Réunion de Paris sur la la lutte à l’EI: Raqa, Mossoul et la Libye dans le viseur

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Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian (d) accueille son homologue américain Ashton Carter, le 20 janvier 2016 à Paris. (AFP/ALAIN JOCARD)
Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian (d) accueille son homologue américain Ashton Carter, le 20 janvier 2016 à Paris. (AFP/ALAIN JOCARD)

La coalition militaire internationale luttant contre le groupe État islamique (EI) en Syrie et Irak a révisé mercredi à Paris sa stratégie avec l’objectif de mobiliser plus de moyens contre l’organisation djihadiste qui semble perdre du terrain au Levant, mais a métastasé ailleurs et progressé de façon inquiétante en Libye.

Les ministres de la Défense des sept pays les plus engagés dans la campagne aérienne de la coalition et dans la formation des forces irakiennes – États-Unis, France, Australie, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie et Pays-Bas – se sont retrouvés au ministère français de la Défense.

Très impliquée militairement en Syrie au côté du régime de Damas, la Russie n’est pas présente, mais a été au cœur des discussions, les Occidentaux estimant qu’elle frappe trop la rébellion susceptible de participer à un règlement politique de la crise et pas assez l’EI.

«Les bombardements russes nous dérangent de plus en plus (…) Plusieurs centaines de civils ont été tués lors de raids, avec des bombes non guidées, sur des groupes d’opposition qui combattent Assad», avait déploré le ministre britannique de la Défense Michael Fallon avant la rencontre.

Le texte de ce communiqué conjoint a été diffusé par les ministres de la Défense d’Allemagne, d’Australie, des Etats-Unis, de France, d’Italie, des Pays Bas et du Royaume Uni suite à la rencontre coprésidée par la France et les États-Unis, à Paris, sur la lutte contre Daech.

La ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen, la ministre australienne de la Défense Marise Payne, le Secrétaire américain à la Défense Ash Carter, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, la ministre italienne de la Défense Roberta Pinotti, la ministre néerlandaise de la Défense Jeanine Hennis-Plasschaert et le secrétaire d’État britannique à la Défense Michael Fallon conduisaient leurs délégations respectives.

Aujourd’hui, à Paris, à l’invitation du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian et du Secrétaire américain à la Défense Ash Carter, nous avons discuté des modalités pour intensifier et accélérer les opérations militaires contre Daech en Irak et en Syrie ainsi que de notre approche commune pour lutter contre ses ambitions mondiales et pour garantir la sécurité de nos propres ressortissants. Daech est mis en difficulté, mais nous devons faire plus.

Nous avons réaffirmé l’engagement substantiel de nos gouvernements à agir en commun, avec l’ensemblede la coalition anti-Daech, pour accélérer et intensifier les opérations militaires menées contre Daech, dans le but d’infliger une défaite durable à cette organisation barbare. Nous avons exprimé un large soutien aux objectifs du plan de campagne, et au besoin de continuer à renforcer la dynamique de la campagne, au moment où elle entre dans sa prochaine phase visant les vulnérabilités de Daech. Nous avons discuté les besoins de la campagne militaire pour accroître nos actions contre Daech et nous sous sommes engagés à travailler en coopération avec les autres contributeurs militaires et non-militaires pour pouvoir y répondre. Nous nous sommes accordés pour réévaluer régulièrement le plan de campagne de la coalition et mesurer les avancées accomplies dans sa mise en œuvre.

Les opérations militaires constituent une part essentielle de notre effort pour vaincre et détruire Daech, mais elles ne sont pas suffisantes. Nous nous sommes engagés à assurer la cohérence de notre action militaire avec les efforts plus larges pour créer les conditions nécessaires au retour d’une stabilité politique durable dans la région.

Nous remercions tous nos partenaires qui nous permettent de progresser dans le cadre de nos opérations militaires contre Daech et ses infrastructures. Nous soulignons, en particulier, le dévouement et la détermination des forces partenaires locales.

Nous avons endossé la proposition du Secrétaire américain à la Défense de réunir les ministres de ladéfense des nations contribuant à la coalition anti Daech, pour leur première réunion au mois de février.

Les Russes doivent cesser de frapper les groupes de l’opposition

Les Russes « doivent concentrer » leurs bombardements contre le groupe État islamique et « cesser de frapper les groupes de l’opposition » armée en Syrie, où Moscou « est sur la mauvaise voie stratégique », ont estimé aujourd’hui Paris et Washington.

« La Russie est un acteur important dans le dossier syrien. Nous considérons cette place en souhaitant que la Russie concentre ses efforts contre Daech (acronyme de l’EI en arabe) et cesse de frapper les groupes de l’insurrection qui eux-mêmes combattent Daech », a déclaré le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian, à l’issue de la rencontre. « Les Russes sont sur la mauvaise voie stratégique (…) » en Syrie, a renchéri son homologue américain Ashton Carter, ajoutant: « Jusqu’à ce que cela change, il n’y pas assez de base commune pour une coopération ».

Le souhait de la France d’une «grande et unique coalition» contre l’EI est donc jusqu’ici resté lettre morte, même si Paris et Moscou ont renoué les fils d’un dialogue militaire.

Prévus le 25 janvier à Genève, des pourparlers pour une solution politique s’annoncent ardus en raison de désaccords sur la composition de la délégation de l’opposition. Les chefs des diplomaties américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, doivent en discuter mercredi à Zurich, en Suisse.

Les négociations sur la paix en Syrie devraient commencer « dans les prochains jours », a de son côté déclaré à ce sujet mercredi lors d’une conférence de presse à Zurich le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov à l’issue d’une rencontre à Zurich avec son homologue américain.

L’EI a reculé en Irak et en Syrie

La réunion à sept devait permettre de faire «le bilan des actions de la coalition» et «d’étudier les pistes d’intensification de la campagne militaire», selon l’entourage du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.




Lancée à l’été 2014, cette campagne aérienne semble commencer à porter ses fruits, avec de premiers reculs de l’EI à Kobané (Syrie), Sinjar et dernièrement Ramadi (Irak).

Le groupe État islamique (EI) recule aujourd’hui en Irak et en Syrie, où la coalition menée par Washington « veut supprimer ses centres de pouvoir » dans les villes de Raqqa et Mossoul, ont affirmé mercredi Paris et Washington.

« Nos efforts conjoints portent leurs fruits (…). Sur le terrain Daech (acronyme arabe de l’Etat islamique) recule, nous sommes parvenus à affecter ses ressources. C’est le moment d’accroître nos efforts collectifs en mettant en oeuvre une stratégie collective cohérente », a plaidé le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, à l’issue d’une rencontre à Paris de sept pays de la coalition. Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a énuméré pour sa part « trois objectifs clés de la lutte contre l’EI: détruire le cancer de l’EI en supprimant ses centres de pouvoir à Raqqa et Mossoul, lutter contre les métastases de cette tumeur à travers le monde, protéger les populations chez nous ».

«Il faut tirer profit de ces reculs de DAECH (acronyme de l’EI en arabe) en Irak et resserrer la corde autour de la tête du serpent à Raqqa», capitale de facto de l’EI en Syrie, a estimé quant à lui le ministre britannique MichaelFallon.

L’organisation continue toutefois de recruter des combattants étrangers – à raison d’une centaine par semaine selon Paris – et a lancé samedi une offensive sur la ville de Deir Ezzor (est), encore tenue par Damas.

Les djihadistes ont libéré depuis 270 des 400 civils qu’ils avaient enlevés au début de l’assaut, après les avoir interrogés sur leurs éventuels liens avec le régime, selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Les frappes de la coalition se sont intensifiées depuis les attentats de Paris en novembre, notamment sur les sites de production de pétrole, dont le trafic était l’une des principales sources de revenus pour l’EI. «Il faut frapper plus fort» ces cibles, selon M. Fallon.

La Libye dans le viseur

Ashton Carter a souhaité pour sa part avant la réunion que «le nombre et la variété» des formateurs envoyés par les pays de la coalition «augmentent», afin de donner de vrais savoir-faire antiterroristes aux soldats, mais aussi aux policiers irakiens.

Ces formateurs, notamment américains, australiens et français, ont déjà entraîné 15 000 soldats irakiens, notamment à la lutte contre les engins explosifs improvisés (IED), et les véhicules kamikazes, armes privilégiées de l’EI.

La Turquie, longtemps jugée trop complaisante vis-à-vis de l’EI jusqu’à ce que l’organisation ne soit soupçonnée de plusieurs attentats sur son sol, propose aussi de former des combattants arabes syriens en Syrie même, a par ailleurs confirmé l’entourage de M. Carter.

Cette proposition n’est toutefois «pas encore complètement finalisée» et le chef du Pentagone n’en est pas encore au stade de la décision, a-t-on ajouté de même source.

Les États-Unis veulent aussi inciter les pays de la coalition, y compris ceux du Golfe, à faire plus au Levant. Selon M. Carter, la coalition a besoin de moyens de reconnaissance aérien (ISR, avions ou drones), de forces spéciales, de moyens de transport et de logistique.

Parmi les Européens, les Pays-Bas avaient promis une réponse sur un engagement aérien en Syrie d’ici fin janvier. L’Australie en revanche a rejeté jusqu’ici toute idée d’un accroissement de son aide militaire malgré de fortes pressions américaines.

La Libye, où l’EI profite depuis des mois du chaos politique pour monter en puissance, fera également partie des discussions, mais il n’y a pas à ce stade de propositions concrètes sur la table pour une intervention militaire, affirme-t-on de source militaire américaine.

Mardi, un gouvernement d’union nationale a été formé dans ce pays divisé où la menace djihadiste est grandissante. Les Occidentaux pourraient s’appuyer à terme sur la légitimité de cette nouvelle autorité pour étendre leurs opérations militaires contre l’EI en Libye.

Prochaine réunion élargie contre l’État islamique à Bruxelles en février

Les États-Unis ont maintenant invité à Bruxelles « dans trois semaines » les ministres de la Défense de 26 pays de la coalition luttant contre le groupe Etat islamique, pour renforcer leur action, a aussi annoncé mercredi le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter.

« Tous les pays doivent venir en étant prêts à discuter de nouvelles contributions », a déclaré M. Carter à Paris, à l’issue d’une session regroupant sept ministres de la coalition. Son homologue français, Jean-Yves Le Drian, a ajouté qu’une nouvelle réunion des sept ministres réunis à Paris pourrait suivre ensuite à Londres.
*Avec AFP



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