Première leçon de «conviction responsable»: feu vert à l’exportation des VBL à l’Arabie saoudite

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Un CMI Defence Cockerill CT-CV 105HP monté sur un VBL fait feu. (CMI Defence)
Un CMI Defence Cockerill CT-CV 105HP monté sur un VBL fait feu. (CMI Defence)

Tout en reconnaissant que l’Arabie saoudite commet des violations des droits de la personne sur son propre territoire, ainsi qu’en ciblant des cibles civiles au Yémen, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion a finalement donné quand même vendredi le feu vert à l’exportation de blindés légers et de leur armement à l’Arabie saoudite.

Le ministre Dion avait indiqué fin mars qu’il évaluait avec ses fonctionnaires si les véhicules blindés qui sont exportés vers l’Arabie saoudite « seront utilisés dans le respect des lois internationales, des droits de la personne et de nos intérêts nationaux » .

Finalement, l’analyse ministérielle, tout en reconnaissant les violations aux droits humains, fait valoir qu' »il n’y a aucune indication que de l’équipement d’origine canadienne, incluant les blindés légers, ait pu être utilisé dans des actions contraires aux lois humanitaires internationales ».

Ce contrat de près de 15 milliards a été conclu sous le gouvernement de Stephen Harper, mais le gouvernement Trudeau, au nom du réalisme politique et brandissant la notion de « conviction responsable », a refusé de revenir sur cette vente, tout en jurant, pourrait-on dire en paraphrasant La Fontaine, qu’on ne l’y reprendrait plus et qu’Ottawa à l’avenir serait plus prudent.

160412 Blindes Arabie Autorisation

La « conviction responsable »

Encore tout récemment, le 29 mars 2016 à la conférence internationale de l’Université d’Ottawa intitulée « Le Canada sur la scène internationale: Nouveaux défis, nouvelles approches », le chef de la diplomatie canadienne défendait la décision de son gouvernement de maintenir le contrat des blindés entre le Canada et l’Arabie saoudite, critiqué par de nombreuses organisations et qui fait même l’objet d’une contestation en Cour fédérale.

Le maintien du contrat des blindés entre le Canada et l’Arabie saoudite découle de la doctrine de la « conviction responsable » que le ministre des Affaires étrangères dit avoir l’intention de suivre, avait alors expliqué le ministre à son auditoire..

Le ministre avait aussi rappelé à cette occasion que l’annulation du contrat d’une valeur de 15 milliards $ pourrait entraîner des « amendes salées » pour le Canada et plaidé qu’il importait peu, pour Riyad, « que l’équipement vienne d’une usine de Lima, en Ohio, ou de Stirling Heights, au Michigan, plutôt que d’une usine de London, en Ontario ».

Pour Ottawa, l’Arabie saoudite, membre de la coalition qui lutte contre le groupe armé ultra-radical État islamique, « est un partenaire clé pour le Canada, et un allié stable et important dans une région frappée par l’instabilité, le terrorisme et les conflits ». En outre, le royaume saoudien est vu comme un gage de sécurité régionale et une protection face à la menace posée par l’Iran autant que par le groupe État islamique

Et c’est ainsi que, concluant à tort ou à raison que rien ne démontre que les exportations militaires canadiennes aient pu contribuer aux violations des droits de l’homme par le royaume saoudien, le Canada va honorer ce contrat, même si on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression qu’on est en train de vendre une arme à un tueur en se disant que rien ne démontre qu’il se servira précisément de cette arme là pour tuer…

Quant à la réaction des opposants à cette transaction, elle est éloquemment résumée dans le tweet de William Owen, retweeté par le professeur Daniel Turp, l’universitaire à l’origine de la contestation en Cour fédérale du contrat de vente des VBL, et qui ironise sur une déclaration passée du premier ministre libéral qui affirmait que ces véhicules n’étaient guère plus que de simples « jeeps ».

Franchement, ce modèle de « jeep » nous était inconnu jusqu’à maintenant…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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