Syrie: l’opposition a opté pour la solution politique mais beaucoup reste à faire

Des ministres du Golfe à Ryad le 7 décembre 2015 avant une réunion sur le conflit syrien. (AFP/Archives/FAYEZ NURELDINE)
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Des ministres du Golfe à Ryad le 7 décembre 2015 avant une réunion sur le conflit syrien. (AFP/Archives/FAYEZ NURELDINE)
Des ministres du Golfe à Ryad le 7 décembre 2015 avant une réunion sur le conflit syrien. (AFP/Archives/FAYEZ NURELDINE)

En acceptant de négocier avec Bachar al-Assad sous la pression de leurs alliés internationaux, les principaux groupes de l’opposition politique et armée syrienne se sont résignés à l’idée d’une solution politique faute de pouvoir renverser militairement le régime, estiment des experts.

Après deux jours de réunion à Ryad, une centaine d’opposants ont donné jeudi leur accord pour des négociations avec le régime tout en demandant le départ de M. Assad au début d’une éventuelle période de transition, une exigence essentielle des rebelles qui tentent depuis 2011 de le renverser par les armes.

Le rassemblement de Ryad, inédit car il a inclus des factions armées, s’inscrit dans le cadre d’un processus international visant à accélérer un règlement en Syrie, où le conflit a fait plus de 250.000 morts, a poussé à l’exode des millions de personnes et a favorisé la montée en puissance du groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Ce sont surtout les actes répréhensibles de l’EI qui ont poussé les grandes puissances à agir malgré leurs divergences sur le sort à réserver à M. Assad -les Occidentaux exigeant son départ et la Russie et l’Iran l’appuyant politiquement et militairement.

« Les factions (armées) en particulier et les forces de l’opposition en général ont fait des concessions (…) L’intérêt général du pays a primé sur celui de telle faction ou telle opposition », déclare à l’AFP Mohammad Bayraqdar, membre du bureau politique du puissant groupe armé islamiste Jaich al-Islam.

Pour M. Bayraqdar, le forcing international pour une solution n’a pas laissé d’autre choix à l’opposition.

« Vous ne pouvez pas, en tant que faction, défier la volonté de la communauté internationale (…) Il est clair qu’il existe aujourd’hui une volonté d’une solution politique » et que le renversement militaire du régime « n’est pas sur la table », dit-il.

Un membre de la Coalition nationale syrienne, principale composante de l’opposition en exil, Mounzer Makhos, a lui aussi relevé une position assouplie des opposants à Ryad. « Ils ont accepté de négocier et d’adopter des positions politiques souples ».

L’accord de Ryad a été annoncé à la veille d’une réunion sur la Syrie entre représentants de la Russie, des Etats-Unis et de l’ONU vendredi à Genève et une semaine avant une nouvelle réunion internationale attendue à New York.

À Ryad, les opposants ont réclamé que « Bachar et sa clique se retirent du pouvoir avec le début de la période de transition » politique.

Mais, souligne M. Bayraqdar, « à Ryad, les opposants ont indiqué que si le régime ne répond pas positivement au principe de base des négociations (le départ d’Assad, ndlr), les nations (soutenant l’opposition) doivent alors leur envoyer des armes » pour le combattre.

Le régime n’a pas encore réagi à l’accord, alors que les acteurs internationaux ont fixé un calendrier ambitieux pour une solution en Syrie: une rencontre à compter du 1er janvier entre opposition et régime avant un cessez-le-feu, formation d’un gouvernement de transition dans les six mois et organisation d’élections d’ici 18 mois.

Quoiqu’il en soit, rien ne peut augurer d’une réussite ou même d’une tenue de ces pourparlers, après l’expérience des négociations de janvier-février 2014 en Suisse -les seules entre opposition et régime- qui s’étaient soldées par un échec.

Signe d’une fragilité de l’accord, l’un des principaux groupes armés, Ahrar al-Cham, a annoncé son retrait de la réunion de Ryad mais plusieurs sources ont ensuite affirmé qu’il avait finalement signé le communiqué final.

De plus, plusieurs groupes d’opposition n’ont pas été conviés à Ryad et ont tenu des négociations parallèles à Damas et dans le nord-est syrien.

« Le communiqué de Ryad veut toujours le départ d’Assad et cela est bien sûr inacceptable pour le régime », explique Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie à l’université d’Édimbourg.

Et pour Karim Bitar, directeur de recherches à l’Institut français de relations internationales, les changements de position d’Ahrar al-Cham sont « le premier signe que tout peut déraper ». C’est « la forte pression saoudienne qui a favorisé » la conclusion de l’accord.

Durant les négociations à Ryad, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir est allé voir lui-même les participants qui ont été également reçus par le roi Salmane. En outre, des diplomates de France, des Etats-Unis et de Grande-Bretagne ont été vus dans les couloirs de l’hôtel où se tenait la conférence, de même qu’un diplomate russe.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a lui admis que beaucoup restait à faire après l’accord de Ryad.

Déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations pacifiques, le conflit en Syrie s’est complexifié et s’est internationalisé avec une multiplication d’acteurs, dont des grandes puissances, sur un territoire de plus en plus morcelé.