Canada: une contribution de 100 millions $ pour les collectivités touchées par la crise syrienne

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La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a annoncé aujourd’hui une contribution financière de 100 millions de dollars pour aider les collectivités les plus vulnérables touchées par la crise syrienne.

« Les Canadiens se sont montrés très généreux en donnant 31,8 millions de dollars à des organismes de bienfaisance en réponse au conflit syrien, et le gouvernement du Canada versera une contribution équivalente au Fonds de secours d’urgence pour la Syrie » a déclaré la ministre.

Mme Bibeau a également annoncé que le gouvernement octroiera, outre le fonds de contrepartie, une aide humanitaire supplémentaire de 68,2 millions de dollars pour répondre aux besoins des personnes touchées dans l’ensemble de la région par le conflit en Syrie.

L’ensemble de la contribution en contrepartie du gouvernement sera versée au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Cette contribution améliorera l’accès à l’éducation, permettra de fournir des services de protection de l’enfance en Syrie et en Jordanie, et aidera à la vaccination des enfants en Syrie, de façon à répondre à des besoins cruciaux et à accroître la résilience des collectivités touchées par le conflit.

Le reste de la contribution de 100 millions de dollars annoncée aujourd’hui sera alloué à des partenaires canadiens et internationaux de confiance, qui mettent en œuvre un programme d’assistance multiforme en Iraq et qui apportent une aide vitale aux familles touchées par le conflit en Syrie, en Iraq, en Jordanie et au Liban, en leur procurant entre autres des abris, de la nourriture, des soins de santé et de l’eau potable, explique le communiqué du Ministère canadien des Affaires mondiales qui annonce cette aide financière canadienne.

« Une fois de plus, les Canadiens font preuve d’une générosité et d’une compassion remarquables en aidant des millions de personnes en Syrie et dans la région. Nous ne pouvons perdre le potentiel de toute une génération de jeunes syriens parce que la guerre, la pauvreté et le manque d’opportunités les auront privés de leur droit à l’éducation. En collaborant avec des partenaires de confiance, nous contribuons réellement à améliorer le sort des collectivités dans le besoin, en leur fournissant un meilleur accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’aide alimentaire et à d’autres services de base. », a déclaré la ministre.

Le gouvernement du Canada est l’un des principaux donateurs en ce qui concerne la réponse aux crises syrienne et irakienne. En février, le gouvernement a annoncé son engagement à verser 1,1 milliard de dollars sur une période de trois ans pour des interventions d’aide humanitaire et d’aide au développement à la suite de la crise syrienne. Cette somme s’ajoute aux contributions précédentes versées depuis le début de la crise humanitaire syrienne.

Depuis que le gouvernement a annoncé, le 7 janvier 2016, qu’il prolongeait la période durant laquelle les dons individuels seraient pris en compte au titre du Fonds de secours d’urgence pour la Syrie, les Canadiens ont plus que doublé leurs dons à des organismes de bienfaisance canadiens enregistrés, ce qui s’est traduit par un apport additionnel de près de 20 millions de dollars, pour un total de 31,8 millions de dollars.
Le 8 février 2016, le Canada a annoncé sa nouvelle stratégie pour faire face aux crises en cours en Iraq et en Syrie ainsi qu’à leurs répercussions sur la région environnante.

Et après les Syriens ?

L’aide internationale du gouvernement canadien a légèrement augmenté en 2015, selon les plus récentes données de l’OCDE, mais on est loin des cibles souhaitées par les Nations unies et des organismes parlent de chiffres «surestimés», notent toutefois les observateurs.

Selon ce recensement annuel, les dépenses du Canada pour l’aide internationale en 2015 ont atteint 0,28 % du Revenu national brut (RNB), la méthode de calcul utilisée par le Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rappelait pour sa aujourd’hui Mike Blanchfield de La Presse Canadienne. L’année précédente, ces dépenses atteignaient 0,24 % du RNB, l’un des taux les plus bas depuis plus d’une décennie au Canada.

Le Canada depuis longtemps s’est habitué à des niveaux d’aide international relativement bas, tout en se targuant d’être généreux, chaque demi-sous d’aide ayant été dans le passé récent annoncé avec fanfare.

Pour l’instant, c’est bien en raison du dossier des migrants syriens qu’on peut parler en 2015 d’une hausse modeste de la contribution canadienne les pays pouvant inclure dans leurs dépenses d’aide internationale certaines sommes consacrées à l’accueil des réfugiés jusqu’à un an après leur arrivée.

Et encore, après une décennie d’annonce avec fanfare et trompettes du moindre sous d’aide internationale, les Canadiens se sont mis à croire qu’ils étaient les personnes les plus généreuses du monde. Pourtant, même devant le drame syrien, les citoyens Canadiens n’auront donc versé que 32 millions en aide humanitaire aux victimes du conflit en Syrie dans le cadre d’un fonds d’urgence créé par l’ancien gouvernement conservateur, l’automne dernier, un montant bien moins élevé que la somme maximale de 100 millions que le fédéral avait promis d’égaler.

Et qu’en sera-t-il de l’aide internationale canadienne après le choc des malheurs du peuple syrien quand les images des souffrances seront moins pénibles à voir ?

Le gouvernement conservateur avait gelé l’aide internationale canadienne en 2010. Le nouveau gouvernement libéral a annoncé la fin de ce gel dans son premier budget, le 22 mars – avec un engagement de 256 millions pour deux ans.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé au Canada et à tous les pays de l’OCDE d’élaborer une stratégie afin d’atteindre rapidement cette cible de 0,7 % du revenu national brut (RNB), mais la ministre du Développement a cependant indiqué que cette cible est pour l’instant trop ambitieuse pour le Canada.

Il sera peut-être bien difficile politiquement pour le gouvernement Trudeau d’amener le pays à des niveaux compatibles avec les cibles fixés par l’ONU, à moins, au contraire, que ce que le pays fait aujourd’hui pour les Syriens nous aide tous à renouer avec la tradition canadienne de l’aide internationale et que la tendance à la baisse des taux d’aide par rapport au RNB soit renversée durablement sans qu’il soit nécessaire d’avoir des centaines de milliers de morts pour éveiller les consciences.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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