RSF demande des «sanctions» de l’UE contre des médias d’État chinois

Capture d'écran de la confession de Peter Dahlin sur la télévision chinoise CCTV, mardi soir 20 janvier 2016
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L’Union européenne devrait imposer des « sanctions » aux médias d’État chinois, a déclaré jeudi l’ONG Reporters sans frontières (RSF), qui dénonce leur implication dans les récentes « confessions forcées » de militants et journalistes détenus en Chine.

L’appel de l’organisation de défense de la liberté d’expression intervient suite à la diffusion mardi par la télévision publique chinoise CCTV d’un reportage présentant les « aveux » d’un militant suédois des droits de l’Homme accusé d’avoir « menacé la sécurité de l’Etat ».

Dans cette vidéo, Peter Dahlin déclare avoir « violé la loi chinoise par ses activités » dans le pays. L’agence de presse officielle Chine nouvelle a également publié des citations de M. Dahlin extraites de ses « confessions ».

« Nous sommes indignés par la diffusion de ces témoignages extorqués, qui n’ont aucune valeur informationnelle », a indiqué Benjamin Ismaïl, responsable Asie-Pacifique de RSF.

« En colportant sciemment des contre-vérités et des déclarations dont on ne peut que suspecter qu’elles aient été obtenues sous la contrainte, CCTV et Chine nouvelle deviennent des armes de propagande massive et cessent de facto d’être des médias. »

Peter Dahlin, employé de l’ONG « Chinese Urgent Action Working Group« , a été interpellé début janvier alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour la Thaïlande à l’aéroport de Pékin.

Les aveux de deux Chinois, présentés comme ses collègues, ont également été diffusés dans le même reportage.

Chine nouvelle a de son côté déclaré que l’ONG de M. Dahlin avait « encouragé les masses à s’opposer au gouvernement ».

Considérées par RSF comme « une menace alarmante pour l’information libre et indépendante », ces « confessions » télévisées faisaient suite à de nombreuses autres.

Lundi, la CCTV avait diffusé une vidéo de Gui Minhai — copropriétaire d’une maison d’édition hongkongaise critique de Pékin — affirmant être retourné de son plein gré en Chine pour assumer ses responsabilités après y avoir tué une étudiante dans un accident de voiture alors qu’il était ivre.

M. Gui, Chinois naturalisé suédois, aurait préparé un livre sur la vie amoureuse du président chinois Xi Jinping, et avait disparu en octobre en Thaïlande.

La « confession publique », procédé issu de l’époque maoïste, connaît un regain sous le régime du président Xi Jinping, au pouvoir depuis trois ans. Au moins trois journalistes chinois sont déjà apparus dans des reportages de la CCTV pour « avouer » des actions présentées comme néfastes à l’État chinois.