Turquie et Otan accusent d’une nouvelle violation de leur espace aérien la Russie qui dément aussitôt

Des bombardiers tactiques russes Soukhoï-34 (Code OTAN Fullback) ont frappé le 2 octobre 2015 Raqa, le fief du groupe armé État islamique en Syrie.(@SputnikInt)
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Des bombardiers tactiques russes Soukhoï-34 (Code OTAN Fullback) ont frappé le 2 octobre 2015 Raqa, le fief du groupe armé État islamique en Syrie.(@SputnikInt)
Un bombardier tactique russes Su-34 (Code OTAN Fullback) aurait selon Ankara violé l’espace aérien turc vendredi 29 janvier 2016. (Photo d’illustration/Archives/@SputnikInt)

L’Otan et la Turquie, membre de cette alliance, ont fermement condamné samedi une nouvelle violation la veille de l’espace aérien turc par l’aviation russe, le président Recep Tayyip Erdogan mettant en garde la Russie contre les « conséquences » de ces « actes irresponsables ».

Cette mise en garde intervient deux mois après qu’un bombardier russe a été abattu fin novembre par l’aviation turque au-dessus de la frontière syrienne, provoquant une grave crise diplomatique entre Moscou et Ankara.

« La Russie devra assumer les conséquences si elle continue de telles violations contre les droits souverains de la Turquie », a déclaré le président à la presse, à l’aéroport d’Istanbul.

« De tels actes irresponsables ne profitent ni à la Fédération de Russie, ni aux relations entre l’Otan et la Russie, ni à la paix régionale ou globale », a-t-il ajouté.

Ankara a convoqué vendredi l’ambassadeur russe Andreï Karlov pour lui faire part de sa « ferme condamnation » d’une nouvelle violation de son espace aérien par un avion russe, a annoncé samedi le ministère des Affaires étrangères, dénonçant une « attitude irresponsable ».

« Un Su-34 appartenant à l’aviation russe a violé l’espace aérien à 11H46 locale hier »(09H46 GMT vendredi), a affirmé le ministère dans un communiqué.

« Nous soulignons une fois de plus que la Russie porte l’entière responsabilité de toutes conséquences graves résultant d’une telle attitude irresponsable », ajouté le ministère, soulignant qu’Ankara avait pressé la Russie « d’agir avec responsabilité ».

Le ministère n’a pas précisé où cette nouvelle violation aurait eu lieu. Mais, selon lui, « cette violation est une nouvelle indication concrète que la Russie agit pour créer des problèmes en dépit des mises en gardes claire de notre pays et de l’Otan ».

L’Otan a immédiatement emboîté le pas à la Turquie, enjoignant samedi Moscou de « respecter pleinement » son espace aérien.

« J’appelle la Russie à agir de manière responsable et à respecter pleinement l’espace aérien de l’Otan », écrit dans un communiqué publié à Bruxelles le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, qui ajoute que « la Russie doit prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que de telles violations ne se répètent pas ».

Comme lors de la crise de novembre, M. Stoltenberg a appelé au « calme et à la désescalade », saluant les contacts entre Ankara et Moscou.

Un avion russe avait alors été abattu par la chasse turque, un incident qui avait durci les relations diplomatiques entre la Russie et la Turquie, pays opposés dans le conflit syrien.

La Russie soutient le régime de Bachar al-Assad tandis que la Turquie estime que son départ est nécessaire pour trouver une solution au conflit.

Les Russes démentent

Interrogée samedi, l’ambassade russe à Ankara s’est refusée à tout commentaire sur l’entretien entre son ambassadeur et les autorités turques, se contentant de confirmer qu’il y avait bien eut un entretien.

« Nous ne ferons aucun commentaire sur les discussions avec ses collègues du ministère des Affaires étrangères », a déclaré Igor Mityakov, porte-parole de l’ambassade russe à l’agence RIA Novosti.

Par contre, le ministère russe de la Défense s’est pour sa part empressé de démentir qu’un avion militaire ait violé l’espace aérien turc, l’agence de presse officielle russe Sputnik publiant immédiatement sur son compte Twitter une photographie aérienne qu’elle dit être celle du trajet du bombardier SU-34 et démontrant, si on prête foi à cette photo, que celui-ci est toujours resté en territoire syrien.

Le Ministère de la Défense russe, cité par Sputnik, a déclaré qu’aucun avion russe n’avait violé l’espace aérien turc, ajoutant que ni la défense aérienne russe en Syrie, ni les radars syriensn’ avaient détecté les violations des frontières turques par un avion de chasse Su-34 russe, contrairement ce qu’affirme Ankara.

« Les rapports de la Turquie d’une prétendue violation de l’espace aérien turc par un Russe Su-34 sont sans fondement et de la propagande », a ajouté le major Igor Konashenkov, porte-parole de la Défense.

Outre ce démenti, à la une du Sputnik, la nouvelle ne fait toutefois pas la manchette dans les médias russes, les grandes agences comme Tass ou Interfax n’y consacrant pour leur part que de courts articles qui se contentent de faire état brièvement et sobrement des accusations turques et même Sputnik n’y consacre finalement que quelques mots.

La Russie mène actuellement une intense campagne de bombardements en Syrie depuis le 30 septembre pour venir en aide au régime de son allié Bachar al-Assad, ce qui ne manque pas de créer des frictions avec la Turquie voisine. la Russie est également critiquée par les rebelles et l’Occident qui l’accusent de viser des groupes non djihadistes et de faire de trop nombreuses victimes civiles.

Et, pendant qu’Ankara profère une nouvelle fois des accusations contre Moscou, des représentants de l’opposition syrienne et du régime de Damas sont réunis aujourd’hui à Genève pour mener encore des discussions dans l’espoir de mettre un terme à 5 ans de guerre.

*Avec AFP