Ottawa salue la condamnation au Guatemala de deux militaires pour viols et crimes contre l’humanité

Guatemala: des femmes violées et réduites à l'esclavage sexuelle pendant la guerre civile, attendent en cour le prononcé de la sentence de leurs tortionnaires. (Compte Twitter/@jomaburt)
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Guatemala: des femmes violées et réduites à l'esclavage sexuelle pendant la guerre civile, attendent en cour le prononcé de la sentence de leurs tortionnaires. (Compte Twitter/@jomaburt)
Guatemala: des femmes violées et réduites à l’esclavage sexuelle pendant la guerre civile, attendent en cour le prononcé de la sentence de leurs tortionnaires. (Compte Twitter/@jomaburt)

Le Canada, qui contribue à soutenir l’accès à la justice au Guatemala, se félicite cette semaine du verdict et la sentence semaine de la condamnation de deux militaires guatémaltèques qui ont violé à répétition et réduit à l’esclavage sexuelle plusieurs femmes indigènes sur la base militaire de Sepur Zarco.

Les deux anciens militaires guatémaltèques ont été condamnés à de très lourdes peines de prison après avoir été reconnus coupables d’avoir violé plusieurs femmes sur la base militaire Sepur Zarco dans les années 1980 dans le cadre d’une stratégie militaire.

L’affaire Sepur Zarco était le premier procès au Guatemala pour crimes sexuels comme arme de guerre et le premier pour esclavage sexuel et domestique jugé par un tribunal national.

« Le Canada accueille favorablement le verdict dans le procès Sepur Zarco, qui s’est tenu au Guatemala. Ce procès marque la première fois où des poursuites liées à des actes d’esclavage sexuel commis pendant un conflit armé sont intentées dans le pays où les crimes ont été perpétrés. Le Canada salue le courage des survivants voulant faire régner la justice ainsi que le dévouement des organismes et des avocats de défense des droits de la personne qui les ont soutenus », déclare par voie de communiqué le ministère canadien des Affaires internationales.

Et le Canada se félicite à cette occasion d’avoir contribué à soutenir l’accès à la justice au moyen de projets axés sur le renforcement des capacités des procureurs, des avocats des droits de la personne et des groupes de victimes du Guatemala qui travaillent sur de tels dossiers.

Cette affaire est une illustration de la nécessité du Plan d’action du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité, qui « met l’accent sur la nécessité de prévenir les cas de violence sexuelle et sexiste à l’égard des femmes et des filles dans les États où des conflits font rage et ceux en situation d’après-conflit, et de protéger les droits de la personne ».

Lors de ce procès historique, qui a commencé le 1 février de cette année, l’accusation est parvenu est à prouver que les 11 femmes ont été victimes de violence sexuelle et réduite à l’esclavage domestique sur la base militaire de Sepur Zarco entre 1982 et 1986.

Les femmes, des indigènes Q’eqchi, avaient été retenus captives comme esclaves domestiques après la disparition ou l’assassinat de leur mari par les militaires.

Au terme du procès, le colonel Esteelmer Francisco Reyes Giron et le soldat Heriberto Valdez Asig ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité, y compris la disparition forcée de sept hommes, et le viol systématique et l’esclavage des 11 femmes dans le cas historique.

Le colonel Reyes Giron a été condamné à 120 ans de prison pour crimes contre l’humanité et assassinat alors que le soldat Asig a été condamné à 240 ans d’emprisonnement pour crimes contre l’humanité et disparitions forcées.

Le Guatemala a lutté pendant des années et lutte encore pour mettre un terme à l’impunité dont jouissent les responsables qui ont infligé une telle violence pendant la guerre civile dans ce petit pays d’Amérique centrale.

Le guerre civile au Guatemala a opposé entre de 1960 et 1996 différentes guérillas marxistes au gouvernement du Guatemala.

Débuté par un soulèvement d’officiers le 13 novembre 1960 contre l’influence des États-Unis, le conflit s’est erminé en 1996 par un accord de paix signé entre les groupes armés et le gouvernement grâce à l’action de la Mission des Nations unies pour la vérification des droits de l’homme et du respect des engagements pris aux termes de l’accord général relatif aux droits de l’homme au Guatemala (Minugua).

Mais, pendant toutes ces années, le conflit a fait plus de 100 000 morts, des dizaines de milliers de disparus et 1 000 000 de déplacés.

« L’affaire Sepur Zarco a aussi permis d’accroître la sensibilité quant à la violation systématique du droit des femmes autochtones. Le verdict de culpabilité représente une étape importante en vue de mettre fin à l’impunité qui existe en ce qui concerne les cas de violence sexuelle et sexiste au Guatemala et partout ailleurs, et le procès servira d’exemple pour d’autres États en situation d’après-conflit », souligne le ministère canadien des Affaires étrangères.

Toutefois, selon Jo-marie Burt, une observatrice du Bureau de Washington sur l’Amérique latine (The Washington Office on Latin America, WOLA), une ONG américaine de promotion des droits de l’homme, malgré le succès de l’affaire Sepur Zarco, l’impunité est toujours présente au Guatemala.

« Nous continuerons de soutenir les Guatémaltèques alors qu’ils s’efforcent de mettre un terme à l’impunité et à la violence. », de conclure pour sa part le ministère canadien des Affaires étrangères.