Pyongyang expulse les Sud-Coréens de la zone industrielle conjointe

Un soldat sud-coréen met en place une barricade sur une route menant au Nord, dans la zone industrielle de Kaesong, près de la frontière entre les deux pays.(Archives/JUNG YEON-JE/AFP)
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Un soldat sud-coréen met en place une barricade sur une route menant au Nord, dans la zone industrielle de Kaesong, près de la frontière entre les deux pays.(Archives/JUNG YEON-JE/AFP)
Un soldat sud-coréen met en place une barricade sur une route menant au Nord, dans la zone industrielle de Kaesong, près de la frontière entre les deux pays.(Archives/JUNG YEON-JE/AFP)

Pyongyang a ordonné jeudi le départ immédiat des Sud-Coréens du complexe industriel intercoréen de Kaesong, et ordonné la saisie de leurs avoirs, après la décision unilatérale de Séoul d’en suspendre les opérations en riposte aux programmes balistique et nucléaire du Nord.

Les 280 ressortissants sud-coréens, présents à Kaesong au moment de l’ordre d’expulsion, ont franchi la frontière, munis seulement de leurs effets personnels, et ont regagné leur pays peu avant 22H00 (13H00 GMT), a annoncé le ministère sud-coréen de l’Unification dans un communiqué.

Cette crispation autour d’un site industriel qui se voulait un symbole de la « réconciliation » illustre l’escalade des tensions intercoréennes provoquée par le quatrième essai nucléaire nord-coréen du 6 janvier, et par le tir de fusée effectué dimanche par Pyongyang.

Dans un communiqué publié par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, la Commission pour la réunification pacifique de la Corée, qui s’occupe des questions intercoréennes, a annoncé qu’elle plaçait Kaesong, zone gérée conjointement par Séoul et Pyongyang mais située en territoire nord-coréen, sous contrôle militaire.

Parallèlement, deux lignes essentielle de communication avec Séoul sont coupées.




« Les forces ennemies sud-coréennes vont faire l’expérience du prix élevé et douloureux qu’elles doivent payer pour avoir fermé le complexe industriel de Kaesong », a affirmé le texte.

Pour protester contre la poursuite par Pyongyang, en violation de nombreuses résolutions de l’ONU, de ses programmes nucléaire et balistique, Séoul avait annoncé mercredi qu’il suspendait les opérations dans ce complexe financé par le Sud situé à 10 kilomètres de la frontière.

En agissant ainsi, Séoul a anéanti « l’ultime bouée de sauvetage » des relations bilatérales et émis « une déclaration de guerre dangereuse » qui pourrait conduire la péninsule au bord du conflit, a ajouté la Commission nord-coréenne.

Les relations intercoréennes ont toujours été problématiques mais les analystes estiment que la situation actuelle pourrait dégénérer en crise généralisée.

« On peut dire que tous les liens entre les Corées ont été tranchés. Plus rien ne fait tampon », a commenté Ko Yoo-Hwan, professeur d’études nord-coréennes à l’Université Dongguk à Séoul.

« Une escalade des tensions est inévitable. Il y aura de nouveaux problèmes avec Kaesong et la saisie des avoirs, spécialement si la Corée du Nord militarise la zone ».

Récupérer ce qui peut l’être

La Corée du Sud avait qualifié d' »inévitable » sa décision, accusant Pyongyang d’avoir utilisé des centaines de millions de dollars de devises recueillies à Kaesong pour financer ses programmes d’armements.

Au total, 124 entreprises manufacturières sud-coréennes, dont tous les avoirs (y compris les machines et matières premières) ont été saisis, employaient à Kaesong 53.000 Nord-Coréens. Les patrons de ces sociétés ont envoyé jeudi matin des centaines d’employés et des camions vides pour tenter de récupérer ce qui pouvait l’être.

Kaesong avait ouvert en 2004 dans le sillage de « la diplomatie du rayon de soleil », poursuivie par Séoul de 1998 à 2008 pour encourager les contacts entre les deux frères ennemis. Le complexe a longtemps été préservé des péripéties des relations intercoréennes.

Au printemps 2013 toutefois, Pyongyang l’avait fermé pendant cinq mois, au plus fort de la dernière vague de fortes tensions sur la péninsule, après le troisième essai nucléaire du Nord.

En septembre 2014, Pyongyang avait édicté un nouveau projet de règlement aux termes duquel le Nord serait autorisé à arrêter et à retenir les hommes d’affaires sud-coréens en cas de différend commercial. Séoul l’avait rejeté.

La fermeture du complexe a été jugée « injuste » par l’association représentant les 124 entreprises sud-coréennes concernées, qui se sentent sacrifiées sur l’autel de la politique.

De leur côté, Washington et Tokyo ont riposté aux programmes balistique et nucléaire nord-coréens en visant les finances du régime le plus isolé au monde, sans attendre l’issue des négociations au Conseil de sécurité sur de nouvelles sanctions.

Les négociations entre Washington et Pékin sur une nouvelle résolution de l’ONU piétinent en raison des réticences de la Chine, principal allié de Pyongyang, qui redoute que l’effondrement du régime nord-coréen ne permette l’avènement à sa frontière d’une Corée réunifiée alignée sur les Etats-Unis.