Syrie: de fragiles discussions s’amorcent à Genève

L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura. (Archives/ONU/Jean-Marc Ferré)
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L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura. (Archives/ONU/Jean-Marc Ferré)
L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura. (Archives/ONU/Jean-Marc Ferré)

Des représentants du régime de Damas sont arrivés vendredi à Genève pour des discussions visant à mettre un terme à la tragédie syrienne, mais le processus, parrainé par l’ONU, est fragilisé par l’absence des principaux groupes d’opposition, qui réclament des gestes humanitaires avant de rallier la Suisse.

La délégation de 16 membres, emmenée par l’ambassadeur syrien à l’ONU Bachar al-Jaafari est arrivée en début d’après-midi à Genève, a indiqué à l’AFP une source syrienne.

Les représentants du régime de Bachar el-Assad rencontreront dans la journée l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, donnant le coup d’envoi d’un processus qui apparaît déjà très précaire.

Arrachées aux forceps sous la pression internationale, les discussions, prévues pour durer six mois, sont censées enclencher un processus de transition et arrêter une guerre qui a fait plus de 260.000 morts et des millions de réfugiés depuis mars 2011.

Mais elles démarrent dans la confusion, et en l’absence du principal groupe d’opposition, qui débat depuis quatre jours en Arabie Saoudite de sa participation ou pas.

Ce groupe, le Haut Comité des négociations (HCN), formé à Ryad, réclame une amélioration de la situation humanitaire catastrophique sur le terrain avant de rallier Genève.

Selon Bettina Luescher, porte-parole du PAM (Programme alimentaire mondial), 18 zones sont assiégées en Syrie et plus de 4,6 millions de personnes ont peu ou pas accès à l’aide humanitaire.

« Le PAM demande que tous les acteurs et organisations humanitaires aient accès à ces zones pour délivrer de l’aide d’urgence, de la nourriture, de l’eau et des médicaments », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse à Genève.

Quels opposants pour discuter?

Le groupe d’opposition dit de Ryad a été formé mi-décembre dans la perspective de ces négociations et comprend les principaux représentants politiques et des groupes armés sur le terrain.

Soutenu par ses parrains saoudien, qatari et français notamment, il est cependant contesté par Moscou, l’allié du régime de Damas, qui dénonce la présence de « terroristes » en son sein, notamment le négociateur en chef Mohammed Allouche, représentant du groupe salafiste Jaish al-islam.

Pour ajouter à la confusion, d’autres opposants, contestés par le groupe de Ryad mais ayant été invités à titre individuel par l’ONU, se trouvent à Genève et se disent déterminés à participer aux discussions, au même titre que le groupe de Ryad.

Dans un communiqué vendredi matin, l’ONU a indiqué que M. de Mistura rencontrerait, après son entretien avec les représentants du régime, « d’autres participants et des représentants de la société civile », laissant la voie ouverte à des pourparlers intersyriens sans la présence du HCN.

L’ONU a prévu des discussions indirectes, les parties étant dans des salles séparées, des émissaires faisant la navette entre les deux.

Parmi toutes les inconnues pesant sur la nature et le format des négociations, demeure aussi la question de la représentation des Kurdes. Le PYD, principal parti kurde, n’a pas été invité aux pourparlers, au grand dam de Moscou.

Considéré par la Turquie comme une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), l’ennemi numéro 1 d’Ankara, le PYD syrien est en pointe sur le terrain contre les jihadistes du groupe Etat islamique, mais il est soupçonné par l’opposition syrienne de complaisance envers le régime de Damas.

« L’important, c’est que les discussions démarrent, avec ceux qui sont là », a déclaré à l’AFP Randa Kassis, une opposante laïque invitée à titre individuel.

La résolution 2254 votée en décembre à l’ONU, sur laquelle se baseront les pourparlers, prévoit un cessez-le-feu, un gouvernement de transition dans les six mois et des élections dans les 18 mois. L’opposition exige le départ de M. Assad au début de la période de transition.

L’Iran, acteur majeur du conflit syrien, engagé aux côtés du régime de Damas, a douté d’une issue politique rapide.

« Ca m’étonnerait que (les négociations) aboutissent très tôt, parce qu’en Syrie il y a des groupes qui font la guerre au gouvernement central mais aussi entre eux. Il y a des ingérences dans les affaires intérieures de la Syrie », a déclaré le président iranien Hassan Rohani aux médias France 24, Le Monde et France Culture.