Réfugiés: Obama dénonce «l’hystérie» et Ottawa explique le processus de sélection

Les réfugiés syriens crient au secours. (compte twitter UNHCRUK/ ‏@UNHCRUK )
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Les réfugiés syriens crient au secours. (compte twitter UNHCRUK/ ‏@UNHCRUK )
Les réfugiés syriens crient au secours. (compte twitter UNHCRUK/ ‏@UNHCRUK )

Le président américain Barack Obama a dénoncé mercredi « l’hystérie » qui règne aux États-Unis au sujet des risques pour la sécurité que poseraient les réfugiés syriens, accusant l’opposition d’avoir peur des « veuves » et des « orphelins », pendant qu’ici, au Canada, devant l’inquiétude d’une partie de la population, le gouvernement a commencé à expliquer comment seront filtrés les réfugiés.

« Nous ne prenons pas de bonnes décisions si elles sont fondées sur l’hystérie ou l’exagération des risques », a déclaré le président à Manille, alors que plus de la moitié des États fédérés et la plupart des candidats républicains à la Maison Blanche ont dit s’opposer à l’accueil de réfugiés syriens après les attentats de Paris. « Apparemment, ils ont peur des veuves et des orphelins qui arrivent aux États-Unis ».

Brandissant la découverte d’un passeport syrien – à l’authenticité douteuse – près d’un kamikaze à Paris, les républicains du Congrès américain ont annoncé mardi leur intention de suspendre temporairement l’accueil aux États-Unis de réfugiés venus de Syrie dévastée par la guerre.

« Mieux vaut prévenir que guérir », a déclaré le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, après trois jours d’escalade politique aux États-Unis, reflétant un mouvement similaire dans certains pays européens comme la Pologne.

La Maison Blanche a indiqué pour sa part avoir pressé les gouverneurs de 34 États d’éviter toute mesure qui bloquerait les arrivées de réfugiés.

La situation est d’autant plus irréel qu’en Europe l’enquête, qui progresse rapidement, a démontré que les auteurs des attentats de Paris étaient, non pas des réfugiés, mais bel et bien des jeunes radicalisés nés sur le territoire européen.

Ici, au Canada, le gouvernement se fait rassurant

Ici au Canada, le gouvernement se fait rassurant et a enfin commencé à expliquer comment seront filtrés les réfugiés. La porte-parole du ministère canadien de la Sécurité publique, Zarah Malik, a déclaré à 45eNord.ca que «Le gouvernement du Canada demeure fermement résolu à garantir la sécurité des Canadiens», précisant que «Les partenaires de la sécurité nationale et de l’application de la loi travaillent de concert pour que les facteurs de sécurité fassent partie intégrante de nos efforts destinés à aider ceux dans le besoin ».

«Nous croyons», de dire Mme Malik, «que la grande majorité des Syriens qui cherchent à se réfugier posent un risque minime pour le Canada. Cela étant dit, nos partenaires de la sécurité nationale et de l’application de la loi surveillent avec vigilance toutes les menaces éventuelles et possèdent des mesures solides pour les contrer ».

«Il n’y aura aucun compromis», a-t-elle assuré.

«Afin de gérer les risques potentiels que certains individus pourraient poser du point de vue de la sécurité, un processus d’enquête approfondi sera en place. Si des préoccupations liées à la sécurité surgissent, notre système d’immigration comprend des mécanismes permettant d’y réagir et de prendre les mesures appropriées. Ces mesures seraient déterminées au cas par cas», a expliqué la porte-parole.

Une sélection rigoureuse

Scott Bardsley, du Cabinet du ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile, a pour sa part bien confirmé à 45eNord.ca que les vérifications seront faites par le Canada sur une base individuelle et que le même niveau de sécurité qui a toujours prévalu lors de l’accueil de réfugiés et d’immigrants sera bel et bien maintenu.

Les détails du plan d’accueil des réfugiés syriens restent encore en cours de discussion au sein du Cabinet et ils seront publiés dès qu’ils seront finalisés, mais qu’il est toutefois d’ores et déjà acquis que tous les réfugiés vont passer par les contrôles de sécurité canadiens, indépendamment du fait qu’ils ont été contrôlés par les Nations Unies. Le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU fournit le premier examen, puis le Canada fera son propre examen au cours duquel seront vérifiées toutes les informations disponibles pour savoir avec le plus de certitude possible à qui on a affaire.

Après leur arrivée dans un premier pays hôte, (par exemple, la Jordanie), les réfugiés ont en effet tous déjà été l’objet d’un premier triage par le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations-Unies(HCR) au stade de l’enregistrement afin d’identifier les réfugiés légitimes avant de les présenter à un «pays de réinstallation», comme le Canada. L’agence onusienne responsable des réfugiés les interrogent sur leurs activités militaires, actuelles ou passées, leurs «affiliations» et leurs plans d’avenir.

Le HCR sélectionne les réfugiés qu’il présentera aux pays de réinstallation en fonction de plusieurs critères privilégiant les plus vulnérables (victimes de tortures, mères avec enfants, etc.). En outre, dans un camp peuplé de réfugiés provenant de toutes les régions de Syrie, les indésirables sont beaucoup plus susceptibles d’être repérés et dénoncés. Déjà, à ce stade, on se retrouve avec des candidats à la réinstallation qui présentent beaucoup moins de risques que ceux qui s’opposent à leur arrivée l’imaginent.

Puis, c’est au tour du pays de réinstallation, en l’occurrence le Canada, de filtrer encore une fois les réfugiés qui veulent venir ici. Les agents des visas canadien basés dans le pays hôte examinent à leur tour les documents des candidats à la réinstallation, puis procèdent à un entretien qui s’ajoute à celui que leur a déjà fait subir le HCR. Mais ça ne s’arrête pas là! Le dossier du demandeur d’asile passe alors dans les mains du Service canadien de renseignement de sécurité, bien qu’il ne puisse nous dévoiler tous les détails, assure qu’il a les moyens de vérifier l’histoire et les antécédents des candidats. À ce stade, si un indésirable avait réussi à passer à travers les mailles du filet, il y a fort à parier qu’il serait alors repéré.

Les réfugiés risquent de ne pas avoir le bénéfice du doute

Bien sûr, le système n’est pas parfait, puisque rien n’est parfait en ce bas monde, mais il est, disent les experts, d’une grande efficacité.

Et si, malgré tout, on n’a encore des doutes?

Interrogé sur ce qui adviendrait des réfugiés qui ne peuvent pas présenter la documentation appropriée en raison du chaos qui règne en Syrie, dans leur propre pays et dont, malgré tous nos moyens et nos efforts, l’histoire s,avère invérifiable, le nouveau ministre canadien de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a répondu que, certes, le gouvernement canadien enquêtera, mais que l’absence de papiers et d’informations vérifiables pourrait être une raison de refus.

*Avec AFP