Entre réalisme politique et droits de l’Homme, Stéphane Dion rencontre son homologue saoudien Al-Joubeir à Ottawa

Adel Al-Joubeir (Archives/AFP)
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Adel Al-Joubeir (Archives/AFP)
Adel Al-Joubeir. (Archives/AFP)

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a annoncé qu’il discutera des droits de l’Homme avec son homologue de l’Arabie saoudite, Adel Al-Joubeir, ministre des Affaires étrangères du royaume saoudien depuis le 29 avril 2015, à l’occasion de la visite de ce dernier à Ottawa jeudi.

Les ministres Dion et Al-Joubeir discuteront de différents éléments liés aux relations qu’entretiennent le Canada et l’Arabie saoudite, notamment le commerce, l’éducation, les préoccupations régionales et internationales en matière de sécurité, ainsi que le sort des réfugiés qui fuient la violence dans la région, dit le communiqué du ministère canadien des Affaires mondiales (Affaires étrangères).

Le ministre Dion a également l’intention de soulever la question des droits de la personne en Arabie saoudite, a confirmé le ministère canadien des Affaires étrangères.

Ensaf Haidar tient un portrait de son époux,Raef Badaoui, blogueur saoudien emprisonné, lors de la remise du prix Sakharov à son mari, le 16 décembre 2015. (AFP/PATRICK HERTZOG)
L’automne dernier, en pleine campagne électorale, le premier ministre sortant conservateur, Stephen Harper, avait été pris à partie lorsqu’il avait rejeté l’idée de mettre dans la balance pour faire pression sur l’Arabie saoudite un contrat de 13 milliards de dollars sur 14 ans avec les options pour la fourniture de véhicules blindés légers au royaume saoudien signé l’an dernier par le biais d’une filiale canadienne du groupe américain General Dynamics.

Thomas Mulcair, chef du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche), avait alors abordé le cas du blogueur saoudien Raef Badaoui, dont l’épouse vit au Canada avec ses enfants, estimant que sa condamnation à la flagellation était «indigne et complètement barbare».

Plus timoré, Justin Trudeau pour le Parti libéral avait alors jugé nécessaire de «travailler avec nos alliés pour exiger à l’international que les pays commencent à se comporter de façon à respecter les droits humains».

Réagissant à la nouvelle de la rencontre des chef canadien et saoudien de la diplomatie, Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, a tout de suite interpellé sur son compte twitter le ministre canadien, le pressant demander la libération de Raef Badawi, condamné en 2014 à dix ans de prison et à 1000 coups de fouet pour avoir manqué de respect à l’islam sur son site web.

Coïncidence, sa femme Ensar Haidar, réfugiée au Canada, à Sherbrooke, avec les enfants du couple, recevait hier au nom de son mari le prix Sakharov 2015 pour la liberté d’expression des mains président du Parlement européen, Martin Shulz, qui demandé à nouveau à Riyad de «gracier Reif Badawi et de le libérer sans aucune condition et immédiatement».

Un partenaire incontournable

L’Arabie saoudite est toutefois un partenaire important dont on peut difficilement se passer, un allié au sein de la coalition internationale de lutte contre le groupe armé EI et un acteur important dans les efforts de la communauté internationale visant à trouver une solution politique en Syrie.

Mardi, le royaume saoudien annonçait la création d’une «alliance militaire islamique» antiterroriste de 34 pays du Proche et du Moyen-Orient et même d’Afrique pour lutter en invoquant le Coran, jetant l’anathème sur les groupes terroristes et rejetant toute excuse ou justification au terrorisme.

Gardien des deux plus importants lieux saints de l’islam, Masjid al-Haram (à La Mecque) et Masjid al-Nabawi (à Médine), l’Arabie, où le wahhabisme, une version particulièrement rigoriste de l’islam sunnite, est religion d’État, est particulièrement bien placée pour mener la guerre aux groupes terroristes islamistes, y compris les fronts idéologique et religieux.

« Le Royaume d’Arabie saoudite est un partenaire important du Canada au titre des efforts de lutte contre le terrorisme, de la contribution à la coalition internationale contre les militants de l’EI et des initiatives internationales pour trouver une solution politique en Syrie. Cette visite favorisera la prise d’engagements sur ces questions et la tenue d’un dialogue ouvert sur des dossiers d’importance comme la situation des droits de la personne en Arabie saoudite. », a d’ailleurs déclaré le chef de la diplomatie canadienne dans son communiqué.

Non seulement l’Arabie saoudite, seul pays arabe membre du G-20, est le plus important partenaire commercial du Canada dans la région (le commerce bilatéral des produits et services entre les deux pays se chiffrait à 4,3 milliards de dollars en 2014), mais, hôte du Secrétariat du Conseil de coopération du Golfe (CCG), dont elle assume à compter de ce mois-ci, la présidence tournante, elle est un incontournable et un élément de stabilité dans cette région troublée du monde.

Le chef de la diplomatie canadienne devra donc fort probablement naviguer ce jeudi entre réalisme politique et droits de l’Homme.