Un autre jeune Canadien accusé de terrorisme à Montréal

55
Chez les adolescents attirés par l'EI, une majorité de filles. Ici, des femmes djihadistes en Syrie. (Photo d'illustration/Archives/AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Chez les adolescents attirés par l'EI, une majorité de filles. Ici, des femmes djihadistes en Syrie. (Photo d'illustration/Archives/AFP)
Chez les adolescents attirés par l’EI, une majorité de filles. Ici, des femmes djihadistes en Syrie. (Photo d’illustration/Archives/AFP)

Un jeune Canadien a été formellement inculpé vendredi à Montréal pour « avoir tenté de quitter le Canada afin de participer à une activité d’un groupe terroriste », un chef d’inculpation pour lequel il risque une peine maximale de 10 ans de prison.
—–
Mise à jour au 05/05/2016

Ismaël Habib, qui fait face à une accusation d’avoir tenté de quitter le Canada pour participer à une activité terroriste à l’étranger, restera détenu jusqu’à son procès. Le tribunal en a décidé ainsi à l’occasion de son enquête sur remise en liberté, jeudi à Montréal.

La Couronne a fait entendre un seul témoin, un policier de la Gendarmerie royale du Canada faisant partie de l’équipe intégrée en matière de sécurité nationale. Son témoignage est toutefois frappé d’un interdit de publication. La défense a décidé quant à elle de ne pas présenter de preuve.

Me Lyne Décarie, de la Couronne fédérale, a expliqué que lorsqu’une personne est accusée en vertu de l’article 83 du Code criminel, le fardeau de la preuve est renversé. Il appartient alors à l’accusé de démontrer qu’il devrait être remis en liberté. «C’était son fardeau; il ne s’en est pas déchargé», a résumé Me Décarie.

—–

L’Équipe intégrée sur la sécurité nationale (EISN) de Montréal a annoncé le dépôt d’une accusation en vertu de l’article 83.181 du Code criminel du Canada contre Ismaël Habib, un ex-Montréalais âgé de 28 ans, maintenant résident de Gatineau. On lui reproche d’avoir tenté de quitter le Canada pour participer à une activité d’un groupe terroriste.

Au début de la semaine, l’homme avait été arrêté pour une vulgaire affaire de violence familiale et accusé de harcèlement criminel, de menaces de mort, d’emploi d’un document contrefait et de possession d’une pièce d’identité appartenant à un tiers.

Il venait d’emménager avec sa nouvelle conjointe dont il aurait notamment menacé de faire exploser la voiture.

Plusieurs éléments liés au terrorisme avaient alors été soulevés par la Couronne lors de sa première comparution à Gatineau plus tôt cette semaine, tendant à démontrer la dangerosité d’Habib, notamment une photo en Syrie de sa première femme, Romaissa Hammouya, qui s’est radicalisée et qui apparaissait sur la photo revêtue d’un voile intégral, avec une kalachnikov à l’épaule et en compagnie de sa fille de 5 ans, elle aussi revêtue d’un voile intégral.

Ismaël Habib, toujours détenu, a donc été transféré à Montréal où il comparaissait aujourd’hui au Palais de justice pour y être accusé, non seulement d’avoir tenté de quitter le Canada pour se joindre au djihad, mais également d’avoir fait une fausse déclaration en vue d’obtenir un passeport, ce qui constitue une infraction en vertu de l’article 57 (2) du Code criminel du Canada.

Son passeport lui avait été retiré en 2012 après avoir été intercepté en Turquie et expulsé au Canada. Habib, né d’un père afghan et d’une mère québécoise, aurait cherché à rejoindre la Syrie que son épouse et sa fille de 5 ans auraient gagné il y a environ un an.

« Cette affaire est un exemple concret de la détermination de la GRC et de ses partenaires à enquêter sur les personnes qui menacent la sécurité nationale du Canada et à les traduire en justice. Dans ce genre d’enquête, nous ne ménageons aucun effort pour recueillir les preuves nécessaires pour pouvoir porter des accusations criminelles », a déclaré le commissaire adjoint James Malizia, officier responsable des Opérations de la police fédérale de la GRC.

Cette accusation est le fruit d’une étroite collaboration au sein de la Structure de gestion policière contre le terrorisme, composée de la Gendarmerie royale du Canada, de la Sûreté du Québec, du Service de police de la Ville de Montréal et des services de police municipaux du Québec, souligne le communiqué de la police fédérale qui annonce le dépôt de l’accusation.

Cette structure, mise en place en 2003, permet aux agences concernées de travailler de façon très étroite et concertée afin d’assurer la sécurité du public. Dans le cas présent, le Service de police de la Ville de Gatineau a offert son soutien dans l’enquête, précise la Gendarmerie royale. .

Depuis deux ans, plusieurs Canadiens, parfois des mineurs, ont été incarcérés sous le même chef d’inculpation d’avoir tenté de rejoindre les rangs du groupe État islamique (EI).

En mars l’an dernier, un jeune de 17 ans avait été intercepté en Alberta (Ouest). Un mois plus tard, c’est une jeune fille et son compagnon, tous deux âgés de 18 ans, qui avaient été inculpés pour avoir cherché « à quitter le pays pour commettre un acte terroriste à l’étranger », avait indiqué la GRC.

Ces deux jeunes étaient scolarisés dans le même établissement de Montréal que cinq jeunes d’un groupe de sept, issus de la seconde génération de l’immigration, qui avaient réussi à embarquer début 2015 pour Istanbul afin de rallier les combattants de l’EI, avaient témoigné certains parents.

*Avec AFP