Rohani en Europe, première visite d’un président iranien depuis dix ans

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le président réformateur iranien Hassan Rohani à la 7e Assemblée générale de l’ONU, à New-York, en

Hassan Rohani entame samedi une visite en Italie et en France, une première en Europe pour un président iranien depuis dix ans qui illustre le réchauffement des relations depuis l’accord sur le nucléaire en juillet.

Le dernier déplacement d’un chef de l’État iranien remonte à 2005: le réformateur Mohammad Khatami s’était rendu à Vienne et Paris. Il était déjà venu en Italie et en France en 1999, devenant alors le premier président à venir en Europe depuis la révolution islamique de 1979.

La visite de quatre jours de Hassan Rohani, un religieux modéré élu en 2013, sera dominée par les dossiers géopolitiques, notamment le conflit syrien, commerciaux mais aussi religieux, avec une rencontre prévue au Vatican avec le pape François.

L’Italie et la France étaient, avant les sanctions imposées à l’Iran en 2006, deux des principaux partenaires économiques européens de l’Iran, et elles souhaitent retrouver cette place dans ce pays riche en pétrole et en gaz.

Tous les espoirs sont permis depuis la signature, le 14 juillet, de l’accord sur le nucléaire après deux ans de négociations tendues entre l’Iran, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Cet accord doit permettre en 2016 une levée des sanctions qui brident le développement de l’Iran, en échange de son engagement à limiter son programme nucléaire civil et à renoncer à l’arme atomique.

Depuis, Téhéran assiste à un défilé de responsables politiques européens souhaitant normaliser les relations et d’hommes d’affaires avides de prendre leur part d’un marché de 78 millions d’habitants.

M. Rohani a affirmé mercredi, dans un entretien à la chaîne de télévision France 2, que son pays signerait à Paris des protocoles d’accord dans différents domaines et achèterait « probablement » des avions Airbus pour renouveler la flotte iranienne vieillissante.

Les ministres français et italien des Affaires étrangères, Laurent Fabius et Paolo Gentiloni, avaient été parmi les premiers à venir à Téhéran, fin juillet et début août, pour y transmettre une invitation au président Rohani.

La visite de M. Fabius avait été suivie en septembre de celle d’une forte délégation de 150 hommes d’affaires français venus étudier les possibilités d’investissements en Iran.

Pour certains comme les constructeurs automobiles PSA et Renault ou le pétrolier Total, présents depuis longtemps en Iran, il s’agit d’y reprendre et d’y renforcer leurs activités réduites par les sanctions.

À Paris, où Hassan Rohani prononcera un discours à l’Unesco lundi, la crise syrienne sera au coeur d’un entretien mardi à l’Elysée avec le président français François Hollande.

L’Iran est, avec la Russie, le principal soutien au régime du président syrien Bachar al-Assad auquel il apporte une aide financière et militaire, y compris l’envoi de conseillers militaires sur le terrain.

Signe de la détente engendrée par l’accord nucléaire, l’Iran a pour la première fois participé, fin octobre à Vienne, à une réunion internationale en vue d’un règlement politique du conflit syrien qui a fait plus de 250.000 morts depuis 2011. Une nouvelle réunion est prévue samedi dans la capitale autrichienne.

Laurent Fabius a rappelé que sur la Syrie, « nous avons une divergence fondamentale avec les Iraniens » concernant le sort du président Assad, que la France juge en grande partie responsable de la situation actuelle et dont elle souhaite le départ.

Mais le président Rohani a répété mercredi que la résolution de la crise syrienne « n’est pas une question de personne ». « Nous devons tout d’abord, en Syrie, éradiquer le terrorisme. C’est la première priorité (…) On doit créer la sécurité pour que le peuple puisse rentrer chez lui », a-t-il dit.

Au Vatican, on souligne que le pape François devrait dire à M. Rohani qu’il souhaite que l’Iran influe sur Bachar el-Assad pour une transition démocratique.

La position « dure » de Paris lors des négociations nucléaires avait été très critiquée à Téhéran, faisant craindre une marginalisation de la France en Iran après l’accord. Mais M. Fabius avait répondu en juillet à Téhéran que Paris avait eu une « attitude constante, ferme, constructive » dans le but « d’empêcher la prolifération nucléaire ».

Sur le plan du protocole, Téhéran a rappelé que M. Rohani refuserait de participer à un repas à l’Elysée où du vin serait servi. « Conformément aux valeurs et aux enseignements islamiques », les dirigeants iraniens ont pour principe de ne jamais prendre part à des réceptions où de l’alcool est proposé, a rappelé un diplomate iranien.