Négociations sur la Syrie: le régime, sous pression, ne lâche rien

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L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura (à g.), rencontre le Représentant permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, Bachar Ja’afari, à l’ouverture des pourparlers de paix intersyriens à Genève. 29/01/2016. (ONU/Jean-Marc Ferré)
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L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura (à g.), rencontre le Représentant permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, Bachar Ja’afari, à l’ouverture des pourparlers de paix intersyriens à Genève. 29/01/2016. (ONU/Jean-Marc Ferré)
L’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura (à g.), rencontre le Représentant permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, Bachar Ja’afari, à l’ouverture des pourparlers de paix intersyriens à Genève. 29/01/2016. (ONU/Jean-Marc Ferré)

Malgré les pressions, le régime syrien n’a rien lâché lundi à Genève au début de la seconde semaine de discussions indirectes avec l’opposition, refusant catégoriquement d’évoquer le sort du président Bachar al-Assad.

Un départ du chef de l’État est « hors de question », a déclaré à la presse le négociateur en chef du régime, Bachar al-Jaafari, après une rencontre avec l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.

Avec défiance, l’ambassadeur de la Syrie à l’ONU a assuré du « sérieux » et de la « sincérité » de sa délégation et renvoyé la balle à l’opposition, accusée pour la énième fois de compter des « terroristes » en son sein.

« Le gouvernement a son propre concept, très élaboré du terrorisme », a ironisé Staffan de Mistura un peu plus tard. « Nous en avons une définition très simple: sont terroristes les groupes classés comme tels par l’ONU. »




Le diplomate avait déjà reproché vendredi aux négociateurs du régime d’en rester aux déclarations de principe, tout en louant les efforts « substantiels » de l’opposition.

Staffan de Mistura a redemandé lundi au régime de livrer sa vision de « l’organe de transition » qui, selon la feuille de route fixée par l’ONU, doit être conçu à Genève.

Bachar al-Jaafari « m’a répondu que c’était prématuré », a rapporté l’émissaire de l’ONU. « Mon message a été que prématuré signifie imminent: il est essentiel de commencer à se pencher sur leur vision de la transition politique. C’est la mère de toutes les batailles. »

Pour Damas, cet organe ne peut être qu’un gouvernement élargi à quelques ministres d’opposition, mais toujours dirigé par Bachar al-Assad.

L’opposition réclame un organe ayant les pleins pouvoirs dans lequel le président Assad, accusé d’être « le boucher de son peuple » n’aurait aucun rôle.

Des précédentes discussions, déjà à Genève en 2014, ont achoppé sur ce sujet.

Mais depuis, la situation a encore empiré dans le pays, où plus de 270.000 personnes ont été tuées et des millions poussées à l’exil au cours des cinq dernières années.

Staffan de Mistura a donc exhorté le régime à « se montrer réaliste » et à entrer dans le vif des débats avant jeudi soir, quand les négociateurs feront une pause d’une dizaine de jours minimum.

Sur le terrain, les forces loyales au régime ont essuyé un sérieux revers dans leur tentative de reprendre la cité antique de Palmyre (centre) à l’organisation Etat islamique (EI), avec la perte de 26 combattants à quatre kilomètres de la « perle du désert syrien ».

Une trêve, entrée en vigueur le 27 février, a permis la reprise des pourparlers en Suisse après un premier round avorté en début d’année. Mais le cessez-le-feu, parrainé par Washington et Moscou, ne s’applique pas aux groupes jihadistes.

Lundi, des tensions sont apparues entre les deux grandes puissances, l’armée russe accusant l’armée américaine de ne pas vouloir discuter du suivi de la trêve.

Une rencontre à Moscou, prévue cette semaine, entre les chefs des diplomaties américaine John Kerry, russe Sergeï Lavrov et le président Vladimir Poutine, pourrait permettre d’arrondir les angles.

Elle sera également « significative » pour le dialogue à Genève, a expliqué à l’AFP Karim Emile Bitar, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Allié historique du régime de Damas, Moscou a permis à Bachar al-Assad de regagner du terrain, avec une opération militaire lancée fin septembre.

Il y a une semaine, l’annonce-surprise par Vladimir Poutine du retrait partiel des troupes russes a toutefois augmenté la pression sur Damas.

Selon M. Bitar, « la décision russe de retrait n’équivaut pas à un lâchage du régime d’Assad mais elle pourrait inciter ce dernier à se montrer un peu moins sûr de lui et à faire des concessions un peu plus significatives qu’il ne l’aurait souhaité. »

Mais pour l’instant, le régime campe sur ses positions et maintient la tenue d’élections parlementaires le 13 avril, perçues comme un « pied de nez » à la communauté internationale.

Il a même demandé que les négociations en Suisse ne reprennent pas avant le scrutin parce que « cinq des négociateurs sont candidats », selon une source proche de Damas.