Un autre incident de racisme, visant cette fois le nouveau ministre de la Défense lui-même

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151104-harjit-sajjan2Le lieutenant-colonel (ret.) Harjit Sajjan lors de son assermentation comme ministre de la Défense nationale le 4 novembre 2015.

L’adjudant-chef des Forces canadiennes, Kevin West, a dû intervenir contre un militaire ayant le grade d’adjudant-chef suite à des commentaires déplacés sur les réseaux sociaux, s’attaquant notamment à «la dignité» du nouveau ministre de la Défense, Harjit Singh Sajjan, d’origine indienne.

L’armée a refusé d’identifier le militaire en question ou de révéler ce qu’il a écrit, mais il s’agirait d’un militaire du Québec qui aurait fait d’une « déclaration inappropriée » sur l’ «origine ethnique» du ministre Sajjan, qui a émigré au Canada lorsqu’il avait cinq ans.

«Moins de 24 heures après l’assermentation du nouveau ministre de la Défense et nous avons déjà expérimenté un comportement inapproprié au sein de notre organisation», écrit en anglais l’adjudant-chef Kevin West, rapporte le journaliste Paul Gaboury.

L’adjudant-chef West est le conseiller principal du chef d’état-major de la Défense et du ministère de la Défense nationale en ce qui concerne toutes les questions qui touchent les militaires du rang, sa responsabilité s’étend aussi au moral et le bien-être de tous les militaires.

Le chef d’état-major de la Défense Jonathan Vance(gauche) et l’adjudant-chef des Forces armées canadiennes Kevin West (droite) lors d’une cérémonie. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
«Nous avons eu un incident au cours duquel un haut gradé de la Défense a émis des commentaires négatifs sur une page Facebook au sujet de notre ministre, poursuit-il. C’est totalement inacceptable! Nous rencontrons déjà des problèmes de comportement sur une base quotidienne au sein de nos rangs et c’est notre devoir, et celui de nos dirigeants, d’y mettre fin immédiatement. J’ai été mis au courant de l’incident et dire que je suis en colère n’est pas le mot.»

L’adjudant-chef West souligne que le respect de la dignité des autres doit s’étendre à toute la chaîne de commandement. «Ce n’est pas une option, écrit-il. S’il y a des gens qui croient que cela ne les touche pas, il nous faudra agir immédiatement auprès d’eux de manière appropriée».

Il conclut son rappel à l’ordre de l’article 15 (égalité des races et des sexes) de la Charte canadienne en s’excusant d’avoir transmis ce courriel unilingue en anglais. «Je m’excuse pour ce courriel unilingue. Je voulais qu’il soit diffusé le plus rapidement possible (ASAP)», explique-t-il. Cette façon de faire, contraire à la Loi sur les langues officielles, a toutefois suscité une plainte formelle a été déposée auprès du commissaire aux langues officielles, rapporte le quotidien de la capitale fédérale.

« Cet incident est actuellement sous enquête par la chaîne de commandement de l’individu », a confirmé à 45eNord.ca le porte-parole de la Défense nationale Dan Le Bouthillier, qui a tenu à réaffirmer « que le racisme, ou de toute forme de discrimination ou de harcèlement, ne sont pas tolérés dans les Forces canadiennes (FAC) ».

« L’institution est entièrement attaché au principe de l’égalité de tous les peuples et à la dignité et la valeur de chaque être humain. », de poursuivre M. Le Bouthillier, insistant pour dire que « Les attitudes racistes sont pas compatibles avec l’éthique militaire et un service militaire efficace ».

Plus tôt aujourd’hui, Paul Doucette, officier des affaires publiques du chef d’état-major de la Défense nationale, avait aussi commenté l’incident sur le commentaire inapproprié. «En réponse à un commentaire désobligeant publié sur les médias sociaux par un membre des Forces armées canadiennes au sujet du nouveau ministre de la Défense nationale, l’adjudant‑chef des Forces armées canadiennes a envoyé un courriel à un groupe restreint d’adjudants‑chefs supérieurs pour les avertir de cet incident et leur demander de rappeler aux employés de leur organisation qu’un tel comportement était inacceptable. La chaîne de commandement de ce membre enquête actuellement sur cet incident».

Au Québec, le commandant de la 2e Division du Canada, le brigadier-général Stéphane Lafaut, avait du lui aussi. la semaine dernière, rappeler dans un message à toutes les personnes sous son commandement que « la politique sur l’utilisation des médias sociaux de la division est claire: il faut éviter de publier du contenu qui pourrait offenser autrui ou dénigrer la chaîne de commandement. Vous ne devez pas écrire des commentaires racistes, sexistes, haineux et violents. Ceci s’applique autant sur les médias sociaux gouvernementaux que privés! ».

Et il a du rappeler ses troupes à l’ordre une deuxième fois lorsque fusaient dans les médias sociaux les commentaires offensants et racistes dans les médias «d’une minorité qui étaient non seulement contre l’utilisation […] des installations militaires» pour l’accueil des réfugiés, ce qui reste une opinion mais qui poussaient aussi l’audace à critiquer ouvertement l’arrivée de familles migrantes, alors que leurs pays sont ravagés par des guerres qui n’en finissent plus», le brigadier-général Lafaut n’a pas hésiter à rappeler ses troupes à leur devoir et à les appeler à la tolérance.

Bien que, selon la plupart des hauts-gradés, il s’agirait de comportement marginaux, l’avenir nous dira bien si les Forces armées canadiennes, en plus des autres problèmes qui ont terni son image, comme l’inconduite sexuelle, ne souffrirait pas aussi d’un problème de racisme ou d’intolérance dont on n’aurait pas soupçonné l’ampleur, l’étendue et la profondeur.

Chose certaine, il semble évident que la hiérarchie militaire, sur le qui-vive, n’a pas l’intention de se laisser déborder et ne laissera rien passer. Avis à ceux qui seraient tentés d’ignorer leur devoir.