Bombardements turcs de secteurs contrôlés par les Kurdes dans le nord

Un soldat turc surveille à l'aide de jumelles la frontière avec le nord de la Syrie, près de Mursitpinar, depuis la ville de Suruc, le 4 octobre 2014. (Archives/Bulent Kilic/AFP)
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Un soldat turc surveille à l'aide de jumelles la frontière avec le nord de la Syrie, près de Mursitpinar, depuis la ville de Suruc, le 4 octobre 2014. (Archives/Bulent Kilic/AFP)
Un soldat turc surveille à l’aide de jumelles la frontière avec le nord de la Syrie, près de Mursitpinar, depuis la ville de Suruc, le 4 octobre 2014. (Archives/Bulent Kilic/AFP)

L’armée turque a bombardé samedi des secteurs contrôlés par les forces kurdes dans la province d’Alep, dans le nord de la Syrie, ont rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et une source kurde.
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Mise à jour au 13/02/2016 à 15h56

L’armée turque a confirmé samedi des cibles du Parti kurde de l’union démocratique (PYD) et du régime syrien dans deux incidents séparés, en réponse à des tirs, a rapporté l’agence officielle Anatolie.

Conformément aux règles d’engagement, les forces armées turques ont frappé des cibles du PYD près de la ville d’Azaz, dans la province d’Alep, selon une source militaire citée par Anatolie. L’armée turque a également riposté à des tirs de forces du régime syrien sur un poste militaire dans la région de Hatay (sud de la Turquie), selon la même source.

Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a également semblé confirmer des frappes contre le PYD, Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a également semblé confirmer des frappes contre le PYD, dont il a qualifié les forces de « groupe terroriste qui est une émanation du régime syrien, collaborationniste et complice des frappes russes contre des civils ».

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Selon le directeur de cette ONG, Rami Abdel Rahmane, l’artillerie turque a bombardé des secteurs que les Unités de protection du peuple kurde (YPG) ont récemment repris à des rebelles islamistes dans la province d’Alep, notamment le secteur de Minnigh.

Une source au sein des YPG a indiqué à l’AFP que les bombardements turcs avaient visé l’aéroport militaire de Minnigh, repris le 10 février par les forces kurdes.

L’annonce de ces bombardements intervient peu de temps après une déclaration du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu menaçant de lancer une action militaire en Syrie contre le Parti de l’union démocratique (PYD, dont les milices sont les YPG), considéré par Ankara comme une organisation terroriste.

« Nous pouvons si besoin prendre en Syrie les mêmes mesures qu’ (…) à Qandil », a déclaré M. Davutoglu lors d’un discours télévisé prononcé à Erzincan (est), en référence aux bombardements opérés en 2015 contre le Parti des travailleurs kurdes (PKK) dans cette montagne du nord de l’Irak qui est leur bastion.

Soutenues par des raids de l’aviation russe, les YPG se sont emparées mercredi de la base aérienne et de la ville de Minnigh, situées au nord de la grande ville d’Alep, à une dizaine de km de la frontière turque.

L’aérodrome de Minnigh se trouve entre deux routes importantes qui mènent de la ville d’Alep à Azaz, dans le nord, et le fait de le contrôler donne aux forces kurdes une base de départ pour de nouvelles offensives contre les jihadistes plus loin en direction de l’est.

Les forces gouvernementales syriennes avaient perdu le contrôle de la base aérienne de Minnigh en août 2013, deux ans après le début du conflit en Syrie.

La Turquie et l’Arabie saoudite prêtes à envoyer des troupes contre l’EI

Par ailleurs, la Turquie et l’Arabie saoudite pourraient mener une opération terrestre contre le groupe État islamique (EI) en territoire syrien, a annoncé samedi le chef de la diplomatie turque, ce qui pourrait encore compliquer la donne en vue d’un dénouement de la crise.

À Munich (sud de l’Allemagne), où il participe à la conférence sur la sécurité, le secrétaire d’État John Kerry a rappelé que le dossier syrien se trouvait à un « moment charnière » entre guerre et paix.

« S’il y a une stratégie (contre l’EI), alors la Turquie et l’Arabie saoudite pourraient participer à une opération terrestre », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lui-même de retour de Munich.

Selon lui l’Arabie saoudite, qui est devenue au cours des derniers mois l’un des plus proches alliés de la Turquie, va également déployer des avions de chasse sur la base militaire stratégique d’Incirlik, dans le sud de la Turquie, où se trouvent déjà des avions de la coalition conduite par les Américains.




Des responsables saoudiens « sont venus et ont effectué une reconnaissance de la base. Pour le moment, il n’est pas encore clair combien d’avions » seront déployés, a dit le ministre turc en évoquant « une coalition islamique contre la terreur ».

D’après lui, Ryad a indiqué être prêt à « envoyer des troupes quand le temps viendra pour une opération terrestre ».

L’annonce du ministre turc intervient au lendemain de déclarations incendiaires du président syrien Bachar al-Assad contre la Turquie et l’Arabie saoudite, qu’il a accusées de soutenir le « terrorisme ».

Dans une interview à l’AFP, il a affirmé vouloir reconquérir toute la Syrie, quitte à mener de « longs » combats.

L’Arabie saoudite et la Turquie estiment que le départ de Bachar Al-Assad est indispensable pour une solution en Syrie, où la guerre a fait plus de 260.000 morts en près de cinq ans et jeté sur les routes plus de la moitié de la population. Les deux pays soutiennent les rebelles et craignent que l’Occident n’assouplisse sa position à l’égard du président syrien, considéré comme un moindre mal face aux jihadistes.

« Ne menacez personne »

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Ryad Adel al-Jubeir a annoncé cette semaine que le royaume était prêt à dépêcher des troupes au sol en Syrie, dans le cadre de la coalition internationale contre l’EI. Et Washington, par la voix de responsables du Pentagone, a dit voir d’un bon oeil cette offre saoudienne.

Mais le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a mis en garde samedi contre toute intervention au sol des pays membres de la coalition emmenée par les États-Unis.

« Ne menacez personne avec une opération au sol », a-t-il déclaré lors d’un discours à la conférence de Munich, au cours duquel il a affirmé que le monde était entré dans une nouvelle guerre froide.

La Russie a annoncé samedi l’envoi en Méditerranée d’une corvette lance-missiles, le Zelyony Dol, et celle-ci se dirigerait vers les côtes de la Syrie, selon des informations de presse.

Le départ du Zelyony Dol pour la Méditerranée intervient alors que les États-Unis et la Russie viennent de tomber d’accord sur une « cessation des hostilités » en Syrie dans un délai d’une semaine, à l’exception de l’offensive contre les djihadistes, afin de relancer le processus de paix et de stopper l’exode de civils.

Les États-Unis accusent la Russie d’avoir « exacerbé » le conflit en Syrie par son appui militaire aux forces gouvernementales, notamment dans l’offensive en cours contre les rebelles à Alep, la grande ville du nord.

Et John Kerry a appelé samedi Moscou à « changer de cibles » militaires sur le terrain. « Aujourd’hui la très grande majorité des attaques russes se concentrent sur les groupes d’opposition légitimes. Pour adhérer à l’accord (sur la trêve), il est essentiel que la Russie change de cibles » en Syrie, a-t-il dit.

*Avec l’agence officielle turque Anatolie et l’AFP.