Burundi: peu de progrès lors d’entretiens entre le Conseil de sécurité et le président Nkurunziza

Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s'est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l'issue d'une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)
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Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s'est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l'issue d'une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)
Le président burundais Pierre Nkurunziza, ex chef rebelle hutu, s’est fait réélire pour un troisième mandat le 21 juillet à l’issue d’une élection jugée non crédible par la communauté internationale et déclenchant une crise politique qui risque de déboucher sur un génocide visant les Tutsis, comme au Rwanda voisin en 1994. (Marco Longari/AFP)

Les ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU qui ont rencontré vendredi le président du Burundi Pierre Nkurunziza, ont reconnu qu’il y avait eu peu de progrès concernant le déploiement d’une force africaine et une reprise des discussions avec les opposants.

Les discussions « n’ont pas été aussi productives, franchement, que nous l’aurions souhaité », a convenu la représentante des États-Unis, Samantha Power.

Pourtant « il y a un véritable cri du cœur de beaucoup de gens au Burundi pour une aide extérieure et pour une médiation urgente en vue d’une solution » à la situation troublée du pays, a ajouté M. Power.

La rencontre avec les 15 diplomates a duré deux heures à la résidence présidentielle de Gitega, à une centaine de kilomètres à l’est de la capitale Bujumbura.

Le président burundais a campé sur une ligne intransigeante, rejetant les appels pour un dialogue inclusif, pour de nouveaux efforts de médiation et pour une force d’intervention internationale.

Il a de nouveau accusé le Rwanda voisin de soutenir des groupes d’opposition armés -ce que Kigali dément- et a réfuté que la violence puisse déboucher sur des massacres ethniques.

« Je vous garantis qu’il n’y aura plus de génocide au Burundi », a-t-il assuré, en promettant que « le pays est en sécurité à 99% ».

« Le dialogue pour reussir devra être accompagné par une médiation internationale », a fait valoir de son côté le représentant permanent adjoint français à l’ONU, Alexis Lamek.

L’ambassadeur angolais Ismail Gaspar Martins a toutefois estimé qu’il y avait un espoir pour déployer plus d’observateurs de l’Union africaine. « Nous allons continuer de discuter », a-t-il dit.

Les émissaires des Nations Unies doivent se rendre en Ethiopie pour des entretien avec les responsables de l’UA.

Les 15 diplomates avaient rencontré dans la matinée à Bujumbura le ministre des Affaires étrangères Alain Nyamitwe et le vice-président Gaston Sindimwo, puis des représentants de la société civile, dont les principaux acteurs sont en exil.

Alors que le pouvoir burundais persiste à affirmer que la « paix règne » au Burundi, les Forces républicaines du Burundi (Forebu) ont revendiqué une série d’attaques contre la police jeudi soir à travers Bujumbura.

Selon le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye, ces violences ont fait trois morts – « deux criminels et un civil » – et 13 blessés.

La visite de vendredi est la deuxième du Conseil de sécurité de l’ONU en moins d’un an au Burundi. Le pays est plongé dans une grave crise depuis l’annonce fin avril de la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat controversé.




Ce déplacement marque l’inquiétude internationale d’une nouvelle spirale incontrôlable dans ce petit pays d’Afrique des Grands Lacs, à l’histoire post-coloniale jalonnée de massacres entre majorité hutu et minorité tutsi.

Les violences actuelles ont déjà fait plus de 400 morts et contraint à l’exil plus de 200.000 personnes, selon l’ONU.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a décidé mi-décembre l’envoi d’une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), forte de 5.000 hommes, pour tenter d’enrayer la crise, mais M. Nkurunziza a prévenu qu’elle serait considérée comme une « force d’invasion et d’occupation » et combattue comme telle.

Vendredi matin, le chef de la diplomatie burundaise a fait savoir, après avoir sa rencontre avec les ambassadeurs, que Bujumbura n’avait « pas changé de position » concernant la Maprobu. M. Nyamitwe a assuré avoir « donné des gages de la volonté du gouvernement de faire progresser le dialogue » avec les adversaires du 3e mandat, large front rassemblant l’opposition, la société civile et une frange du propre parti de M. Nkurunziza, le CNDD-FDD.

Ceux-ci estiment que ce 3e mandat viole la Constitution et l’Accord d’Arusha ayant permis la fin de la guerre civile entre l’armée – alors dominée par la minorité tutsi – et des rébellions hutu, dont le CNDD-FDD, qui fit 300.000 morts entre 1993 et 2006.

Des pourparlers entamés mi-juillet 2015 à Bujumbura sous l’égide du président ougandais Yoweri Museveni avaient été brutalement interrompus à deux jours de la présidentielle controversée du 21 juillet, lors de laquelle M. Nkurunziza a été réélu. Les parties ont péniblement renoué le contact début janvier en Ouganda, mais les discussions n’ont pas repris, faute d’accord sur leurs modalités.

Selon M. Nyamitwe, il y aura « probablement » une nouvelle rencontre avec les anti-3e mandat, mais le gouvernement a demandé à discuter des participants avec la médiation ougandaise. Bujumbura refuse toujours de discuter avec la principale coalition d’opposition en exil, le Cnared, dont elle accuse des membres d’avoir pris part à la tentative de coup d’Etat militaire des 13 et 14 mai.