Hôpital afghan bombardé: les sanctions américaines froidement accueillies

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"Au bout de 20 ou 30 minutes, j’ai entendu quelqu’un m’appeler. C’était l’un des infirmiers de la salle d’urgence. Il m’appelait à l’aide." Lajos Zoltan Jecs est infirmier. Il était à l'hôpital MSF de Kunduz samedi matin 3 octobre 2015 quand des raids aériens l'ont pris pour cible. Il témoigne de l'horreur de ce qu'il a vécu. "C'est au-delà des mots". (MSF)
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"Au bout de 20 ou 30 minutes, j’ai entendu quelqu’un m’appeler. C’était l’un des infirmiers de la salle d’urgence. Il m’appelait à l’aide." Lajos Zoltan Jecs est infirmier. Il était à l'hôpital MSF de Kunduz samedi matin 3 octobre 2015 quand des raids aériens l'ont pris pour cible. Il témoigne de l'horreur de ce qu'il a vécu. "C'est au-delà des mots". (MSF)
« Au bout de 20 ou 30 minutes, j’ai entendu quelqu’un m’appeler. C’était l’un des infirmiers de la salle d’urgence. Il m’appelait à l’aide. » Lajos Zoltan Jecs est infirmier. Il était à l’hôpital MSF de Kunduz samedi matin 3 octobre 2015 quand des raids aériens l’ont pris pour cible. Il témoigne de l’horreur de ce qu’il a vécu. « C’est au-delà des mots ». (MSF)

Les sanctions infligées à des militaires américains pour le bombardement en octobre d’un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, ont été froidement accueillies vendredi par la communauté humanitaire.

Un avion des forces spéciales américaines avait mené un raid meurtrier le 3 octobre sur cet hôpital alors que les forces afghanes tentaient de reprendre le contrôle de cette ville stratégique aux mains des talibans.

Des responsables de la Défense américaine ont annoncé jeudi que plus de dix militaires avaient fait ou allaient faire l’objet de sanctions administratives à la suite de cette erreur qui avait scandalisé l’opinion publique et poussé le président Barack Obama à présenter ses excuses.

Or aucune information directe sur le contenu de ces sanctions annoncées jeudi à Washington n’est parvenue à MSF, a déploré l’ONG qui avait demandé une enquête indépendante, une demande soutenue notamment par le Parlement européen.

« Nous disposons du même niveau d’information que ce qui est rapporté dans les médias, qui est extrêmement vague. Nous allons demander aux États-Unis des informations précises sur ces mesures disciplinaires avant de commenter », a indiqué MSF dans un communiqué.

« Les États-Unis devraient faire preuve de transparence envers les familles des victimes, MSF et le public en donnant des détails sur les mesures disciplinaires qu’ils jugent appropriées et pourquoi, en réponse à la mort de 42 personnes » lors du raid, a ajouté l’ONG.

Les sanctions administratives peuvent prendre différentes formes, de la simple admonestation à la lettre de réprimande – qui, de fait, bloque la carrière – jusqu’au retrait de commandement.

« Les sanctions (américaines) sont une blague », a estimé vendredi Saeed Haqyar, un habitant de Kunduz qui a perdu son oncle lors de l’attaque. « Ce crime barbare, inhumain a conduit les membres de la famille endeuillée au bord de la folie. Les responsables méritent d’être pendus », a-t-il ajouté.

Pour l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW), « les familles des victimes vont, avec raison, considérer (les sanctions annoncées) comme à la fois une injustice et une insulte car l’armée américaine a enquêté elle-même et décidé qu’aucun crime n’avait été commis ».

Il s’agit « d’un affront aux vies perdues à l’hôpital MSF mais aussi d’un coup porté à l’état de droit en Afghanistan et ailleurs », a souligné HRW dans un communiqué.

Pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le bombardement meurtrier de l’hôpital de MSF s’inscrit dans un contexte plus large d’attaques croissantes contre les cliniques en Afghanistan.

Au cours de la dernière année, les attaques contre les établissements de santé ont « bondi de 50% », a déploré à Kaboul le président du CICR, Peter Maurer, craignant que la situation humanitaire en Afghanistan ne devienne une « spirale descendante ».

« Chaque hôpital qui est bombardé, chaque docteur ou infirmière qui est forcé de fuir signifie que des milliers de personnes ne peuvent avoir accès à des traitements médicaux lorsque cela est nécessaire », a-t-il ajouté.