de leur famille est ma priorité. Nous disposons déjà d’un vaste programme de prévention du suicide, soutenu par des employés compatissants et très compétents, mais c’est clair que nous devons continuer à l’améliorer ».

Contrairement aux résultats antérieurs, le rapport du médecin général, tout en mettant en garde contre une approche qui se concentrerait uniquement sur le déploiement et le trouble de stress post-traumatique (le phénomène du suicide faisant intervenir une multitude de facteurs), pointe néanmoins pour la première fois clairement vers les antécédents de déploiement comme un potentiel facteur de risque de suicide.

« Le risque de suicide élevé dans l’Armée de terre constitue également un résultat nouveau. Les traumatismes liés au déploiement (particulièrement à la mission en Afghanistan) et les troubles mentaux qui en découlent sont des mécanismes plausibles pour expliquer ces changements », observe l’équipe de recherche du bureau du médecin général, notant toutefois que des recherches additionnelles seront nécessaires pour étudier ces hypothèses en profondeur.

Mais, « À la demande du ministre, je prendrai les mesures nécessaires afin de déterminer les mesures devant être prises pour procurer à nos membres l’aide dont ils ont besoin », s’engage dès maintenant le chef d’état-major qui, se tournant vers les membres des Forces armées, les invite, si eux ou une connaissance ont besoin d’aide, à aller « chercher cette aide dès maintenant ».

« Rendez-vous à la clinique des services de santé des Forces armées canadiennes ou au centre de soins de santé d’urgence civil le plus près. Vous avez le soutien de tous les échelons de direction des Forces armées canadiennes, y compris le mien. Vous n’êtes pas seuls. », conclut le général Vance.

151110 Rapport Mortalite Suicide Fac 2015