Se référant aux Kurdes, Ankara appelle Washington à ne pas fonder sa stratégie sur «un petit groupe terroriste»

Le Vice-Premier Ministre de la Turquie Yalcin Akdogan parle avec le Premier ministre Ahmet Davutoglu au Parlement à Ankara le 10 Décembre, 2014. (Archives/AFP)
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Le Vice-Premier Ministre de la Turquie Yalcin Akdogan parle avec le Premier ministre Ahmet Davutoglu au Parlement à Ankara le 10 Décembre, 2014. (Archives/AFP)
Le Vice-Premier Ministre de la Turquie Yalcin Akdogan parle avec le Premier ministre Ahmet Davutoglu au Parlement à Ankara le 10 Décembre, 2014. (Archives/AFP)

L’influent vice-Premier ministre turc Yalçin Akdogan a critiqué mardi la stratégie des États-Unis en Syrie, les appelant à cesser de « faire confiance à un petit groupe terroriste », en référence à la milice kurde syrienne.

« Je ne crois pas qu’il soit juste pour la grande Amérique de faire confiance et d’espérer l’aide d’une petite organisation terroriste et de fonder sur elle l’ensemble de sa stratégie pour la Syrie », a dénoncé M. Akdogan lors d’un entretien à l’AFP à Ankara.

Le responsable turc évoque ainsi le Parti de l’union démocratique (PYD, principale formation kurde en Syrie) et son bras armé, les Unités de protection du peuple (YPG), qui contrôlent une bonne partie du nord de la Syrie le long de la frontière turque.




Les États-Unis appuient militairement ces deux mouvements, en première ligne des combats contre les jihadistes du groupe Etat islamique. Mais Ankara les considère comme « terroristes » en raison de leur proximité avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit), qui mène depuis 1984 une rébellion meurtrière sur son sol.

« Les YPG et le PYD font partie du PKK. Un changement de nom ne signifie pas un changement de nature. Vous pouvez appeler une pomme une poire, c’est toujours une pomme », a martelé M. Akdogan, appelant Washington à coopérer « avec les bons acteurs ».

Le PYD, qui a récemment profité de l’offensive des forces de Damas, soutenues par les raids de l’aviation russe, pour étendre son influence autour d’Alep (nord), « marche main dans la main avec la Russie et le régime » du président Bachar Al-Assad, a-t-il ajouté.

Depuis l’instauration samedi de la trêve entre les forces du régime et de l’opposition armée non djihadiste, parrainée par Moscou et Washington, les Turcs ont suspendu leurs tirs d’artillerie sur les positions des YPG en Syrie, mais assurent qu’ils répondront à toute agression.

« La Turquie n’est pas concernée par le cessez-le-feu. On nous dit que la trêve ne concerne pas les terroristes. Mais pour nous, le PYD est une organisation terroriste. La Turquie dispose de ses propres règles d’ouverture du feu et se défendra contre toute menace dirigée contre elle », a menacé M. Akdogan.

Pour autant, il a écarté toute idée d’intervention terrestre unilatérale en Syrie. « La Turquie ne se lancera pas dans une opération unilatérale. La Turquie n’est pas un pays qui va partir à l’aventure. Nous ne sommes pas un pays belliqueux », a-t-il assuré.

La Turquie, qui accueille 2,7 millions de réfugiés syriens, plaide de longue date pour l’établissement d’un corridor humanitaire en Syrie, protégé par une zone d’interdiction aérienne. Ses alliés s’y sont jusque-là opposé.

« Il est important qu’une zone de 8 à 10 kilomètres de large entre la frontière turque et (la ville syrienne de) Azaz se transforme en un couloir d’assistance civile, occupé par des réfugiés civils et des demandeurs d’asile qui y bénéficieront d’une protection, comme dans une zone de sécurité », a réaffirmé M. Akdogan.

Près de 150.000 Syriens sont hébergés dans dix camps du côté syrien en face de la frontière turque, a-t-il précisé.

« Si les combats continuent et que les bombardements se poursuivent, on devra faire face à un nouveau risque de sécurité: on pourrait être confronté à un nouvel afflux de réfugiés qui passerait de 150.000 à 700 ou 800.000 personnes. Cette vague de réfugiés ne frapperait pas seulement la Turquie, mais aussi l’Europe », a-t-il mis en garde.

En vertu d’un accord conclu avec l’Union européenne (UE) en novembre, la Turquie s’est engagée à endiguer les départs de migrants vers l’Europe en échange d’une aide financière et des concessions politiques.

À la veille d’un nouveau sommet sur ce thème le 7 mars à Bruxelles, Yalçin Akdogan s’est prononcé contre le retour des réfugiés syriens en Turquie.

« Les Syriens ne sont pas des citoyens turcs. Est-ce que nous allons rassembler tous les Syriens qui sont dans le monde entier et les renvoyer en Turquie ? Si les Européens en ont la possibilité, qu’ils les renvoient en Syrie. Qu’ils rétablissent la paix là-bas pour les renvoyer chez eux », a-t-il dit.