Alep que le régime veut reconquérir à tout prix «aux portes d’un désastre humanitaire» révoltant

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L’évacuation des blessés et des survivants des frappes aériennes du 27 avril 2016 contre l’hôpital al Quds et un immeuble résidentiel voisin dans le quartier d’al Sukkari, à l’est d’Alep, qui ont fait au moins 50 victimes, dont plusieurs toujours pris au piège sous les décombres, selon le Aleppo Media Center, qui précise qu’il y aurait parmi ces victimes 13 femmes et 15 enfants.(Vidéo AMC/ATTENTION IMAGES DIFFICILES)

Le régime syrien se prépare à lancer l’offensive pour reconquérir la province septentrionale d’Alep, où l’intensification des bombardements et des combats a provoqué la mort d’environ 200 personnes en une semaine.
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Mise à jour au 29/04/2016 à 18h16

La ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a joint sa voix à celles des autres dirigeants occidentaux et condamné vendredi les attaques contre des installations médicales en Syrie: « Les Canadiens sont outrés par le ciblage délibéré de bénévoles, de travailleurs humanitaires et de membres du personnel médical venant en aide au peuple syrien. Cela viole le droit humanitaire international.Cibler des hôpitaux et des cliniques médicales est inacceptable. ».

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«Il est temps de lancer la bataille pour la libération complète d’Alep», a annoncé jeudi à Damas al-Watan, un quotidien bien informé et proche du pouvoir.

«Ce n’est pas un secret que l’armée syrienne et ses alliés ont préparé cette bataille décisive pour purifier Alep des terroristes. Elle commencera dans peu de temps et se terminera rapidement», assure le journal dans son éditorial.

L’objectif du régime du président Bachar al-Assad est de reprendre la partie d’Alep aux mains des rebelles qui lui échappe depuis quatre ans. La deuxième ville du pays et son principal carrefour commercial est en effet divisée depuis juillet 2012 entre les quartiers gouvernementaux à l’ouest et ceux contrôlés par les rebelles à l’est.

La situation à Alep préoccupe fortement l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a appelé la Russie et les États-Unis, parrains d’une trêve entrée en vigueur le 27 février, mais bien mal en point aujourd’hui, à prendre une «initiative urgente».

«Révoltant»

Les raids aériens meurtriers menés par le régime sur les quartiers rebelles et les bombardements des insurgés sur les quartiers gouvernementaux ont fait quelque 200 tués et des centaines de blessés en une semaine, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Jeudi, au moins 49 civils ont été tués. Trente-et-un d’entre eux, dont trois enfants, ont trouvé la mort dans les raids du régime contre les quartiers rebelles, dont celui très populaire de Boustane al-Qasr. Dix-huit personnes, dont deux enfants, ont été tuées et 40 autres blessées dans des bombardements rebelles contre cinq quartiers gouvernementaux, a précisé l’OSDH.

Dans le quartier de Boustane al-Qasr, un correspondant de l’AFP a constaté que tous les immeubles visibles avaient été touchés, leurs vitres ayant explosé. «Aujourd’hui, c’est tout le quartier qui a été dévasté par les avions», a témoigné un habitant.

Pour le Comité international de la Croix-Rouge, Alep est désormais «aux portes d’un désastre humanitaire». «Où que vous alliez, vous entendez les explosions de mortiers, les bombardements et le vol des avions», selon Valter Gros, le représentant du CICR dans la ville. «Les habitants vivent sur le fil du rasoir. Tous craignent pour leur vie et personne ne sait ce qui va advenir».

Mercredi, les raids avaient déjà causé la mort de 30 personnes, dont le dernier pédiatre exerçant dans le secteur rebelle d’Alep, selon la défense civile.

Ces frappes du régime ont notamment visé l’hôpital Al-Quds, où de nombreux civils, mais aussi des médecins et des infirmiers, ont été tués, selon les secouristes connus sous le nom de Casques blancs.

«Nous ne pouvons pas identifier (tous les corps). Certains sont carbonisés, d’autres n’ont plus de tête ou ont le visage totalement défiguré», a indiqué à l’AFP l’un d’eux.


Les premier moments après la frappe meurtrière du 27 avril 2016 sur l’hôpital Al-Quods. (Vidéo: White Helmets/ATTENTION IMAGES DIFFICILES)

Médecins sans frontières (MSF), qui soutenait l’hôpital, a aussi condamné cet acte «révoltant ayant encore visé un centre de santé en Syrie». Cet établissement était «le principal centre pédiatrique de la région» et «employait huit médecins et 28 infirmières», a précisé l’ONG, en rappelant que le droit international interdit de prendre les hôpitaux pour cible.

L’attaque est « inexcusable » dit Ban Ki-moon

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a condamné jeudi le bombardement la veille de l’hôpital Al-Quds à Alep (Syrie) qui a fait au moins 20 morts, jugeant « inexcusables » de telles attaques contre les civils.

« Il faut que justice soit faite pour ces crimes », a-t-il ajouté dans un communiqué.

« Les attaques qui ciblent les civils sont des violations inacceptables des lois humanitaires », a-t-il affirmé.

Il se référait au bombardement de l’hôpital ainsi qu’à « de récents bombardements aveugles par les forces gouvernementales et les groupes d’opposition, et des tactiques terroristes employées par des extrémistes ».

Il a appelé les belligérants en Syrie à « s’engager de nouveau immédiatement à cesser les hostilités ».

M. Ban a aussi demandé au Groupe de soutien international sur la Syrie et en particulier à ses deux co-présidents, la Russie et les États-Unis, « d’exercer des pressions sur toutes les parties concernées afin de mettre fin aux combats et de garantir que des enquêtes crédibles soient menées sur des incidents tels que l’attaque de l’hôpital Al-Quds ».


Les hôpitaux ne devraient jamais être ciblés. Un rappel des règles de la guerre par le Comité international de la Croix-Rouge en ce qui a trait aux malades et aux blessés de 2 min 40 à 3 mim 24 sur cette vidéo du Comité international de la Croix-Rouge. (CICR)

Washington appelle Moscou à freiner Assad après le bombardement de l’hôpital

Les États-Unis, « scandalisés » après le bombardement par le régime syrien d’un hôpital à Alep mercredi, ont appelé jeudi la Russie à contenir le régime de son allié Bachar al-Assad.

Selon le secrétaire d’État américain John Kerry, cette tactique du régime syrien de viser délibérément des hôpitaux et personnels médicaux dans les zones tenues par les rebelles a déjà fait des centaines de morts.

Il a appelé Moscou à faire pression sur son allié Damas pour le pousser à respecter le cessez-le-feu entre le régime et les forces rebelles, mis en place par une résolution du Conseil de sécurité.

« Nous sommes scandalisés par les raids aériens sur l’hôpital Al-Quds à Alep, soutenu à la fois par Reporters sans frontières et le Comité international de la Croix-Rouge, qui ont tué des dizaines de personnes, dont des enfants, des patients et du personnel médical », a indiqué M. Kerry dans un communiqué.

« Nous essayons toujours d’en savoir plus sur ces bombardements mais il semble que ces raids visaient délibérément un bâtiment médical connu, et s’ajoute au bilan édifiant du régime Assad qui s’en est déjà pris à de telles installations et à des secouristes », a-t-il ajouté, précisant que ces frappes avaient tué « des centaines de Syriens innocents ».

« La Russie a une responsabilité urgente pour faire pression sur le régime pour qu’il applique la résolution 2254 du Conseil de sécurité, notamment pour qu’il arrête de s’en prendre aux civils, aux bâtiments médicaux et aux secouristes, et qu’il respecte pleinement le cessez-le-feu », a-t-il encore demandé.

États-Unis et Russie coprésident le Groupe international de soutien à la Syrie, qui compte 17 pays et cherche à mettre fin à un conflit faisant rage depuis cinq ans en Syrie.

Un cessez-le-feu mis en place depuis deux mois est de plus en plus précaire et le régime Assad semble préparer un assaut sur Alep après une série de bombardements, dont certains, selon des responsables américains, ont été appuyés par des avions russes.

Les raids aériens meurtriers menés par le régime sur les quartiers rebelles et les bombardements des insurgés sur les quartiers gouvernementaux ont fait 200 morts et des centaines de blessés en une semaine, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

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