Face au risque russe, le Pentagone va déployer une brigade blindée permanente en Europe de l’Est

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Un char américain Abrams débarque dans le port de Riga, en Lettonie, le 9 mars 2015. (Archives/Ilmars Znotins/AFP)
Un char américain Abrams débarque dans le port de Riga, en Lettonie, le 9 mars 2015. (Archives/Ilmars Znotins/AFP)

Les États-Unis auront à partir de février 2017 une brigade blindée déployée en permanence en Europe de l’Est, un signal fort pour dissuader toute velléité d’agression de Moscou après la saisie d’une partie du territoire ukrainien par des rebelles pro-russes.

Des chars américains seront à nouveau déployés en permanence sur le continent européen, alors qu’ils avaient été progressivement retirés dans les deux décennies qui ont suivi l’effondrement du bloc soviétique.

« C’est la confirmation de la politique constante du président Obama à l’égard des partenaires est-européens de l’Otan », s’est félicité le ministre letton de la Défense Raimonds Bergmanis.

Dès septembre 2014, le président américain avait « dit que Tallinn, Riga et Vilnius étaient aussi importants à protéger que Berlin, Paris et Londres », a rappelé M. Bergmanis.

Le Pentagone et l’Otan avaient déjà évoqué le déploiement par rotation de cette brigade blindée (4.200 soldats) en Europe orientale, sans donner de calendrier précis.

Les ministres de la Défense de l’Otan avaient souligné le 10 février à Bruxelles leur volonté de renforcer la « présence avancée dans l’est de l’Alliance ».

Depuis le printemps 2014, l’Otan a pris toute une série de mesures pour rassurer les pays alliés d’Europe de l’Est, comme l’ouverture de centres logistiques, le prépositionnement de matériel, l’envoi d’avions de chasse dans les pays baltes ou le déploiement de davantage de navires en mer Baltique et en mer Noire.

Moscou de son côté a régulièrement mis en garde contre le « stationnement permanent » de forces de combat alliées substantielles à sa frontière, qu’elle considère comme contraire à l’Acte fondateur Otan-Russie, signé en 1997.

Mais la nouvelle brigade blindée américaine ne sera pas « stationnée » en permanence, puisqu’elle sera déployée par rotation successives de 9 mois d’unités basées à l’extérieur de l’Europe, selon les indications fournies par le Pentagone mercredi.

Le Pentagone n’a pas indiqué dans quels pays d’Europe orientale la brigade serait déployée.

L’armée américaine dispose déjà d’une brigade Stryker d’infanterie stationnée à Vilseck en Allemagne, et d’une brigade aéroportée basée à Vicenza en Italie.

Avec la nouvelle unité annoncée, l’armée américaine sera ainsi en mesure d’avoir très rapidement une division prête à combattre, selon le Pentagone.

Le déploiement de la brigade blindée ne change toutefois pas les effectifs globaux de l’armée américaine en Europe, qui restent à 62.000 personnes.

L’année dernière, l’armée américaine avait déjà envoyé en Europe l’équipement complet d’une brigade blindée, soit environ 250 chars, véhicules blindés et canons.

Il s’agissait déjà de rassurer les pays est-européens, les Etats baltes en particulier, en stockant sur place du matériel pouvant servir en cas de conflit, et pouvant être utilisé par des troupes américaines venant s’entraîner en Europe.

Dans le nouveau dispositif, le matériel va être récupéré par l’armée américaine et remis à jour, puis restocké en Europe pour pourvoir fournir l’ossature d’une quatrième brigade en cas de conflit.

Washington a annoncé en février sa volonté de quadrupler en 2017 à hauteur de 3,4 milliards de dollars les dépenses destinées à muscler la présence militaire américaine en Europe.

L’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, puis la saisie d’une partie du territoire ukrainien par des rebelles pro-russes a provoqué l’inquiétude dans le camp occidental sur les ambitions de Moscou en Europe orientale.

Certains experts américains ont évoqué par exemple le scénario d’une attaque militaire russe sur les pays baltes, pour faire voler en éclat la cohésion de l’Otan.

Le Pentagone défend l’Otan après les critiques de Trump

Par ailleurs, les deux chefs civil et militaire du Pentagone ont volé mercredi au secours de l’Otan, qualifié « d’obsolète » la semaine dernière par le favori républicain pour l’élection présidentielle américaine, Donald Trump.

« Difficile de voir comment on peut poser la question » de l’utilité de l’Otan, a estimé le général Joe Dunford, le chef d’état-major inter-armées, qui s’exprimait au côté du secrétaire à la Défense Ashton Carter dans une conférence de presse en Floride.

« Est-ce que la sécurité collective dans l’Otan est toujours nécessaire, la réponse est oui », a-t-il indiqué.

« Est-ce que les États-Unis ont toujours un intérêt commun avec les pays européens face aux défis sécuritaires » du Vieux continent, « la réponse est oui », a-t-il ajouté.

« Il y a beaucoup de choses que l’Otan a fait et est en train de faire », a déclaré de son côté le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, citant notamment le rôle joué depuis 2003 par l’Otan en Afghanistan.

L’intervention de M. Carter et du général Dunford est d’autant plus notable que les hauts responsables de l’administration américaine évitent en général soigneusement de rentrer dans le débat politique américain.

Donald Trump a multiplié récemment les déclarations iconoclastes sur la politique étrangère américaine, regrettant notamment que l’Otan « coûte une fortune » à Washington.

Ses deux adversaires républicains ont dénoncé ses propos, son principal rival Ted Cruz estimant que les Etats-Unis ne « devaient pas se retirer d’Europe ni abandonner (ses) alliés »

La favorite démocrate pour l’investiture, Hillary Clinton, a de son côté estimé que l’Otan était « l’un des meilleurs investissements que l’Amérique ait jamais fait ».

Le général Dunford et le secrétaire à la Défense se trouvaient en Floride mercredi pour la passation de pouvoirs au sein de deux des principaux commandements opérationnels de l’armée américaine, le Centcom (qui dirige les forces au Moye-Orient) et le Socom, qui dirige les forces spéciales américaines.

Le Centcom a été pris en main par le général Joe Votel, jusqu’alors chef du Socom. Le Socom est désormais dirigé par le général Raymond Thomas, ancien chef de la branche des forces spéciales chargée des opérations anti-terroristes (JSOC).

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