Le cessez-le-feu en Syrie tient toujours globalement malgré des incidents de part et d’autre

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Des enfants sur une balançoire le 27 février 2016 à Douma au premier jour de la trêve en Syrie. (AFP/Sameer Al-Doumy)
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Des enfants sur une balançoire le 27 février 2016 à Douma au premier jour de la trêve en Syrie. (AFP/Sameer Al-Doumy)
Des enfants sur une balançoire le 27 février 2016 à Douma au premier jour de la trêve en Syrie. (AFP/Sameer Al-Doumy)

La cessation des hostilités en Syrie a été violée quinze fois par le régime de Damas et ses alliés samedi au premier jour de son entrée en vigueur, a affirmé dimanche un porte-parole de l’opposition syrienne, alors que Moscou, de son côté, rapporte neuf violations par les rebelles.

« Il y a eu, au premier jour (de la trêve), quinze violations par les forces prorégime, dont deux par le (mouvement chiite libanais) Hezbollah à Zabadani », à l’ouest de Damas, a déclaré un porte-parole du Haut comité des négociations (HCN) à quatre journalistes, dont un de l’AFP, par téléphone depuis Ryad où est basée cette instance rassemblant les principaux groupes politiques et armés de l’opposition syrienne.

Salem al-Meslet a précisé que le HCN allait envoyer une plainte formelle à l’émissaire des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura, au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et aux ministres des Affaires étrangères du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG), à l’exception de ceux de Russie et de l’Iran, alliés du régime.




M. Meslet a assuré qu’aucune des 97 factions de l’opposition ayant souscrit à l’accord de cessation des hostilités n’avait réagi samedi aux violations.

« Du côté des forces de l’opposition, personne n’a réagi car la décision est de rester tranquille et je pense qu’ils vont maintenir la trêve », a-t-il dit.

Selon lui, cet accord est « un premier pas dans la bonne direction » pour trouver une solution au conflit syrien, dans lequel plus de 270.000 personnes ont perdu la vie.

« Pour nous, c’est positif de voir les gens soulagés (…) Il y a des violations ici et là mais, globalement, c’est bien mieux qu’avant et les gens se sentent bien. Notre principal objectif est de voir notre peuple se débarrasser de la peur avec laquelle il vit depuis cinq ans », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, des avions ont bombardé dimanche à l’aube des localités des provinces d’Alep (nord) et Hama (centre) selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui n’était pas en mesure d’indiquer si les villages visés étaient inclus ou non dans l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur samedi.

De son côté, l’armée russe indique que le cessez-le-feu a été violé neuf fois

Le cessez-le-feu entré en vigueur samedi en Syrie a été violé neuf fois au cours des dernières 24 heures, a affirmé dimanche l’armée russe, tout en estimant que l’accord de cessation des hostilités tenait encore globalement.

« Au cours des dernières 24 heures, neuf cas de violation du cessez-le-feu ont été enregistrés », a déclaré dans un communiqué le général Sergueï Kouralenko, responsable du Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes en Syrie.

Pour autant, « de manière générale, le cessez-le-feu en Syrie est en train d’être mis en place », a-t-il ajouté.

Un groupe, composé de 100 militants, est entré en Syrie à partir de la Turquie et a tiré dimanche sur la ville syrienne de Tal-Abyad, dans la province de Raqqa (nord), a dénoncé le centre, créé par l’armée russe pour superviser la trêve.

Leur attaque a été soutenue par des tirs provenant du territoire turc, a affirmé le centre, ajoutant que d’autres tirs visaientun village de la province de Lattaquié (ouest), selon le centre.

L’armée russe a informé les États-Unis de ces violations et demandé des « explications » concernant ces tirs provenant du territoire turc, a annoncé M. Kouralenko, soulignant que la Turquie fait partie de la coalition internationale menée par Washington.

Mais globalement, le calme régnait dimanche dans la quasi-totalité de la Syrie malgré les accusations de violations de la trêve.

Le cessez-le-feu, dont les modalités ont été établies par Moscou et Washington et acceptées par Damas, concerne seulement les zones de combat entre les forces du régime, appuyées par l’aviation russe, et les rebelles syriens. Il exclut les groupes djihadistes État islamique et Al-Nosra, qui contrôlent plus de 50% du territoire syrien.

Ni les États-Unis, ni la Russie, ni le régime, ni l’opposition n’avaient encore réagi aux raids d’aujourd’hui. L’armée russe avait annoncé samedi la suspension, pour la journée, de toutes les sorties aériennes au-dessus de la Syrie.

Ottawa reste optimiste

De son côté, Ottawa, a salué hier la cessation des hostilités en Syrie, négociée par les États-Unis et la Russie.

Dans un communiqué conjoint, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, ont déclaré que, « Bien que fragile, cette cessation des hostilités constitue un pas important vers l’établissement d’une solution politique durable et nécessaire pour mettre fin au bain de sang en Syrie ».

Reconnaissant que des violations ont été rapportées, Ottawa souligne que « pour le régime syrien et ses partisans, cet accord est l’occasion de montrer leur volonté de travailler à établir la paix ».

« Le Canada demande à toutes les parties de respecter intégralement la cessation des hostilités et d’apaiser les souffrances des citoyens de la Syrie. Les besoins humanitaires dans le pays sont immenses », poursuit le communiqué, ajoutant que « Les organismes d’aide, comme le Croissant-Rouge arabe syrien, les organismes des Nations Unies et les partenaires locaux, doivent pouvoir fonctionner en toute liberté afin de prêter assistance aux citoyens désespérés qui en ont grandement besoin ».

« Si cette cessation des hostilités est une réussite, elle sauvera de nombreuses vies et créera le climat nécessaire à la reprise d’un dialogue constructif à Genève, sous les auspices de l’Organisation des Nations Unies. », concluent, optimistes, le chef de la diplomatie canadienne et sa collègue ministre du Développement international.

*Avec AFP