Affrontements meurtriers, le Canada lance à son tour un appel à la retenue dans le Haut-Karabagh

0
Des engagés volontaires arméniens s'apprêtent à rejoindre le Nagorny Karabakh, le 3 avril 2016 à Erevan. (PHOTOLURE/AFP/Hayk Baghdasaryan)
Des engagés volontaires arméniens s’apprêtent à rejoindre le Nagorny Karabakh, le 3 avril 2016 à Erevan. (PHOTOLURE/AFP/Hayk Baghdasaryan)

Le ministre des Affaires étrangères canadien, Stéphane Dion, a lancé à son tour dimanche un appel à la retenue dans le Haut-Karabagh, théâtre vendredi et samedi d’affrontements meurtriers entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie et où les hostilités se poursuivaient dimanche malgré une tentative de trêve.
—–
Mise à jour au 04/04/2016 à 14h13

Le bilan des combats entre les forces arméniennes et les troupes azerbaïdjanaises a grimpé à au moins 13 morts lundi dans la région contestée du Nagorny-Karabakh tandis que le président turc Erdogan, fidèle allié de Bakou, semblait attiser les tensions en assurant que le Nagorny-Karabakh « retournera un jour » à l’Azerbaïdjan.

Jusqu’à maintenant, donc, au moins 40 militaires des deux camps et six civils ont été tués depuis la reprise vendredi soir des hostilités, les plus meurtrières depuis le cessez-le-feu instauré entre Erevan et Bakou en 1994. Plus de 200 militaires et civils ont été blessés.

à 8h42

L’Azerbaïdjan a annoncé lundi la mort de trois de ses soldats dans des combats avec les forces arméniennes qui soutiennent les « séparatistes » dans la région contestée du Nagorny-Karabakh, au troisième jour d’affrontements qui se poursuivent malgré les appels au calme de la communauté internationale.

Les troupes de l’Azerbaïdjan « ont intensifié lundi matin leurs bombardements sur les positions de l’armée du Karabakh, utilisant des mortiers de 152 mm, des lance-roquettes et des chars », ont pour leur part indiqué les autorités de la région séparatiste, soutenue par Erevan.

Un porte-parole des autorités de la région séparatiste soutenue par Erevan, Artak Beglarian, a pour sa part déclaré à l’AFP que les combats avaient fait trois morts de plus parmi les civils, « dont une femme de 92 ans, brutalement tués par les troupes azerbaïdjanaises » dans le village de Talich.

Dans un hôpital de Stepanakert, la « capitale » du Karabakh, deux enfants blessés samedi étaient toujours soignés, ont pu constater des journalistes de l’AFP.

—–

« Le Canada est préoccupé par la récente escalade de la violence entre les forces arméniennes et azerbaïdjanaises dans le Haut-Karabagh. Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue, à retourner immédiatement à un véritable cessez-le-feu, et à reprendre activement le dialogue dans le cadre du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Le Canada croit fermement qu’il n’y a pas de solution autre qu’un règlement pacifique et négocié de ce conflit. », a déclaré le chef de la diplomatie canadienne.

La Russie et les Occidentaux avaient appelé samedi les deux pays à un retour au calme: Vladimir Poutine a réclamé un « cessez-le-feu immédiat » tandis que le secrétaire d’État américain John Kerry a exigé que les deux parties reviennent à la table des négociations.

160404-infographie-Violence-au-Nagorny-KarabakhDimanche, l’Azerbaïdjan et l’Arménie se sont mutuellement accusés dimanche de continuer les tirs malgré la trêve unilatérale annoncée par l’Azerbaïdjan dans la région séparatiste du Nagorny-Karabakh,

Bakou « a décidé de cesser unilatéralement les hostilités », a annoncé dimanche matin le ministère azerbaïdjanais de la Défense. Mais son porte-parole Vagif Dargahly a ensuite déclaré à l’AFP que « les Arméniens ont continué de bombarder (dimanche) sans interruption » des positions azerbaïdjanaises.

« Les combats avec des tanks et l’artillerie continuent, puisque l’Azerbaïdjan ment en disant qu’il a cessé les hostilités », a répliqué auprès de l’AFP son homologue, Artsrun Hovhannisian, qualifiant le cessez-le-feu de « piège ». Selon lui, « l’Azerbaïdjan continue de bombarder à la fois l’armée du Karabakh et les villages arméniens ».

Soutenues par l’Arménie, les autorités du Nagorny-Karabakh ont déclaré être « prêt à discuter d’une proposition de trêve » à condition de récupérer les positions et territoires perdus au cours des affrontements déclenchés vendredi et samedi.

Mais l’Azerbaïdjan a déclaré vouloir « renforcer » ces positions stratégiques, « libérées » vendredi et samedi dans la région séparatiste, que la communauté internationale reconnaît comme lui appartenant.

Dix-huit soldats des forces arméniennes et 12 soldats azerbaïdjanais ont été tués vendredi et samedi.

Au moins 35 soldats des forces arméniennes ont également été blessés, a précisé samedi soir lors d’une allocution télévisée le président arménien Serge Sarkissian, originaire du Nagorny-Karabakh.

Deux civils ont aussi été tués et dix autres blessés par les tirs d’artillerie, selon un communiqué du ministère azerbaïdjanais des Affaires intérieures. Les autorités séparatistes faisaient état d’un civil tué.

Un conflit, dont les sources remontent à plusieurs siècles

Ce conflit, dont les sources remontent à plusieurs siècles mais qui s’est cristallisé à l’époque soviétique lorsque Moscou a attribué ce territoire majoritairement arménien à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, intervient dans une région du Caucase stratégique pour le transport des hydrocarbures, près de l’Iran, de la Turquie et aux portes du Proche-Orient.

Après une guerre dans les années 90 ayant fait 30.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés, principalement azerbaïdjanais, le Nagorny-Karabakh est passée sous le contrôle de forces séparatistes proches d’Erevan. La région est désormais peuplée majoritairement d’Arméniens.

Aucun traité de paix n’a été signé et après une période de calme relatif, la région a connu ces derniers mois une nette escalade des tensions. Erevan a estimé fin décembre qu’on était revenu à la « guerre ».

L’escalade militaire aujourd’hui intervient par ailleurs au moment où la Russie, qui entretient de bonnes relations avec l’Arménie, et la Turquie, alliée traditionnel de l’Azerbaïdjan, traversent une grave crise diplomatique sur fond de guerre en Syrie.

La Russie tente de maintenir un équilibre incertain dans ses relations avec les deux ex-républiques soviétiques, auxquelles elle vend des armes. Elle reste néanmoins l’alliée historique de l’Arménie, où elle possède deux bases militaires récemment renforcées.

La Turquie, engagée dans un bras de fer avec Moscou depuis la destruction d’un bombardier russe en novembre, a pour sa part annoncé qu’elle soutiendrait l’Azerbaïdjan « jusqu’au bout » et « priait pour que (ses) frères Azerbaïdjanais triomphent ».

Au moins 33 militaires des deux camps et trois civils ont été tués depuis la reprise vendredi soir des hostilités, les plus meurtrières depuis le cessez-le-feu instauré entre Erevan et Bakou en 1994. Plus de 200 militaires et civils ont été blessés.

*Avec AFP

Les commentaires sont fermés.