Ottawa annonce les détails du plan pour la réinstallation des réfugiés, l’Opposition satisfaite

Une famille réfugiée attend un bus après son arrivée dans la gare centrale de Munich, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2015. (AFP/CHRISTOF STACHE)
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Une famille réfugiée attend un bus après son arrivée dans la gare centrale de Munich, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2015. (AFP/CHRISTOF STACHE)
Une famille réfugiée attend un bus après son arrivée dans la gare centrale de Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 5 septembre 2015. (Archives/Christof Stache/AFP)

Date butoir repoussée, exclusion des jeunes hommes célibataires, vérifications faites en amont, l’annonce ministérielle tant attendue du plan de réinstallation des 25.000 réfugiés syriens que le Canada accueillera d’ici la fin de l’année a finalement eu lieu cet après-midi à Ottawa et a même obtenu un satisfecit de l’opposition.

Cette annonce avait été précédée la semaine dernière d’une conférence de presse à Ottawa du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, entouré des responsables de la GRC, du SCRS et de l’Agence des services frontaliers, pour rassurer les Canadiens et répéter que le gouvernement canadien ne fera pas de compromis sur la qualité des contrôles de sécurité que subiront les réfugiés qu’il veut accueillir.

Étaient présents à l’annonce d’aujourd’hui, outre le ministre de l’Immigration John McCallum, Jane Philpott ministre de la Santé, Harjit Sajjan ministre de la Défense nationale, Ralph Goodale ministre de la Sécurité publique et Mélanie Joly ministre du Patrimoine canadien.

Ce mardi, la ministre Philpott, présidente du comité spécial du gouvernement canadien chargé d’aider à faire venir des réfugiés syriens formé au début du mois, a annoncé que les premiers 10.000 qui ont de la famille et sont parrainés pourront être réinstallés d’ici le 31 décembre, la plupart peut-être même avant.

Quant aux autres réfugiés, leur sélection, leur arrivée et réinstallation est prévue pour les mois de janvier et février. Le ministre de l’Immigration, John McCallum, expliquant ce délai par la volonté du gouvernement canadien de faire vite, certes, mais bien. «Nous devons accueillir ces gens non seulement avec un sourire, mais avec un logement et avec les autres choses dont ils ont besoin. C’est un défi logistique extrêmement important. […] Donc nous prendrons un peu plus de temps afin de le faire de façon correcte».

En outre, tel qu’anticipé, à moins d’être parrainés de manière privée, les hommes célibataires seront exclus et le Canada sélectionnera plutôt des familles, des femmes et des enfants.

Quant aux contrôles de sécurité, le ministre de la Sécurité publique a non seulement réitéré les assurances qu’il avait donné à sa propre conférence de presse le 18 novembre dernier, mais a souligné que tous les cas où les contrôles ne pourront se faire de façon à garantir la sécurité des Canadiens, seront écartés.

Les plus importantes vérifications de sécurité, de santé et d’immigration seront faites en amont, avant l’arrivée des réfugiés en sol canadien. Elles prévoient la collecte de données biométriques telles que des empreintes digitales et la vérification de bases de données des forces de l’ordre.

Le principe sera, tel qu’expliqué sur 45eNord.ca le 18 novembre: «Dans le doute, abstiens-toi!»

Son collègue de la Défense, Harjit Sajjan, a rappelé pour sa part l’expérience des Forces armées canadiennes en matière d’accueil de réfugiés (Ougandais en 1972, Vietnamiens de 1978 à 1980 et Kosovars en 1999).

Non seulement les bases militaires du pays pourront être appelés à héberger temporairement jusqu’à 13.000 réfugiés qui ne pourront être immédiatement dirigés ailleurs, mais les militaires canadiens seront mis à contribution dans les camps en Turquie, en Jordanie et au Liban, pour filtrer les candidats à la réinstallation et les aéroports militaires canadiens seront prêts à recevoir des vols de réfugiés tous les 48 heures.

Conscients des sacrifices demandés à ses troupes, et convaincu que cette opération ne pourrait se faire sans l’apport des Forces armées canadiennes, le nouveau ministre de la Défense, ex militaire décoré lui-même, a aussi ajouté que cela démontrait «le meilleur qu’a à offrir le Canada» et remercier ses troupes de répondre ainsi à l’appel.

Ottawa évalue à 678 millions de dollars canadiens le coût du transfert puis de l’intégration de ces réfugiés.

Sur les coûts, le ministre McCallum a aussi tenu à souligner que, au delà du devoir de tendre la main aux civils, femmes et enfants qui fuient la guerre, bien qu’il y ait des coûts initiaux élevés, l’arrivée des ces personnes qui apporteront une contribution estimable plus tard à la société canadienne, est bel et bien un gain à plus long terme.

Selon les chiffres du HCR, la guerre civile qui déchire la Syrie depuis 2011 a fait plus de 250.000 morts et entraîné le déplacement de plus de quatre millions de personnes. Le conflit a également généré la pire crise humanitaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avec plus de 670.000 migrants arrivés en Europe par la mer en 2015.

Pays d’immigration, le Canada accueille chaque année 250.000 immigrés en moyenne. C’est donc avec une fierté que le ministre de l’Immigration, John McCulum, a noté que le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations-Unies avait déclaré que, «s’il y a un pays sur qui on peut compter pour accueillir les réfugiés syriens, c’est bien le Canada ».

L’opposition satisfaite

De son côté Michelle Rempel, la porte-parole de l’opposition officielle sur l’immigration, les réfugiés et la citoyenneté, a commenté aujourd’hui l’annonce faite par le gouvernement libéral sur le plan visant à réinstaller 25 000 réfugiés syriens au Canada.

«Nous sommes contents que M. Trudeau ait écouté les Canadiens aujourd’hui et abandonné une date butoir impossible à respecter. Tout plan de réinstallation doit permettre la pleine intégration des réfugiés en tant que membres à part entière de la société canadienne», a déclaré la porte-parole conservatrice.

Elle en a aussi profité pour revenir à la charge sur la question de la participation du canada à la mission de combat contre le groupe armé l’État islamique en Irak et en Syrie.

«Nous pensons, a-t-elle dit, qu’il est aussi impératif que le Canada reste aux côtés de nos alliés dans la mission visant à affaiblir le groupe État islamique. Nous continuons à presser le gouvernement libéral de revenir sur sa position et d’assurer que l’Aviation royale canadienne reste engagée dans la lutte contre le groupe État islamique».

Les détails du plan d’Ottawa

Voici donc, tiré du document officiel du gouvernement canadien, les détails du plan d,accueil et de réinstallation des réfugiés syriens:

Phase 1: Identifier les réfugiés syriens qui arriveront au Canada

Le Canada collaborera avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à l’identification de personnes en Jordanie et au Liban, où se trouvent de longues listes de réfugiés enregistrés.

Dans le but de réduire au minimum les risques pour la sécurité et d’offrir aux réfugiés vulnérables un nouvel endroit où vivre, le Canada a demandé au HCR d’établir par ordre de priorité une liste de réfugiés vulnérables ne représentant qu’un faible risque à la sécurité, notamment les femmes à risque et les familles intactes. Cette façon de procéder est conforme à celle que suit le Canada en général en matière de réinstallation des réfugiés.

À la suite de l’identification des réfugiés en Jordanie et au Liban, le HCR communiquera avec eux en leur envoyant un message texte, pour voir s’ils souhaitent venir s’établir au Canada. Ceux qui auront exprimé un tel intérêt seront recommandés aux agents canadiens pour le traitement de leur demande, après avoir obtenu la confirmation de leur identité par le HCR à l’aide de la lecture de l’iris.

Le Canada continue de travailler avec le gouvernement de la Turquie, où les réfugiés sont inscrits auprès de l’État et non pas auprès du HCR, afin de mettre en place un processus semblable.

Le gouvernement traite actuellement plusieurs milliers de demandes de réfugiés parrainés par le secteur privé (RPSP) ainsi que des réfugiés pris en charge par le gouvernement (RPG), qui feront partie de cette initiative.

Phase 2: Traitement des demandes des Syriens à l’étranger

Les réfugiés intéressés obtiendront ensuite un rendez-vous dans des deux bureaux de visas désignés établis à Amman et à Beyrouth. La capacité de délivrance de visas sera améliorée également en Turquie.

Environ 500 agents du gouvernement, y compris des agents pour émettre les visas provisoires, seront affectés à ces bureaux.

Une entrevue aura lieu avec des agents des visas professionnels et chevronnés qui recueilleront des renseignements permettant de faciliter la délivrance de visas. Les demandeurs qui passeront l’entrevue ne seront pas tous retenus au cours de la présente initiative, mais leur demande pourrait être réexaminée à un autre moment.

Le processus d’immigration sera complété à l’étranger. Il comprendra un examen médical complet, y compris le dépistage de maladies transmissibles, comme la tuberculose. L’enquête de sécurité comprendra la collecte de renseignements biographiques et un filtrage biométrique, comme la prise d’empreintes digitales et de photos numériques, qui feront ensuite l’objet d’une vérification en consultant les bases de données de l’immigration, de l’exécution de la loi et de la protection de la sécurité.

Une fois le filtrage terminé, les réfugiés se verront offrir un visa de résident permanent et les préparatifs de transport vers le Canada seront enclenchés.

Phase 3: Transport vers le Canada

Dès décembre, le transport par avions nolisés privés, avec l’appui d’avions militaires si nécessaire, sera organisé pour permettre d’évacuer les réfugiés.

Les vols atterriront soit à Montréal ou à Toronto. Ces villes sont en mesure d’accueillir un grand nombre de vols par jour, et elles disposent des installations et des services requis pour assurer le traitement et loger temporairement un nombre aussi élevé de réfugiés pendant une courte période.

Avant le départ des réfugiés pour le Canada, les agents de l’ASFC confirmeront l’identité de chaque réfugié.

Phase 4 : Accueil au Canada

À leur arrivée au Canada, tous les réfugiés seront accueillis par les agents des services frontaliers (ASF) qui traiteront leur demande d’entrée et les admettront au Canada. Ce processus comprend une vérification finale de leur identité.

Tous les réfugiés feront l’objet d’un contrôle à leur arrivée au Canada afin que soit détecté tout signe de maladie, conformément à la Loi sur la mise en quarantaine,et les personnes malades bénéficieront de soins médicaux. Une fois admis au Canada par les ASF, les réfugiés qui sont arrivés au Canada à titre de réfugiés parrainés par le secteur privé poursuivront leur route jusqu’à la communauté de leur répondant privé.

D’importants efforts sont déployés afin de s’assurer que les communautés partout au Canada sont prêtes à accueillir les réfugiés syriens parrainés par le gouvernement. Ces réfugiés seront jumelés à des communautés qui ont déjà mis en place des mesures de soutien à l’établissement, en tenant compte du fait que les réfugiés ont des parents au Canada et de facteurs tels que le nombre d’écoles, le nombre de logements, la possibilité de suivre des cours de langue et d’autres facteurs semblables.

Après leur arrivée, la plupart des réfugiés parrainés par le gouvernement poursuivront leur route jusqu’à leur nouvelle communauté d’accueil. Toutefois, les réfugiés dont la destination finale n’a pas encore été déterminée séjourneront dans des logements provisoires avant de déménager dans des communautés partout au Canada. Cette période d’accommodement temporaire donnera plus de temps aux représentants canadiens pour travailler de concert avec les provinces, les territoires et les fournisseurs de services d’installation afin de déterminer quelles communautés accueilleront ces réfugiés.

Phase 5: Installation et intégration à la communauté

Les réfugiés syriens seront transportés dans diverses collectivités partout au Canada, où ils commenceront une nouvelle vie avec leur famille. Ils recevront immédiatement des services essentiels et du soutien à long terme dans le but de leur assurer une installation et une intégration réussies dans la société canadienne.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada collabore avec ses partenaires, les répondants du secteur privé, les gouvernements des provinces et des territoires et les administrations municipales afin de coordonner les activités de réinstallation et d’accueillir ces réfugiés dans leur nouveau milieu. L’aide qui sera offerte comprend une orientation sur la vie au Canada, l’accès aux soins de santé et à un logement permanent, des services de counselling, linguistiques et de formation scolaire ainsi que d’autres services de soutien offerts par le gouvernement fédéral, les gouvernements des provinces et des territoires ainsi que les administrations municipales.

Les Syriens qui seront réinstallés au Canada seront reçus à titre de RPG ou de RPSP.

L’aide offerte aux RPG est fournie par le gouvernement du Canada et tend à s’aligner sur les niveaux d’aide sociale des provinces et des territoires. Cette aide consiste notamment à fournir des vêtements, de la nourriture, un logement et des articles ménagers essentiels, comme de la literie et des meubles.

Les réfugiés qui arrivent au Québec reçoivent un soutien semblable, mais il est fourni par la province.

Les RPSP bénéficient du soutien de répondants qui ont accepté de leur offrir des soins, un logement, de l’aide à l’installation et un soutien social. Habituellement, un répondant du secteur privé vient en aide à un réfugié pendant 12 mois à compter de l’arrivée du réfugié au Canada ou jusqu’à ce que celui-ci soit autonome, selon la première occurrence.

Coûts

Le gouvernement du Canada investira jusqu’à 678 millions de dollars (M$) sur six ans en vue d’accélérer la réinstallation de ces réfugiés syriens et d’appuyer leur intégration. Il s’agit d’un montant estimatif maximal du financement des activités que doivent réaliser le gouvernement du Canada et ses partenaires pour donner suite aux engagements pris, et il comprend des sommes pour les dépenses imprévues ainsi que des fonds destinés aux partenaires tels que le HCR et la Croix-Rouge canadienne. Des mécanismes rigoureux de surveillance, de contrôle et de reddition de compte relatifs à ce financement sont prévus et les résultats seront communiqués aux Canadiens.

Les premiers vols nolisés transportant un grand nombre de réfugiés devraient maintenant commencer à atterrir ici au début du mois de décembre.