Les comportements sexuels inappropriés dans les FAC: un pas de plus vers un avenir meilleur…

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Le général Vance lance l'opération HONNEUR et crée un Centre d'Intervention sur l'inconduite sexuelle. (MDN)
Le général Vance lancant l’opération HONNEUR et créant ainsi un Centre d’Intervention sur l’inconduite sexuelle. (MDN)

Ce matin, j’ai participé à la Séance d’information – Rapport d’étape des Forces armées canadiennes sur la lutte pour éliminer les comportements sexuels inappropriés menée par le lieutenant-général Christine Whitecross.

Tout d’abord, je crois qu’il est nécessaire de saluer et de reconnaître le travail réalisé par le lieutenant-général Whitecross et son équipe sur ce problème lourd de conséquences et persistant au sein des Forces armées canadiennes.

En moins de quelques mois, le lieutenant-général Whitecross a été en mesure de faire cheminer concrètement ce dossier qui lui fut remis entre les mains comme une « patate chaude » à la suite de l’article écrit par Noémie Mercier et Alec Castonguay et publié dans l’Actualité.

D’ailleurs, lors de la période de questions et de commentaires à la fin de la Séance d’information, je me suis permis de faire remarquer au lieutenant-général Whitecross que le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, devrait considérer de lui remettre un autre dossier chaud afin de le faire cheminer adéquatement. Je faisais référence aux comportements suicidaires* des militaires des FAC. Mon commentaire a provoqué un certain silence, pour ne pas dire un malaise, mais au moins le message était passé.

Sur le plan des réalisations, le lancement du Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle le 1er septembre 2015 se veut sans aucun doute l’initiative la plus directe et dont la portée est la plus observable.

En quelques mois seulement, le Centre d’intervention a reçu plusieurs centaines d’appel et a aidé plusieurs victimes. Le fait de mettre la priorité sur le soutien aux victimes est à mon avis, une nécessité et s’inscrit dans le courant qui a mené à la Charte canadiennes des droits des victimes en 2015. Soutenir les victimes se veut une excellente façon de considérer, de reconnaître et éventuellement de traiter le problème. Qui plus est, punir, dissuader et réadapter ceux et celles qui commettent des inconduites sexuelles se veulent aussi nécessaires pour aider les victimes et pour faire cheminer le problème de fond.

Actuellement, il y a lieu de se questionner si les peines rendues par la Cour martiale dans le cas d’inconduites sexuelles atteignent ces objectifs de punition, de dissuasion et de réadaptation. L’exemple du lieutenant-colonel Martin Bernier qui a obtenu un blâme et la somme de 2000$ en amende pour des inconduites sexuelles est pertinent.

Entre vous et moi, pensez-vous que la somme de 2000$ pour un officier qui gagne au minimum 117 000$ par année représente une punition dissuasive et que le blâme se veut une mesure de réadaptation ? Il faut donc que la Cour martiale adapte le niveau de ses peines à celui de la Cour criminelle du Canada pour contribuer aux changements de mentalité et ultimement au traitement des inconduites sexuelles dans les FAC.




Pour revenir aux travaux sur les comportements sexuels inappropriés, je désire terminer mon commentaire sur le programme de formation et d’éducation qui sera édifié par l’Académie canadienne de la Défense.

Les Forces armées canadiennes excellent dans l’élaboration de programmes avec des buts à atteindre, des activités à compléter, des résultats à court et moyen termes et ceux-ci sont appuyés par des articles promotionnels comme des cartes de poche, des modèles avec de la couleur, des affiches et des aide-mémoires qui se rangent dans les poches supérieures de l’uniforme de combat.

En revanche, elles omettent souvent de mettre en place un processus complet d’évaluation de programme qui permettra de valider si les processus sont fonctionnels et si les résultats escomptés sont atteints. Sans un tel processus d’évaluation et de validation, le programme d’éducation et de formation sur les inconduites sexuelles ne pourra jamais, au grand jamais, prétendre qu’il atteint ses visées. Ainsi, il sera correct de dire que des initiatives ont été prises pour aborder les inconduites sexuelles, mais nous ne saurons jamais si ces initiatives ont de véritables effets, impacts sur la problématique.

En somme et en date d’aujourd’hui, je suis d’avis qu’à ce stade des travaux, les Forces armées canadiennes ont fait «le gros» de leurs devoirs pour faire avancer les mesures de traitement des inconduites sexuelles. Il ne faut pas oublier qu’elles partaient de trop loin en la matière.

Je demeure encore sceptique sur l’approche utilisée qui veut que les inconduites sexuelles soient considérées individuellement plutôt que dans une perspective globale avec d’autres types d’inconduites (physiques et psychologiques entre autre) qui sont toutes aussi dommageables et qui souvent sont au cœur d’un cycle de comportements inappropriés. Certes, il s’agit d’un pas vers la bonne direction. Comme il ne s’agit pas d’un sprint, mais bien d’un marathon, les changements et les véritables résultats du travail accompli par le lieutenant-général Whitecross et son équipe seront observables et mesurables dans quelques années seulement. Entretemps, ils restent encore beaucoup de travail à accomplir et comme l’a si bien fait remarquer un participant au lieutenant-général Whitecross: «Nous vous aurons à l’œil !»

*Si vous avez un intérêt à en connaître davantage sur mes explications qui font en sorte que les comportements suicidaires ne sont pas pleinement adressés par les FAC, je vous invite à lire mon article publié dans la Revue militaire canadienne (section: Réflexion sur une pratique à renouveler) à l’hiver 2016.

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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