Une étude expose le lien entre abus dans l’enfance, déploiement et suicide chez les militaires

Les soldats canadiens sont plus susceptibles que leurs concitoyens civils d'avoir été exposés à de mauvais traitements ou à de la violence familiale pendant leur enfance, selon une nouvelle recherche menée par l'Université du Manitoba et la Direction de la santé mentale des Forces armées canadiennes (photo tirée du site de la Clinique de Bien-être de Montréal)
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Les soldats canadiens sont plus susceptibles que leurs concitoyens civils d'avoir été exposés à de mauvais traitements ou à de la violence familiale pendant leur enfance, selon une nouvelle recherche menée par l'Université du Manitoba et la Direction de la santé mentale des Forces armées canadiennes (photo tirée du site de la Clinique de Bien-être de Montréal)
Maltraitance dans l’enfance et horreurs de la guerre composent un cocktail qui peut être fatal selon une nouvelle recherche menée par l’Université du Manitoba et la Direction de la santé mentale des Forces armées canadiennes. (photo tirée du site de la Clinique de Bien-être de Montréal)

Une nouvelle étude ayant pour but de comprendre les facteurs qui ont généré la vague de suicides qui a récemment secoué les Forces armées canadiennes indique qu’environ la moitié des membres du personnel militaire au Canada ont été maltraités dans leur enfance – notamment par des punitions corporelles – ou en étant témoins de violence familiale.

La recherche, menée par le ministère de la Défense nationale et l’Université du Manitoba a analysé les données de 24 142 répondants âgés de 18 à 60 ans dans une proportion de 86,1% hommes, 13,9% femmes, pour la Force régulière et de 90.6% hommes et 8.9% femmes pour la Réserve et de 49,9 & hommes et 50,1 % femmes dans la population canadienne générale (Notez que dans les Forces armées, les hommes sont plus nombreux en proportion que dans la population générale).

L’étude a été menée par Tracie O. Afifi, Tamara Taillieu, Sarah Turner, Jitender Sareen et Kristene Cheung de l’Université du Manitoba et le Docteur Mark A. Zamorski, de la Direction de la santé mentale des Forces armées canadiennes, auteur ou co-auteur de plusieurs études sur la santé des militaires.

L’étude a déterminé déterminé que les militaires ont été proportionnellement plus exposés aux traumatismes et aux agressions sur les enfants que leurs concitoyens civils.Les militaires des forces régulières ont été plus exposés à des agressions sur les enfants – 47,7 % d’entre eux – un pourcentage encore plus élevé dans la Réserve, à 49,4 %, le tout comparé à 33,1 % de la population générale canadienne.

45eNord.ca avait rapporté les conclusions initiales de cette étude en février 2015 après qu’elle eut été présentée à une conférence médicale militaire.

Aujourd’hui, la recherche a été finalisée et publiée mercredi dans le Journal of the American Medical Association – Psychiatry.

L’agression est définie dans le rapport comme le fait d’avoir reçu des coups de pieds, été mordu, frappé, étranglé, brûlé, étranglé ou attaqué dans l’enfance, et inclut la violence sexuelle, de même que le traumatisme pour les jeunes d’avoir été témoins de violence conjugale en grandissant.

Le personnel des forces régulières est plus susceptible que la population générale d’avoir expérimenté tous les types d’agressions physiques à l’exception d’agressions sexuelles entre mâles, confirme l’étude qui va plus loin et expose le lien entre maltraitance dans l,enfance, traumatisme lors d’un déploiement et idées suicidaires.

Quant aux membres de la réserve, ils sont aussi plus susceptibles que la population générale d’avoir été victimes d’agressions physiques et d’avoir été exposés à la violence conjugale.

L’étude explique cette différence par le fait que les personnes ayant des antécédents de maltraitance des enfants peuvent être plus susceptibles d’entrer dans l’armée.

L’exposition à la maltraitance dans l’enfance peut alors d’autant augmenter la probabilité de résultats liés au suicide qu’un traumatisme vécu dans la petite enfance combiné avec le fait d’avoir été témoin d’horreurs outre-mer a un effet sur les idées suicidaires et les plans de suicide expliquent aussi les chercheurs qui soulignent que les efforts de prévention ciblant la maltraitance des enfants peuvent réduire les effets liés au suicide, recommandant que les efforts de prévention du suicide soient prioritairement dirigés vers ceux qui ont subi des traumatismes dans l’enfance.

En juin 2014, le Docteur Zamosrski avait déjà publié une étude dans La Revue canadienne de psychiatrie qui indiquait qu’une «minorité importante» du personnel déployé en Afghanistan présentera des symptômes de problèmes de santé mentale et prêchait en conséquence la prévention et le contrôle. Nombreuses sont les études maintenant qui peuvent donc aider à comprendre ce phénomène dont on avait jusqu’à tout récemment trop souvent refusé de parler.