Séisme en Corée du nord: Pyonyang annonce avoir procédé à un essai de la bombe H

Le leader nord-coréen Kim Jong-Un (au centre) à une compétition de tir des unités d'artillerie de l'armée nord-coréenne, le 5 janvier 2016 dans un lieu tenu secret (KCNA)
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Le leader nord-coréen Kim Jong-Un (au centre) à une compétition de tir des unités d'artillerie de l'armée nord-coréenne, le 5 janvier 2016 dans un lieu tenu secret (KCNA)
Le leader nord-coréen Kim Jong-Un (au centre) à une compétition de tir des unités d’artillerie de l’armée nord-coréenne, le 5 janvier 2016 dans un lieu tenu secret (KCNA)

Après le séisme de magnitude 5,1 enregistré mercredi près d’un site d’essais nucléaires nord-coréen, Pyonyang a annoncé cette nuit avoir procédé à un essai bombe H.

L’Institut américain de géologie (USGS) avait déjà rapporté que l’épicentre du séisme qui a révélé l’explosion, survenue à 10H00 locale (01H30 GMT), se situait dans le nord-est de la Corée du Nord, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Kilju, soit tout près du site d’essais nucléaires de Punggye-ri.

Le Japon et la Chine avaient estimé eux-aussi qu’il s’agissait fort probablement d’une explosion atomique, comme en 2013 quand un tremblement de terre artificiel d’une magnitude de’environ 5 avait révélé le dernier essai nucléaire nord-coréen avant aujourd’hui.

Mais, cette fois, il s’agit d’une bombe bien plus terrible. La bombe atomique A utilise la fission nucléaire, alors que la bombe à hydrogène utilise, elle, la fusion et produit une explosion beaucoup plus puissante.

« Le premier essai de bombe à hydrogène de la République a été mené avec succès à 10H00 (01H30 GMT) le 6 janvier 2016, sur le fondement de la détermination stratégique du Parti des travailleurs » au pouvoir, a annoncé un présentateur de la télévision officielle nord-coréenne. »Avec le succès parfait de notre bombe H historique, nous rejoignons les rangs des États nucléaires avancés », a annoncé un présentateur à la télévision nord-coréenne, en précisant que l’engin testé était « miniaturisé ».

Cet essai a été ordonné personnellement par le leader nord-coréen Kim Jong-Un et est intervenu deux jours avant son anniversaire. Le mois dernier, le dirigeant nord-coréen avait laissé entendre lors d’une tournée d’inspection sur un site militaire que son pays avait mis au point une bombe à hydrogène, mais Washington avait mis en doute la véracité de ses propos.

« Ce dernier test, qui est le produit de notre technologie et de notre main-d’oeuvre, confirme que les ressources technologiques que nous avons récemment développées sont bonnes et démontre scientifiquement l’impact de notre bombe H miniaturisée », a poursuivi mercredi le présentateur.

La bombe H entre les mains d’un régime « fantasque »

La Corée du Nord a effectué son premier essai nucléaire le 9 octobre 2006 (magnitude de 3,7), le deuxième le 25 mai 2009 (4,5) puis le troisième le 12 février 2013 (5,1). S’il s’agit bien d’un essai nucléaire, comme le prétend le régime nord-coréen,ce qui est fort probable, il s’agira du quatrième en l’espace de 10 ans.

La bombe H testée mercredi était un engin « miniaturisé », si on en croit Pyongyang.

Les essais nucléaires nord-coréens passés était aussi destinés à réduire la taille des charges atomiques et, si le fantasque régime de Kim Jong-un parvenait un jour à vraiment mettre des ogives nucléaires sur des missiles et à embarquer ceux-ci sur des sous-marins, il représenterait alors une menace grave et difficilement prévisible.

La Corée du Sud a « fortement » condamné mercredi l’essai annoncé par la Corée du Nord d’une bombe à hydrogène et promis de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour que Pyongyang en « paie le prix ».

« Nous condamnons fortement le quatrième essai nucléaire nord-coréen qui est une violation claire des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, en dépit d’avertissements répétés de notre part et de la communauté internationale », indique le gouvernement sud-coréen dans un communiqué lu à la télévision par un haut responsable du Conseil de sécurité nationale.

« Nous prendrons toutes les mesures nécessaires, y compris des sanctions additionnelles du Conseil de sécurité de l’ONU (…) pour que le Nord paie le prix de cet essai nucléaire. »



Étonnement et condamnations de la communauté internationale

La communauté internationale semble jusqu’ici unanime dans sa condamnation de l’essai nord-coréen.

Le chef de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires des Nations unies, Lassina Zerbo, a déclaré que l’essai nucléaire par la Corée du Nord, s’il était bien confirmé, est une violation du traité et une menace grave pour la paix et la sécurité internationales.

Le chef de l’agence onusienne a rappelé dans un communiqué que la norme universellement acceptée contre les essais nucléaires a été respectée par 183 pays depuis 1996 et a exhorté la Corée du Nord à mettre fin à ses essais et à rejoindre les 183 États qui ont signé le traité.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré pour sa part que l’annonce nord-coréenne d’un test de bombe à hydrogène est une menace pour la sécurité de sa nation. « Nous ne pouvons absolument pas permettre cela, et le condamnons fermement. »

Il a qualifié le geste de Pyongyang de violation des accords du Conseil de sécurité des Nations Unies qui est contre les efforts mondiaux en faveur du désarmement nucléaire.

Le chef du gouvernement japonais a annoncé quant à lui qu’il va prendre des « mesures fortes », de concert avec d’autres nations, les États-Unis, la Corée du Sud, la Chine et la Russie, ainsi que l’ONU.

Les États-Unis ont pour leur part fustigé les « provocations » de la Corée du Nord, tout en se disant toutefois incapables de confirmer si ce pays avait bien effectué un essai de bombe à hydrogène, comme il le prétend.

« Nous ne pouvons pas confirmer ces affirmations pour le moment », mais « nous condamnons toute violation des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et appelons à nouveau la Corée du Nord à respecter ses obligations et ses engagements internationaux », a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche, Ned Price, dans un communiqué diffusé dans la nuit de mardi à mercredi.

Le Canada, bien sûr, condamne également l’essai nucléaire mené par la Corée du Nord, le ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, a affirmant lui aussi que la décision du régime de Pyongyang de mener un tel exercice représente une violation des normes internationales contre les essais nucléaires et va à l’encontre des nombreuses résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité des Nations unies.

Au moment d’écrire ces lignes, la Chine, protectrice du régime nord-coréen, n’avait toutefois pas encore réagi, mais Pékin devrait vraisemblablement condamner à son tour l’initiative de son protégé, si on se fie à la couverture de l’événement par la très officielle agence Chine nouvelle, qui a souligné, bien que prudemment, que l’essai nucléaire allait « apparemment à l’encontre des résolutions » de l’ONU », ajoutant que Pékin a toujours soutenu la dénucléarisation de la péninsule coréenne et s’opposait à toute « initiative unilatérale nuisible à la paix et à la stabilité régionales ».

Réunion du Conseil de sécurité ce matin

Quant au Conseil de sécurité de l’ONU, il tiendra une réunion d’urgence ce matin à New York, ont par ailleurs annoncé des diplomates. La réunion a été demandée par les Etats-Unis et le Japon et prendra la forme de consultations à huis clos entre les 15 pays membres.

Mais, de violations en violations des résolutions de l’ONU, menaces, sanctions, rien n’y fait et le régime nord-coréen poursuit obstinément et « obsessivement » ses rêves de puissance militaire, tout en s’amusant à faire peur au monde.

*Avec AFP et Yonhap