Turquie: Erdogan mobilise contre la terreur après la vague inédite d’attentats

Une victime d'un attentat à la voiture piégée, le 13 mars 2016 à Ankara, est transportée dans un hôpital de la capitale turque. (Erol Ucem/AFP)
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Chronologie des derniers attentats en Turquie. (AFP/Archives / Alain BOMMENEL, Laurence SAUBADU)
Chronologie des derniers attentats en Turquie. (AFP/Archives / Alain BOMMENEL, Laurence SAUBADU)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a décrété lundi la mobilisation générale contre le « terrorisme » après la série inédite d’attentats meurtriers qui a visé le pays, toujours sur le qui-vive alors que la police traque trois djihadistes soupçonnés d’en préparer d’autres.

Deux jours après une nouvelle attaque-suicide qui a visé le cœur touristique d’Istanbul, M. Erdogan en a appelé à la « grandeur de l’Empire ottoman » et à l’esprit des vainqueurs de la bataille de Gallipoli, pendant la Première guerre mondiale, pour contrer « l’une des plus grandes vagues de terrorisme » jamais rencontrées par la Turquie.

« Nous allons frapper ces organisations terroristes de la manière la plus forte », a lancé M. Erdogan lors d’un discours à Istanbul, « nous vaincrons rapidement ».

Samedi matin, un « kamikaze » s’est fait exploser sur l’avenue Istiklal, une artère piétonne et commerçante arpentée chaque jour par des centaines de milliers de visiteurs, tuant quatre touristes, trois Israéliens et un Iranien, et en blessant une trentaine d’autres.

L’attaque n’a pas été revendiquée mais le ministre turc de l’Intérieur Efkan Ala a formellement identifié un Turc de 33 ans, Mehmet Öztürk, comme son auteur, affirmant qu’il avait des « liens » avec le groupe État islamique (EI).

La presse turque a publié lundi matin les portraits et les noms de trois autres djihadistes présumés turcs activement recherchés par toutes les polices du pays car ils auraient, selon des sources policières citées par l’agence Dogan, reçu l’ordre de commettre d’autres attaques suicide, notamment à Istanbul.

Les autorités turques ont annulé dimanche soir, deux heures seulement avant son coup d’envoi, la rencontre qui devait opposer les deux fameux clubs de football stambouliotes, Galatasaray et Fenerbahçe, en raison d’une menace « sérieuse » d’attentat.

Le quotidien Hürriyet a affirmé lundi, sur la foi de sources proches des services de renseignement, que plusieurs personnes avaient prévu de se faire exploser au milieu de la foule des spectateurs dans une opération proche de celle qui a visé le 13 novembre dernier le Stade de France à Paris.

‘Hypocrisie’

La Turquie vit depuis juin dernier en état d’alerte renforcée en raison d’une série inédites d’attaques attribuées aux djihadistes, comme celle qui a tué 12 touristes allemands en janvier à Istanbul, ou liée à la reprise du conflit kurde.

S’il a condamné sans réserve l’attentat de l’avenue Istiklal, M. Erdogan a réservé lundi l’essentiel de ses coups aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et accusé ses alliés européens de complaisance à son endroit.

Une nouvelle fois, il a reproché à la Belgique d’avoir autorisé l’installation d’un stand du PKK à proximité du siège de la Commission européenne à Bruxelles.

« Comment se fait-il que l’UE, qui considère cette organisation comme terroriste peut tolérer une telle situation. Où est la sincérité ? », a-t-il fulminé, « c’est une hypocrisie ».

Un groupe radical et dissident du PKK, les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK) a revendiqué deux attentats suicide à la voiture piégée, les 17 février et 13 mars à Ankara, qui ont fait au total 65 morts et près de 200 blessés.

Dans la foulée de ces attaques, M. Erdogan a relancé sa guerre contre ceux qu’il considère comme des « complices » des « terroristes », ordonnant l’arrestation de nombreux élus, intellectuels ou avocats proches de la cause kurde. Ces mesures ont suscité un tollé chez ses détracteurs, qui l’accusent de dérive autoritaire.

« Nous ne combattons pas la démocratie mais le terrorisme, nous ne combattons pas les droits de l’Homme mais les terroristes », leur a-t-il répondu lundi.

Dans ce contexte tendu, près de 50.000 personnes ont célébré lundi le Nouvel-an kurde (Newroz) à Diyarbakir (sud-est), sous forte protection policière et en nombre bien plus limité que les années précédentes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Si certains participants ont entonné des chants à la gloire des combattants du PKK, de nombreux autres ont confié leur lassitude face au conflit. « Je veux que le sang arrête de couler enfin », a confié l’un d’eux, Mehmet Bilmez.

Les affrontements qui ont repris l’été dernier, après plus de deux ans de cessez-le-feu, entre les forces de sécurité turques et le PKK ont fait de nombreuses victimes.