Un Canadien accusé d’espionnage en Chine risque la peine de mort

Kevin et Julia Dawn Garratt en des jours plus heureux avec leur fils Peter et leur fille Hannah. (Photo/Courtoisie de la famille)
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Kevin et Julia Dawn Garratt en des jours plus heureux avec leur fils Peter et leur fille Hannah. (Photo/Courtoisie de la famille)
Kevin et Julia Dawn Garratt en des jours plus heureux avec leur fils Peter et leur fille Hannah. (Photo/Courtoisie de la famille)

Moins d’un mois après un citoyen suédois à qui les autorités chinoises avaient arraché une « fausse confession », un Canadien a été accusé à son tour d’espionnage et de vol de secrets d’État, a rapporté aujourd’hui l’agence Chine Nouvelle.

L’agence de presse officielle chinoise a précisé dans un court texte d’à peine 70 mots, que le Canadien, Kevin Garratt, avait été accusé par les procureurs de la ville de Dandong, dans le nord-est de la province de Liaoning.

Selon l’agence officielle chinoise, les autorités chinoises ont découvert des preuves indiquant que Kevin Garratt avait accepté d’effectuer des tâches pour «des agences d’espionnage canadiennes afin d’amasser des renseignements en Chine».

Ce genre de crime est très sévèrement puni en Chine et peut mériter à ses auteurs une sentence allant de 10 ans d’emprisonnement à la peine de mort.

Kevin Garatt est détenu par les autorités chinoises depuis août 2014, quand il a été a été arrêté en compagnie de sa femme, Julia Dawn Garratt, qui a été depuis libérée sous caution en février 2015 après avoir été détenu pendant six mois.

Les autorités ont interdit à Mme Garatt de quitter la Chine continentale pendant un an, selon un communiqué par l’avocat du couple. Quant Kevin Garratt, il a été transféré à « un centre de détention plus formelle dans un lieu inconnu », selon la même source.

Le couple tenait un café à Dandong, localité de la province du Liaoning (nord-est) à la frontière avec la Corée du nord.

L’établissement, baptisé «Peter’s Coffee House», domine le fleuve Yalou séparant les deux pays, ainsi que le Pont de l’Amitié établi sur le cours d’eau. Le «T» de son enseigne représente un crucifix sur un fond coloré évoquant des vitraux d’église.

Le site internet du café estime que celui-ci, «à quelques mètres de la Corée du nord», constitue «une étape parfaite sur la route du Royaume ermite».

Peu après l’arrestation du couple, l’un de leurs fils, Simeon Garratt, avait déclaré qu’il ne pouvait penser à «aucun scénario qui rendrait plausible» la possibilité que ses parents puissent voler des secrets d’État liés à la recherche sur l’armée et la défense militaire, a rapporté de son côté la Presse Canadienne.

Mais Kevin Garratt est aussi, pour son plus grand malheur, semble-t-il, un humanitaire chrétien qui fournissait de l’aide aux Nord-Coréens.

La définition des «secrets d’État» est extrêmement large en Chine et la région de Dandong est considérée comme une zone militairement sensible; le pont qui s’y trouve est une voie de communication cruciale pour le régime de Pyongyang, dont Pékin reste le principal allié et soutien économique

C’est également une ville suscitant un vif intérêt auprès de diverses organisations chrétiennes – notamment sud-coréennes -, dont certains secourent des réfugiés nord-coréens ayant illégalement passé la frontière.

Simeon Garratt, qui décrit ses parents comme «ouvertement chrétiens», assure que ces derniers ne faisaient qu’envoyer des provisions, tels que de l’huile et des produits de cuisine, à des populations «paupérisées» et «négligées» en Corée du nord.

Coïncidence pour le moins étrange, l’arrestation du couple Garatt était intervenu moins d’une semaine après qu’Ottawa a accusé Pékin d’avoir orchestré le piratage informatique d’un organisme public canadien spécialisé dans la recherche et les technologies.

Garratt est le dernier ressortissant étranger travaillant dans une ONG internationale ainsi ciblé par Pékin, après le Suédois Peter Dahlin qui a été détenu et expulsé pour atteinte à la sécurité nationale de la Chine après ce que toute la communauté internationale considère comme une fausse confession qui avait été diffusée en janvier par la télévision publique chinoise CCTV.

*Avec AFP