Yémen: l’usage de bombes à sous-munitions est un possible crime de guerre

Les sous-munitions qui explosent après coup sont interdites par un traité adopté en 2008 par 116 pays, mais pas par l'Arabie saoudite, les États-Unis et le Yémen (Archives/AFP)
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Les sous-munitions qui explosent après coup sont interdites par un traité adopté en 2008 par 116 pays, mais pas par l'Arabie saoudite, les États-Unis et le Yémen (Archives/AFP)
Les sous-munitions qui explosent après coup sont interdites par un traité adopté en 2008 par 116 pays, mais pas par l’Arabie saoudite, les États-Unis et le Yémen (Archives/AFP)

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a averti vendredi que l’usage d’armes à sous-munitions pour bombarder des zones peuplées au Yémen « pourrait constituer un crime de guerre ».
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Mise à jour au 08/01/2016

Le Yémen est revenu sur sa décision d’expulser le représentant de l’ONU pour les droits de l’homme, ont indiqué vendredi des diplomates.

Le gouvernement yéménite, en proie à un grave conflit, avait informé jeudi l’ONU de sa décision de déclarer persona non grata George Abou al-Zulof, l’accusant de ne pas être « impartial ».

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L’ONU a indiqué avoir reçu des « informations inquiétantes » sur l’usage de telles armes dans des attaques le 6 janvier de la coalition arabe pro-gouvernementale sur Sanaa, la capitale tenue par les rebelles chiites houthis soutenus par l’Iran.

M. Ban, cité par son porte-parole, s’est déclaré « très inquiet de l’intensification des raids aériens de la coalition » militaire arabe menée par l’Arabie saoudite, et particulièrement « des informations sur des raids intenses sur des zones résidentielles et des bâtiments civils à Sanaa », dont la Chambre de commerce et un institut pour aveugles.

« L’utilisation de sous-munitions dans des zones peuplées pourrait constituer un crime de guerre », estime M. Ban.

Il appelle « toutes les parties » au conflit à respecter le droit international et la population civile et à assurer le succès du prochain round de pourparlers de paix « dès que possible ».

Ces pourparlers sont prévus en principe à la mi-janvier sous l’égide de l’ONU mais la crise dans les relations entre Ryad et Téhéran et la fin du cessez-le-feu au Yémen font craindre des retards.


Le médiateur de l’ONU au Yémen Ismail Ould Cheikh Ahmed était vendredi à Ryad pour rencontrer des responsables yéménites et saoudiens et tenter de ranimer le cessez-le-feu.

La sévère mise en garde de M. Ban intervient au lendemain de la décision du gouvernement yéménite, soutenu par la coalition arabe dans sa guerre contre les houthis, d’expulser le représentant des Nations unies pour les droits de l’homme au Yémen, George Abou al-Zulof.

M. Ban a vivement critiqué cette expulsion et a demandé au gouvernement de revenir sur sa décision, pour l’instant en vain.

Le gouvernement yéménite a accusé le représentant de n’avoir pas été « impartial ».

Dans un récent rapport, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme faisait état de forts soupçons d’utilisation de bombes à sous-munitions par la coalition dans la province de Hajjah, frontalière de l’Arabie saoudite.

Une équipe du Haut-Commissariat avait trouvé dans le village de Al-Odair les restes de 29 bombes de ce type.

Une bombe à sous-munitions consiste en un conteneur dispersant à l’impact de nombreux petits projectiles explosifs. Cette arme efficace sur une large surface est considérée comme particulièrement meurtrière et elle est interdite par une convention internationale datant de 2008.

Ni l’Arabie saoudite ni le Yémen n’ont souscrit à ce traité.

Le Yémen est plongé dans une guerre civile qui a fait près de 6.000 morts, dont 2.800 parmi les civils, et a déclenché une grave crise humanitaire.

Une coalition sous commandement saoudien intervient en soutien du gouvernement yéménite depuis mars 2015 pour repousser des rebelles chiites houthis, accusés de liens avec l’Iran, qui se sont emparés de vastes pans du pays.