SU-24 abattu par la Turquie: la Russie va déchiffrer une boîte noire avec des experts étrangers

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Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a "briefé" le 8 décembre Vladimir Poutine sur la découverte de l'enregistreur de données de vol de l'avion de chasse russe abattu le 24 novembre en Syrie par la Force aérienne turque. (Service de presse du Kremlin)
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Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a "briefé" le 8 décembre Vladimir Poutine sur la découverte de l'enregistreur de données de vol de l'avion de chasse russe abattu le 24 novembre en Syrie par la Force aérienne turque. (Service de presse du Kremlin)
Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a « briefé » le 8 décembre Vladimir Poutine sur la découverte de l’enregistreur de données de vol de l’avion de chasse russe abattu le 24 novembre en Syrie par la Force aérienne turque. (Service de presse du Kremlin)

La Russie a récupéré une boîte noire du bombardier SU-24 abattu par la Turquie à la frontière syrienne en novembre, et va la déchiffrer avec des spécialistes étrangers, a déclaré mardi le président Vladimir Poutine.

« Je vous demande de ne pas l’ouvrir pour l’instant, a déclaré M. Poutine au ministre de la Défense Sergueï Choïgou lors de la présentation de la boîte noire », selon les agences russes, lui demandant de ne l’ouvrir qu’en présence d’experts étrangers.

M. Choïgou a déclaré que le territoire sur lequel était tombé le bombardier russe avait été libéré par les forces spéciales syriennes, ce qui leur a permis de découvrir la boîte noire dans une zone jusque-là tenue par les rebelles.

Le président Poutine a déclaré qu’une analyse de la boîte noire permettrait de déterminer la trajectoire et les paramètres de la position du bombardier au moment où il été abattu par les forces aériennes turques.

Le bombardier russe a été abattu le 24 novembre par les forces aériennes turques près de la frontière entre la Syrie et la Turquie, provoquant entre les deux pays la pire crise depuis l’époque de la guerre froide.

La Turquie affirme que le bombardier est entré dans son espace aérien et a ignoré plusieurs mises en garde, tandis que la Russie a dénoncé une provocation délibérée.

M. Poutine a prévenu que le déchiffrage de la boîte noire, quel que soit son contenu, ne modifierait pas l’attitude de la Russie et n’atténuerait pas sa colère à l’égard de la Turquie après ce coup de traître.

« Ce que nous apprendrons (après le déchiffrage de la boîte noire) ne changera pas notre attitude concernant ce qu’ont fait les autorités turques, » a-t-il déclaré.

« Nous avions l’habitude de traiter la Turquie non seulement comme notre amie, mais aussi comme notre alliée dans la lutte contre le terrorisme, et personne ne s’attendait à ce coup bas, ce coup de traître dans le dos », a ajouté le président russe.

La Russie demande que les opérations militaires turques soient évoquées devant le Conseil de sécurité

Par ailleurs, la Russie a demandé que les opérations militaires turques en Syrie et en Irak soient évoquées de manière informelle au Conseil de sécurité de l’ONU, ont indiqué mardi des diplomates.

Cette question devait être évoquée dans l’après-midi à huis clos entre les ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil, qui est présidé en décembre par les Etats-Unis.

Les relations sont très tendues entre Ankara et Moscou depuis un incident aérien le 24 novembre, lorsqu’un chasseur-bombardier russe a été abattu par l’aviation turque. L’Irak a de son côté réclamé le retrait de soldats turcs de son territoire.

« La Russie a demandé des consultations sur les actions de la Turquie sur les territoires de la Syrie et de l’Irak », a indiqué un diplomate, sans pouvoir donner de détails sur la demande russe.

Le représentant permanent adjoint russe aux Nations unies, Petr Iliichev, a précisé que cette initiative ne concernait que la Turquie et que Moscou ne réclamait pas « pour l’instant » d’action spécifique de la part du Conseil.

« Nous voulons que le Secrétariat (de l’ONU) nous informe de ce qui se passe dans la région », a-t-il expliqué à des journalistes. « Tout pays qui opère dans la région devrait le faire en coordination avec le pays hôte », a-t-il affirmé.

L’Irak réclame le départ de troupes terrestres turques entrées illégalement sur son sol et a donné dimanche 48 heures à la Turquie pour les retirer en menaçant de saisir le Conseil de sécurité.

Ankara continue de son côté à minimiser ce déploiement.

La Turquie dispose de troupes sur une base dans la région de Bashika, située dans la province de Ninive, pour entraîner les forces irakiennes sunnites désireuses de reprendre la ville voisine de Mossoul aux mains des jihadistes.

Selon Ankara, l’arrivée de nouvelles troupes turques près de Mossoul correspond à « une rotation normale » de ce contingent et ne constitue pas une intrusion illégale ni l’amorce d’une offensive en Irak.

Selon l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU, Samantha Power, Washington « considère que le déploiement initial de troupes turques a été négocié avec le gouvernement irakien ». « Nous espérons que le déploiement supplémentaire pourra se faire aussi de cette manière », a-t-elle ajouté.

Les États-Unis « opèrent (en Irak) en étroite coopération et avec le consentement du gouvernement irakien et nous pensons que tous les pays devraient faire de même », a-t-elle affirmé.

Le porte-parole adjoint de l’ONU Farhan Haq a de son coté appelé Ankara et Bagdad à « résoudre ce problème par un dialogue constructif ». Il a confirmé qu’un responsable de l’ONU allait faire mardi au Conseil de sécurité un exposé portant sur « la présence de troupes turques dans le nord de l’Irak, notamment près de Mossoul ».

La diplomatie américaine a fait part de son hostilité à ce que le différend entre l’Irak et la Turquie, deux alliés de Washington, soit porté devant le Conseil de sécurité.

« Nous continuons de penser que la meilleure façon d’avancer consiste à ce que la Turquie et l’Irak règlent cela de manière bilatérale et en discutent », a plaidé le porte-parole du département d’État John Kirby, tout en appelant au respect de la souveraineté de l’Irak.