Même atteint de SSPT, l’adjudant Howard Richmond est déclaré coupable du meurtre «prémédité» de sa femme

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Même atteint de SSPT, l'adjudant Howard Richmond est déclaré coupable du meurtre «prémédité» de sa femme, poignardée à mort en juillet 2013. (photo tirée de Facebook)
Même atteint de SSPT, l’adjudant Howard Richmond est déclaré coupable du meurtre «prémédité» de sa femme, poignardée à mort en juillet 2013. (photo tirée de Facebook)

Même s’il souffre du syndrome de stress post-traumatique, l’adjudant Howard Richmond a été déclaré coupable de meurtre prémédité de sa conjointe cet après-midi au terme d’un procès devant juge et jury en Cour supérieure de l’Ontario à Ottawa après neuf jours de délibérations.

Le militaire devra purger une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

L’adjudant Howard Richmond, qui a effectué trois missions en Afghanistan lors de ces dernières années, avait été formellement accusé en août 2013 du meurtre prémédité de sa conjointe, Mélissa Richmond.

Le corps de la victime, dont le mari avait signalé la disparition le 24 juillet 2013. Il avait avait été découvert dans un petit ravin quatre jours plus tard, près du centre commercial South Keys, dimanche 28 juillet, poignardée à de nombreuses reprises.

Howard Richmond, avait lui-même signalé la disparition de son épouse le 24 juillet. Son véhicule avait été retrouvé deux jours plus tard tout près de l’endroit où son corps a été récupéré.

Avant son arrestation, l’accusé avait accordé une entrevue à la télévision publique canadienne de langue anglaise, la CBC au cours de laquelle il avait affirmé être traité pour un trouble de stress post-traumatique.

Howard Richmond s’était même montré accablé par la disparition de sa femme, qui l’avait aidé à guérir après qu’il eut vécu les horreurs de la guerre.

Mais, le 4 août 2013, après enquête, il est accusé du meurtre prémédité de sa conjointe.

Le procès

Au procès, l’adjudant, qui avait des des difficultés d’ordre sexuel dues à son état, dont des « pannes de désir », a raconté que sa femme lui avait proposé de recréer un scénario d’agression sexuelle pour l’exciter.

Pour réaliser ce scénario, la jeune femme de 28 ans se serait donc rendue le soir du meurtre dans le secteur boisé près du centre commercial South Keys, là où on allait retrouver son corps quatre jours plus tard.

Richmond, pour sa part, complètement vêtu de noir, l’y a rejointe armé d’un tournevis et d’un couteau, mais, a-t-il raconté en cour, au moment où il abordait sa femme dans ce boisé, il a entendu un bruit fort, comme une portière de voiture qui claque, ce qui aurait provoqué chez lui une crise de panique.

Le militaire a raconté en Cour en pleurant s’être alors vu en train de poignarder sa femme, « comme si sa vie était en jeu ».

Howard Richmond est ensuite rentré chez lui, a caché ses vêtements souillés dans le plafond, où il a aussi rangé ses armes maculées de sang, puis s’est endormi pour se réveiller le lendemain sans aucun souvenir de la tragédie qui s’était jouée la veille, s’inquiétant plutôt de l’absence de sa femme qu’il a dit s’être mis à chercher partout…

Les plaidoiries

Bien qu’il ait admis qu’il avait tué sa femme dès le début de son procès, il avait plaidé non coupable, son avocat Me Joe Adelman, mettant son geste sur le compte de son état de stress post-traumatique. L’avocat de la défense soutenait que l’accusé ne pouvait avoir l’intention de tuer sa femme, puisqu’il avait perdu le sens de la réalité la nuit des événement.

Mais la procureure de la Couronne, me Suzanne Schriek, a fait valoir qu’il s’agissait plutôt selon elle d’une affaire de mari jaloux qui a tué délibérément sa femme après avoir découvert qu’elle avait une liaison.

Le juge Douglas Rutherford, dans son adresse au jury, avait dit aux quatre hommes et huit femmes qui le composaient que, s’ils croyaient que le trouble mental de Richmond l’empêchait au moment des événements de comprendre « la nature et la qualité de ses actions », il devait être déclaré non criminellement responsable.

Par contre, si le jury l’estimait responsable, ils pourraient le déclaré coupable de meurtre soit au premier ou au deuxième degré, selon qu’il y avait selon eux préméditation ou non. Le jury pouvait aussi le trouver coupable d’homicide involontaire coupable, s’il croyait qu’il n’avait pas l’intention de tuer son épouse.

Le jugement

Ne croyant manifestement pas la version de l’accusé et insensibles à ce que disait son avocat, les jurés auront donc pour le verdict le plus sévère, meurtre prémédité, entraînant automatiquement une sentence d’emprisonement à vie.

Dans un reportage télévisé diffusé à l’époque de l’arrestation de Richmond, plusieurs personnes sur la base de Petawawa où était affecté l’adjudant avaient dit croire qu’il n’y a pas assez de ressources pour les soldats en détresse psychologique à leur retour de mission. «Il devrait y avoir plus d’aide», affirme ainsi la conjointe d’un militaire.

Des bombes à retardement ?

Jusqu’à maintenant, on a surtout parlé des suicides chez les militaires souffrant de SSPT, mais on voit aussi des cas de violence tournée vers les autres, à commencer par les proches de ces militaires.

En 2013, une étude britannique parue dans le prestigieux journal médical The Lancet révélait que la participation aux combats en Irak ou en Afghanistan a fait de certains vétérans britanniques, des bombes prêtes à exploser.

Même si les résultats de cette étude britannique ne peuvent être transposés au Canada, encore moins au cas individuel de l’adjudant Richmond, l’étude montrait néanmoins que les soldats britanniques de moins de 30 ans ayant servis en Irak ou en Afghanistan sont inculpés pour crimes violents près de quatre fois plus souvent que les jeunes gens du même âge qui n’ont pas fait la guerre, soit 20,6% chez les vétérans contre 6,7% pour le même groupe d’âge dans la population générale.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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