Lutte aux inconduites sexuelles: timides débuts pour une mission à peine commencée

Le général Jonathan Vance, chef d'état-major de la Défense. (Cpl Darcy Lefebvre/Caméra de combat des Forces canadiennes)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Le général Jonathan Vance, chef d'état-major de la Défense. (Cpl Darcy Lefebvre/Caméra de combat des Forces canadiennes)
Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense. (Cpl Darcy Lefebvre/Caméra de combat des Forces canadiennes)

Neuf mois après la publication du rapport de l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps sur les inconduites sexuelles au sein des Forces armées canadiennes (FAC), les choses n’ont que très peu avancé sur le fond.

«Dévastateur», le rapport de Marie Deschamps a mis en lumière une culture sexualisée et macho au sein de l’armée. Depuis, le général Jonathan Vance a annoncé la mise en place de l’opération HONOUR, soit la mission qu’ont entreprise les FAC pour éliminer les comportements sexuels dommageables et inappropriés au sein de l’organisation fédérale.

Pour parvenir à cette fin, le leadership a rencontré les militaires un peu partout à travers le pays. Or, peu se sont réellement montrés intéressés par ces rencontres, éclairs pour certaines.

L’ouverture d’un centre pour aider de potentielles victimes de comportements inappropriés a été un pas en avant, mais reste encore marginal, avec seulement six plaintes qui ont abouti jusqu’à une enquête disciplinaire, depuis le 15 septembre 2015.

Si, pour le moment, le centre ne permet que d’avoir des informations pour orienter les potentielles victimes, le contre-amiral Jennifer Bennett, responsable du dossier des inconduites sexuelles, a précisé à 45eNord.ca vouloir «que le centre devienne une place incontournable». «Pour le moment, le centre est un lieu pour récolter des informations, mais nous voulons vraiment que cela soit un ‘guichet unique’ où il y aura des experts dans différents domaines. On veut simplifier le processus que les membres des Forces armées canadiennes rencontrent lorsqu’ils veulent faire un signalement», explique-t-elle encore.

«Nous venons tout juste de lancer notre mission […] Nous sommes encore loin d’avoir atteint notre objectif. Nous devons canaliser et maintenir nos efforts afin d’accomplir le changement culturel nécessaire pour favoriser un milieu sain à tous les militaires», a reconnu pour sa part le général Vance.




Dans un premier rapport d’étapes des Forces armées canadiennes sur l’élimination de ces comportements sexuels inappropriés, l’état-major décrit quels sont les progrès réalisés dans la mise en œuvre des directives définies dans le cadre de l’opération HONOUR ainsi que des dix recommandations formulées par Marie Deschamps.

Statistique Canada mènera une enquête sur les inconduites sexuelles en envoyant un questionnaire à tous les membres de la Première Réserve et de la Régulière. Le sondage sera lancé en avril et les résultats seront connus à l’automne.

Le contre-amiral Bennett a annoncé à 45eNord.ca que ce sondage ne sera que le premier d’une série de plusieurs, puisque d’autres seront envoyés plus tard aux cadets, aux rangers et aux élèves-officiers, une fois que les questions plus spécifiques sur leur environnement de travail auront été établis.

Le général Vance évoque que le travail pour changer la culture dans les Forces armées canadiennes prendra sans doute des années, mais lors d’une interview avec 45eNord.ca, le lieutenant-général Whitecross  a évoqué plutôt «un combat de toute une génération».

Dans l’immédiat, les Forces armées canadiennes indiquent qu’elles mettront la priorité sur les efforts de modernisation des définitions et des politiques et sur l’établissement d’une politique «unifiée, simple et cohérente» sur l’inconduite sexuelle et sa résolution.

Également, au cours des mois à venir, les Forces souhaitent renforcer leur plan de sensibilisation, de formation et de mobilisation à l’interne et à l’externe.

Pour le major (ret.) Dave Blackburn, docteur en sociologie de la santé, si les Forces armées canadiennes excellent dans l’élaboration de programmes de formation et d’éducation, «elles omettent souvent de mettre en place un processus complet d’évaluation de programme qui permettra de valider si les processus sont fonctionnels et si les résultats escomptés sont atteints. Sans un tel processus d’évaluation et de validation, le programme d’éducation et de formation sur les inconduites sexuelles ne pourra jamais, au grand jamais, prétendre qu’il atteint ses visées».

La voie à suivre sera difficile, et le niveau d’effort requis considérable.