Hôpitaux bombardés: les patients meurent pendant que les belligérants s’accusent mutuellement

MSF annonce le 15 février 2016 que sept personnes au moins ont été tuées et huit autres sont portées disparues à la suite du tir contre l'hôpital syrien qu'il soutient dans la région de Maaret al-Noomane. (MSF)
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MSF annonce le 15 février 2016 que sept personnes au moins ont été tuées et huit autres sont portées disparues à la suite du tir contre l'hôpital syrien qu'il soutient dans la région de Maaret al-Noomane. (MSF)
MSF annonce le 15 février 2016 que sept personnes au moins ont été tuées et huit autres sont portées disparues à la suite du tir contre l’hôpital syrien qu’il soutient dans la région de Maaret al-Noomane. (MSF)

Pendant que les patient meurent dans des hôpitaux bombardés en dépit de la décence la plus élémentaire, du bon sens et du droit international, les belligérants rejettent tous les accusations d’avoir commis des actes aussi atroces.
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Mise à jour au 17/02/2016 à 9h52

Le bombardement qui a visé lundi un hôpital soutenu par Médecins sans frontières dans le nord-ouest de la Syrie a fait 25 morts, selon un nouveau bilan de MSF fourni mercredi à l’AFP.

L’ONG avait annoncé mardi que le bombardement ayant frappé cet hôpital dans la province rebelle d’Idleb avait fait 11 morts, précisant que d’autres personnes se trouvaient encore sous les décombres.

« Le bilan s’est élevé à 25 morts. Il s’agit de neuf employés et de 16 civils, dont des patients et un enfant », a indiqué une porte-parole de MSF à Beyrouth. Au moins 11 personnes ont été blessées, dont dix employés de l’hôpital.

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Mise à jour au 16/02/2016

L’ambassadeur syrien à l’ONU Bachar Jaafari a accusé mardi l’ONG de travailler pour les services de renseignement français. « Ce prétendu hôpital a été installé sans la permission du gouvernement syrien par le soi-disant réseau français appelé Médecins sans frontières qui est une branche des services de renseignement français opérant en Syrie », a déclaré M. Jaafari.

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L’ambassadeur de Syrie à Moscou, Riad Haddad diffusée lundi soir a accusé dans une interview accordée à la chaîne de télévision publique russe Rossiya 24 diffusée lundi soir l’aviation américaine d’avoir « détruit » un hôpital soutenu par Médecins sans frontières (MSF) dans la région d’Idleb, rejetant les accusations de Washington incriminant le régime syrien et son allié russe. »Vraiment, l’aviation américaine l’a détruit. L’aviation russe n’a rien à voir dans tout ça, les renseignements recueillis en témoignent clairement », a assuré Riad Haddad.

Selon le diplomate syrien, les accusations américaines sont « une manifestation de la guerre de l’information qui a commencé dès les premiers jours du conflit en Syrie ».

Les États-Unis ont pour leur part dénoncé ces bombardements, le département d’État américain condamnant dans un communiqué virulent « la brutalité du régime Assad » et mettant « en doute la volonté et/ou la capacité de la Russie à aider à l’arrêter ».

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui a dénoncé « des violations flagrantes du droit international », n’a pas quant à lui attribué la responsabilité des tirs de missiles mais une ONG syrienne, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, un organisme indépendant qui possède un vaste réseau d’informateurs sur le terrain, avait auparavant estimé qu’ils étaient « probablement russes ».

Les unités sanitaires, qu’elles soient militaires ou civiles, comprennent tous les bâtiments et autres installations fixes (hôpitaux et autres unités similaires), les centres de transfusion sanguine, de médecine préventive et d’approvisionnement, les dépôts, ou les formations mobiles (hôpitaux de campagne, tentes, installations de plein air, etc.) organisés à des fins sanitaires (CG I, 19; PA I, 8, 9, 12; PA II, 11). Elles ne peuvent en aucune circonstance être l’objet d’attaques, mais doivent en tout temps être respectées et protégées, et elles doivent pouvoir continuer à fonctionner, même si elles ne renferment momentané- ment ni blessés ni malades (CG I, 19). Conventions de Genève et protocoles additionnelles. ICRC.

Et c’est ainsi qu’encore ce matin, au moins sept personnes ont été tuées et au moins huit sont portés disparus et présumés morts, dans la destruction ce matin d’un hôpital soutenu par Médecins Sans Frontières (MSF) à Maaret al-Noomane, dans la province d’Idlib.

L’hôpital de Ma’arat Al Noomane a été frappé par quatre missiles dans deux attaques à quelques minutes d’intervalle l’une de l’autre, selon le personnel de l’hôpital, rapporte MSF.

Environ 15 autres maisons et des structures situées dans les zones peuplées ont été frappés ce lundi matin dans la région, y compris un autre hôpital non soutenu par MSF.

« La destruction de l’hôpital soutenu par semble être une attaque délibérée sur un établissement de santé », a dénoncé pour sa part Massimiliano Rebaudengo, chef de mission de MSF, cité dans le communiqué de l’organisation.

Cinq patients ont été tués, ainsi qu’un gardien. En outre, un garde de l’hôpital a été tué et huit membres du personnel sont portés disparus et présumés morts. D’autres patients sont aussi portés disparues, mais leur nombre est actuellement inconnu.

«La destruction de l’hôpital laisse la population locale d’environ 40.000 personnes sans accès à des services médicaux dans une zone active de conflit », a aussi souligné Massimiliano Rebaudengo.

On a également signalé lundi matin que deux autres hôpitaux de la ville Azaz être attaqué. Ces installations ne sont pas pris en charge par MSF.

L’hôpital de 30 lits de Maaret al-Noomane avait quant à lui avait 54 employés, deux salles d’opération, un service de consultations externes et une salle d’urgence.

Selon les chiffres de l’organisation, le service de consultations externes traitait environ 1500 personnes par mois, l’urgence effectuait une moyenne de 1.100 consultations par mois, et environ 140 opérations par mois étaient effectuées à cet hôpital, principalement des opérations de chirurgie orthopédique et générale, ont été effectuées dans les salles d’opération.

En tout, MSF soutient au total 153 hôpitaux en Syrie, dont cinq ont été touchés par des frappes depuis le début de l’année.

Et le discours de certains Canadiens étonne autant parfois que celui des Russes, du régime Assad ou des islamistes. La semaine dernière, la droite conservatrice s’est pour sa part scandalisée qu’une partie de l’aide humanitaire canadienne puisse servir à soigner des combattants ennemis, oubliant le devoir de neutralité des soignants et l’inviolabilité des établissements de santé.

Il est assez évident que, tant que la perspective de soigner un combattant ennemi fera frémir davantage l’opinion publique que la destruction des établissements de santé et le massacre des patients, personne ne sera en sécurité dans les hôpitaux et le monde sombrera encore un peu plus dans la barbarie.

Le processus de paix à peine amorcé à Munich compromis

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, ont pour leur part dans une déclaration commune condamné fermement les attaques continues qui prennent pour cible du personnel médical et des établissements de santé dans le conflit syrien »

« Une fois de plus », ont déclaré les ministres canadiens, « nous exhortons toutes les parties au conflit à respecter le droit humanitaire international et à fournir aux travailleurs humanitaires un accès complet, sûr et sans entraves aux personnes dans le besoin en Syrie ».

Le Canada a aussi réitéré ses demandes pour que cessent immédiatement les attaques contre des civils, les bombardements et les tactiques de siège.

« Comme l’a convenu le Groupe international de soutien à la Syrie, qui comprend la Russie, à Munich le 11 février dernier, toutes les parties doivent déployer des efforts en vue d’un cessez-le-feu entre le régime et l’opposition » poursuivent les ministres Dion et Bibeau, concluant que « Le processus de paix ne peut pas suivre son cours si les offensives militaires continues du régime se poursuivent en Syrie, y compris les frappes aériennes menées par les forces de la Russie et du régime Assad. »