Lutte contre l’EI: Hollande mobilise ses alliés

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François Hollande et David Cameron sur le perron de l'Elysée le 23 novembre 2015 à Paris. (AFP/STEPHANE DE SAKUTIN)
François Hollande et David Cameron sur le perron de l’Elysée le 23 novembre 2015 à Paris. (AFP/STEPHANE DE SAKUTIN)

Dix jours après les attentats de Paris, le président François Hollande a engrangé lundi le soutien de Londres à sa lutte contre le groupe État islamique (EI), au début d’une série de rencontres avec ses partenaires permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce combat contre l’organisation djihadiste figure également au menu de rencontres lundi à Téhéran entre le président russe Vladimir Poutine et les responsables iraniens.

« Nous allons intensifier nos frappes, choisir des cibles qui feront le plus de dégâts possible » à l’EI, a prévenu M. Hollande, à l’issue d’une rencontre avec le Premier ministre britannique David Cameron.

Ce dernier a affirmé qu’il avait la « ferme conviction » que son pays, qui limite pour l’instant ses frappes à l’Irak, devait les élargir à la Syrie, ajoutant qu’il allait le demander à son Parlement.

Pour convaincre les grandes puissances de s’allier pour « détruire » l’organisation djihadiste, à travers une coalition internationale « unique » contre l’EI en Syrie et en Irak, le président français met les bouchées doubles: il rencontre mardi à Washington Barack Obama, mercredi à Paris la chancelière allemande Angela Merkel, jeudi à Moscou Vladimir Poutine, et dimanche à Paris, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et Xi Jinping, le président chinois.

Le dirigeant russe devait rencontrer pour sa part ce lundi à Téhéran le guide suprême Ali Khamenei, la plus haute autorité politique et religieuse de l’Iran. Russie et Iran sont les deux principaux soutiens du régime syrien de Bachar al-Assad, honni des capitales occidentales qui demandent son départ du pouvoir.


François Hollande et David Cameron au… par elysee
Ce 23 novembre, le président de la République, François Hollande, le Premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, se sont rendus devant le Bataclan, pour un hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. (Élysée)

Que demander à Obama et Poutine ?

Parallèlement à l’intensification des bombardements contre le groupe État islamique, qui a revendiqué les attentats de Paris (130 morts) et récemment contre un avion civil russe (224 morts), les grandes puissances tentent de se mettre d’accord sur une transition politique en Syrie qui permette de mettre un terme à un conflit qui a fait depuis plus de 4 ans plus de 250.000 morts.

Le secrétaire d’État américain John Kerry est à cet égard en visite dans les Émirats arabes unis, pour discuter de la constitution d’une liste d’opposants syriens acceptables par les différentes parties, en vue d’éventuels pourparlers de paix avec le régime de Damas.

Selon un diplomate français, le président Hollande va demander à Washington d’accentuer encore ses frappes contre l’EI.

Les États-Unis ont effectué de 10 à 15 sorties par jour contre l’EI, comparées aux 250 frappes quotidiennes menées par l’Otan pendant la guerre du Kosovo en 1999, ou aux 110 sorties quotidiennes pendant l’invasion de l’Afghanistan deux ans plus tard, relève l’expert australien en contre-terrorisme, David Kilcullen.

« À Poutine c’est bien évidemment la détermination à aller taper l’EI » qu’il faut demander et non plus seulement les rebelles dit modérés qui menacent le régime de Damas, ajoute le même diplomate français.

« Il y aura aussi à Moscou une dimension de transition politique, parce que ça nourrit la crise. Sur quels groupes d’opposition syrienne se met-on d’accord pour envisager l’après Bachar al-Assad ? », poursuit la même source.

Qu’attendre des puissances régionales ?

Si Paris a rejoint après les attentats l’idée russe exprimée dès septembre d’une coalition unique, la méfiance demeure sur les objectifs de Moscou, accusé de soutenir avant tout Bachar al-Assad.

Réunis à Vienne mi-novembre, une vingtaine de pays dont la Russie, les États-Unis, l’Iran et des pays arabes et européens, se sont fixés comme objectif de parvenir à des pourparlers de paix et à un cessez-le-feu avant le 1er janvier. Mais les participants syriens aux négociations restent à identifier.

La communauté internationale parie sur la possibilité de réunir une coalition dominée par des opposants « modérés », qui serait capable d’engager des négociations de paix avec les loyalistes du régime vers une solution politique en Syrie.

Pour faciliter la lutte contre le groupe État islamique, la France a fait adopter en fin de semaine dernière par le Conseil de sécurité une résolution autorisant « toutes les mesures nécessaires » contre cette organisation djihadiste.

Mais elle est toujours « bien seule dans son combat contre Daech (acronyme arabe de l’État islamique), les puissances régionales n’étant pas prêtes à la soutenir militairement », estime l’expert français Olivier Roy dans le New York Times.

Pour les Turcs, la menace est « l’irrédentisme kurde », et pour les Kurdes d’Irak, « c’est la reconstitution d’un État central fort à Bagdad » qui mettrait en cause leur indépendance de fait.

Pour les Saoudiens, « l’ennemi principal n’est pas Daech », mais l’Iran. Et l’Iran veut certes contenir l’EI, « mais pas forcément l’anéantir, puisque son existence même empêche le retour d’une coalition sunnite arabe du type qui leur a fait tant de mal lors de leur guerre avec l’Irak de Saddam Hussein ».

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