Navires de combat de surface: le budget nécessaire passe de 14 à 30 milliards $

La frégate canadienne de classe Halifax NCSM Calgary (FFH 335) au large des côtes de Californie où elle participe à un exercice de groupe opérationnel (TGEX) avec la marine américaine. (U.S. Navy)
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Le NCSM Fredericton, la première frégate de classe Halifax modernisée au début de 2015 (MDN)
Le NCSM Fredericton, la première frégate de classe Halifax modernisée au début de 2015 (MDN)

Le prix de la seule construction des futurs navires de combat de surface canadiens a plus que doublé, selon une nouvelle estimation de la firme A.T. Kearney, passant ainsi de 14 à 30 milliards $.

A.T. Kearney devait fournir une analyse qualitative examinant «la relation entre les projets d’exigences et la faisabilité et l’abordabilité afin de fournir une solution qui permet [à la marine] de réaliser pleinement sa mission».

En mai dernier, le gouvernement fédéral informait les journalistes qu’une «enveloppe budgétaire de 26,2 milliards $ a été prévue pour construire jusqu’à 15 navires en vue de renouveler la flotte de navires de combat de surface canadiens de la Marine royale canadienne».

Or, ce budget incluait non seulement le design et la construction, mais aussi le coût des munitions, de l’infrastructure tels que des jetées, des équipements de secours et le soutien.

C’est le coût de la conception et de la construction qui se trouve avoir plus que doublé, ce qui ferait passer le budget total de 26,2 milliards à près de 42 milliards, soit plus que l’ensemble du programme de construction de tous les navires de la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale.

Le budget de 26,2 milliards $ pour 15 navires de guerre a été arrêté en 2008 et basé sur un chiffre vieux de déjà deux ans. Or, n’avait proposé de mise à jour de ces chiffres depuis.

«Nous avions des préoccupations tout au long, a expliqué le vice-amiral Mark Norman, commandant de la Marine royale canadienne, lors d’une interview exclusive avec la CBC. Il est évident que les préoccupations étaient moins aiguë en 2008 et 2009, lorsque le processus de verrouillage [des coûts] vers le bas était encore tout frais et que l’encre séchait. Mais comme nous sommes allés de l’avant, vous savez, nous avons eu de réelles inquiétudes».

À cause de ce verrouillage des coûts au début même du projet, la marine s’est retrouvée dans l’impossibilité de discuter de ses exigences, de ce qui est nécessaire comme capacité pour ses navires, de peur de dépasser cette ligne rouge budgétaire.

C’est une entreprise coûteuse. Nous construisons des navires de guerre. Nous ne construisons pas des ferrys.
Vice-amiral Mark Norman, commandant de la Marine royale canadienne

Déjà en 2013, le Vérificateur général du Canada Michael Ferguson avertissait que le budget serait insuffisant, en raison notamment de l’inflation galopante, des incertitudes du projet et du coût encore inconnu de la main d’oeuvre et du matériel.

L’explosion des coûts s’expliquerait par le fait que nombre des exigences de la marine n’existent tout simplement pas encore, et serait donc en développement. Il est quasi-impossible de savoir exactement combien il en coûtera pour développer une technologie afin qu’elle devienne une capacité réalisable et convenable pour la marine. Toutefois, comme le projet des navires de combat de surface canadiens n’en est encore qu’à ses débuts – la conception n’étant pas encore choisie- il faudra plusieurs années avant que les coûts finaux estimés soient arrêtés.

Début octobre, le ministre de la Défense nationale d’alors Jason Kenney révélait que le nombre de navires construits pourrait être aussi bas que 11. «Basé sur l’avis des experts que nous avons reçu de la Marine royale canadienne et après analyse exhaustive par le ministère des Travaux publics, à la suite du processus majeur le plus exhaustif et transparent dans l’histoire du gouvernement canadien, nous croyons qu’il est possible avec un budget de 26 milliards de $ de construire entre 11 et 15 navires de combat de surface», déclarait-il.

Le gouvernement libéral devra faire un choix décisif entre répondre aux exigences de la marine et répondre aux contraintes budgétaires. Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) a précisé à 45eNord.ca que le ministère souhaite «recourir aux services d’un expert en construction navale qui formulera des conseils stratégiques dans ce domaine». De plus, le gouvernement fédéral implémenterait une nouvelle méthodologie des coûts et remettra annuellement un rapport au Parlement.