Et si les anciens combattants avaient accès aux services de santé des FAC…

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La santé, un des enjeux majeurs pour les militaires en transition vers la vie civile.
La santé, un des enjeux majeurs pour les militaires en transition vers la vie civile.

Le 11 mars dernier, le Centre de la famille de Valcartier annonçait qu’il était l’un des centres sélectionnés dans le cadre d’un projet-pilote d’une durée de quatre ans pour étendre leurs services aux anciens combattants et aux membres de leur famille. Il ne fait nul doute que cette initiative permettra certainement à quelques familles d’avoir accès à des services spécialisés et propres aux réalités de la communauté militaire et des anciens combattants. Sur le fond, il s’agit définitivement d’une bonne nouvelle, car il faut en convenir l’offre de services sociaux et communautaires au Québec pour les anciens combattants et leur famille est limitée. Cet ajout pourra certainement aider quelques personnes, 400 selon les estimations du Centre de la famille de Valcartier.

Dans le concret, je me permets de douter que cette extension des services à la communauté des anciens combattants amène une augmentation de 10% des demandes de services du Centre de la famille de Valcartier. Franchement, j’espère bien que je me trompe! Toutefois, j’ai encore en mémoire, la somme des efforts investis par ma conjointe, alors travailleuse sociale au Centre de la famille de la Région de la Capitale nationale, pour l’organisation d’un BBQ estival à Gatineau où à peine 40 personnes (incluant les organisateurs et le personnel) s’étaient pointées le nez. Mais bon, la communauté militaire et des anciens combattants de Valcartier est sans contredit plus tissée serrée que celle d’Ottawa et de Gatineau. Je salue donc l’initiative!

Ce projet-pilote m’amène sur un sujet similaire. Sur un sujet dont j’ai eu la chance de discuter et d’échanger avec plusieurs anciens combattants dans le cadre de projets de recherche, de conférences et d’activités de la Légion. Je parle ici de l’accessibilité aux services de santé des Forces armées canadiennes (FAC) par les anciens combattants. Pourquoi les anciens combattants ne pourraient-ils continuer de recevoir leurs services de santé courants (médecin de famille en tête) à partir du réseau des cliniques médicales des FAC? Du moins, si cela n’est pas de manière permanente, cette accessibilité pourrait avoir lieu durant la période transitoire lors de la libération. Il me semble que cette idée tienne la route et répondrait au besoin le plus criant chez les anciens combattants, celui de la santé et tout particulièrement pour ceux et celles, comme vous et moi, qui habitent la province de Québec.

Vous en conviendrez, la santé est l’aspect le plus important de nos vies. Il est reconnu que les personnes qui joignent les FAC sont en meilleure santé que la population canadienne générale. Cependant, il est aussi reconnu que les militaires qui retournent à la vie civile après un passage dans les FAC sont en moins bonne santé que la population canadienne générale. Le passage dans les FAC laisse donc des traces sur le plan physique et mental. Le vieillissement vient aussi ajouter son grain de sel et contribue à l’augmentation des maux au moment de la libération.

Involontairement, le service militaire contribue directement à appauvrir les futurs anciens combattants et les membres de leur famille. Les affectations fréquentes ne permettent pas aux militaires et à sa famille d’organiser leur accès aux services de santé en communauté. Lorsque le militaire quitte les FAC et par le fait même l’accès aux services de santé propre à l’organisation militaire, il se retrouve complètement dépourvu, voire dans le besoin. En fait, pire encore, il est souvent mis au dernier rang de la liste d’attente des services de santé publics de la province. Il s’agit d’un paradoxe si nous considérons que les anciens combattants se sont investi cœur et âme, souvent au prix de leur famille, pour assurer les intérêts du Canada. Qui plus est, leur état de santé est aussi fragilisé à la retraite des FAC par des années de dur labeur.

Ainsi lorsque le militaire quitte les FAC et qu’il redevient un «civil» à part entière, il doit prendre les mesures pour organiser ses services de santé. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour expliquer le piètre état du système de santé et de services sociaux du Québec. Personnellement, je suis libéré depuis le mois de juin 2014 et je suis toujours sur une liste d’attente pour me voir attribuer un médecin de famille. L’autre jour, j’étais tellement exaspéré par une attente éternelle dans une clinique sans rendez-vous de Blainville, que j’ai pris ma voiture, j’ai conduit jusqu’à Saint-Sauveur pour rencontrer un médecin de famille en clinique privée pour la somme de 200 $/la consultation. Mon autre choix était de conduire à plus de 75 km de mon domicile (donc 150 km aller-retour) pour avoir un rendez-vous dans une clinique que j’avais trouvée grâce au site Internet Bonjour Santé. Je dois dire, je suis chanceux, car je pouvais me permettre financièrement cette dépense non budgétée, mais ce ne sont pas tous les anciens combattants qui sont dans cette situation. Il est impensable d’avoir à conduire 150 km ou d’avoir à payer 200 $ pour voir un médecin de famille. En comparaison avec cela, je n’aurais donc eu aucun problème à me présenter le lendemain matin à la parade des malades au Détachement Longue-Pointe du Centre de services de santé des FAC de St-Jean sur le Richelieu. Bien entendu, l’accessibilité des anciens combattants aux services de santé des FAC n’est pas une panacée. Certains anciens combattants qui habitent dans des régions éloignées des bases se retrouveraient dans une situation similaire. Ils n’auraient pas plus accès à un médecin de famille et devraient faire le choix de conduire à une clinique des FAC ou de prendre leur mal en patience dans une clinique civile locale.

Aux États-Unis, les vétérans continueront d’avoir accès au TRICARE selon certaines modalités. Sinon, ils auront accès aux bénéfices de santé offerts par Department of Veteran Affairs qui opèrent «le plus grand système de soins de santé intégrés de la nation, avec plus de 1700 hôpitaux, cliniques, centres de vie communautaire, centres d’hébergement, centres de réajustement et d’autres installations». Pour une période allant de 18 à 36 mois en fonction de leur statut de vétérans, ils auront accès à la totalité des services du TRICARE. Cet accès permet de favoriser une transition de la vie militaire à la vie civile en douceur et de limiter les stresseurs liés à la recherche d’un médecin de famille.

Bien sûr, il serait plus que naïf d’établir une comparaison entre les États-Unis et le Canada en matière de services aux anciens combattants. Malgré tout, l’idée est de faire ressortir que l’accessibilité aux services de santé destinés aux militaires actifs par les anciens combattants existe ailleurs et s’inscrit dans la logique qu’un homme ou qu’une femme qui est prêt à donner sa vie et/ou sa santé physique et mentale pour son pays devrait en échange ne s’attendre à rien de moins que son pays lui donne accès (lire ici dans des délais raisonnables) à des services de santé de qualité et qui répondent à ses besoins. Ce n’est pas le cas actuellement au Québec! Je doute que cela le soit dans un avenir rapproché! Donc, pourquoi ne pas donner accès aux anciens combattants aux services de santé des FAC?

Le nouveau gouvernement fédéral a fait de multiples promesses aux anciens combattants durant la dernière campagne électorale. Le ministre des Anciens combattants s’est dernièrement engagé face à certaines priorités, dont celle de l’itinérance des anciens combattants. À mon sens, l’accessibilité à des services de santé dans des délais raisonnables permettrait non seulement de régler ou de gérer des problèmes, mais aurait aussi des effets directs sur des problèmes psychosociaux sérieux tels que l’itinérance, les comportements suicidaires et la consommation d’intoxicants.

Si vous êtes en accord avec cette proposition, SVP partagez ce texte d’opinion avec vos contacts et appuyez sur «J’aime»/«Like» de Facebook. Dans quelques semaines, nous avons l’intention de faire parvenir une lettre au ministère des Anciens combattants ainsi qu’au Sous-comité des anciens combattants du Sénat pour ouvrir le dialogue sur cette proposition et nous inclurons une copie de ce texte avec le nombre de «J’aime»/«Like».



Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER

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