Attentat d’Ankara: Washington appelle la Turquie et les Kurdes à la retenue

Le porte-parole du département d'État américain, John Kirby, le 6 janvier 2015 à Washington. (AFP/Archives/MANDEL NGAN)
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Le porte-parole du département d'État américain, John Kirby, le 6 janvier 2015 à Washington. (AFP/Archives/MANDEL NGAN)
Le porte-parole du département d’État américain, John Kirby, le 6 janvier 2015 à Washington. (AFP/Archives/MANDEL NGAN)

Washington s’est refusé jeudi à désigner un responsable de l’attaque qui a fait au moins 28 morts mercredi dans le centre d’Ankara, appelant aussi bien la Turquie que les combattants kurdes en Syrie à la retenue.

La Turquie a accusé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les milices kurdes de Syrie d’avoir perpétré cette attaque, assurant qu’elle avait « un lien direct » avec les combattants des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes.

« Nous ne sommes pas en mesure de confirmer ou de démentir les affirmations du gouvernement turc au sujet de la responsabilité » de l’attaque, a toutefois déclaré jeudi le porte-parole du département d’Etat américain, John Kirby. « Pour nous, la question reste ouverte et nous comprenons qu’une enquête est en cours ».

La Turquie « a le droit de se protéger des attaques terroristes sur son sol », a-t-il souligné lors d’un point presse à Washington, avant de rappeler toutefois que les États-Unis ont « déjà demandé à la Turquie d’arrêter de bombarder de l’autre côté de la frontière », en Syrie, tout comme ils ont « demandé aux YPG de faire preuve de retenue ».

« Nous avons exhorté et continuerons à exhorter la Turquie à ne pas bombarder de l’autre côté de la frontière et nous continuons à exhorter les combattants Kurdes qui se trouvent de l’autre côté de cette frontière à ne pas faire non plus des choses qui seraient contreproductives face à l’objectif plus large qu’est la lutte contre Daech », acronyme arabe de l’État islamique (EI), a dit John Kirby.

« Nous aimerions voir une réduction des tensions », a-t-il martelé.

Le porte-parole a également souligné que « certains des meilleurs combattants contre Daech en Syrie ont jusqu’ici été des combattants Kurdes ».

La coalition internationale contre l’EI menée par les États-Unis a donc « offert un soutien aérien à ces combattants par le passé (…) et ce type de soutien de la coalition se poursuivra tant que la lutte contre Daech continuera en Syrie », a-t-il ajouté.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a présenté par téléphone « ses profondes condoléances » à son homologue truc Mevlüt Cavusoglu et l’a assuré du « ferme engagement des États-Unis en faveur de leur partenariat avec la Turquie, une alliée de l’Otan, dans la lutte commune contre le terrorisme », selon un communiqué.

Intenses bombardements turcs sur des positions kurdes au nord d’Alep

Syrie: Washington exhorte Ankara et Moscou à éviter toute «escalade» alors que la Turquie continue à pilonner des positions kurdes et syriennes. (Ilyas Akengin/AFP)

Pendant ce temps, la Turquie bombardait toujours intensément jeudi soir des zones contrôlées par les Kurdes dans le nord de la province d’Alep, en Syrie, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« La Turquie bombarde des zones kurdes au nord d’Alep, dans sa plus forte attaque contre ces zones depuis qu’elle a commencé à bombarder leurs positions il y a quelques jours », a indiqué l’ONG.

Les bombardements duraient depuis plus de cinq heures et se poursuivaient, selon l’ONG.

Le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, a précisé à l’AFP que les bombardements visaient le bastion kurde d’Afrin, et non plus seulement les zones contrôlées depuis peu par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde largement dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Appuyées par les raids aériens russes, les FDS se sont emparées de plusieurs localités qui étaient contrôlées par les rebelles dans le nord de la province d’Alep, non loin de la frontière turque.

L’avancée des FDS alarme la Turquie qui les bombarde depuis samedi.

Ankara a frappé pour la première fois jeudi la ville d’Afrin, où deux civils ont été tués et 28 autres blessés, selon M. Abdel Rahmane.

La province d’Alep est désormais partagée en plusieurs bandes depuis la frontière turque: les rebelles sont au nord, talonnés par les kurdes plus au sud, puis ensuite se trouvent les forces prorégime qui contrôlent la majorité sud de la province, alors que le groupe jihadiste Etat islamique (EI) contrôle des secteurs à l’est.