15h52 (HNE) Chérif Chekatt, l’auteur de l’attentat de mardi contre le marché de Noël à Strasbourg, a été tué par la police jeudi soir dans le quartier Neudorf, a-t-on appris de source proche du dossier.

16h57 (HNE) Le groupe armé État islamique revendique l’attentat de Strasbourg via l’agence Amaq et qualifie son auteur, Cherif Chekatt, de “soldat de l’Etat Islamique”

Connaissez votre ennemi: colloque sur l’islamisme radical au CMR Saint-Jean

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« Connaissez votre ennemi! » L’heure était au réalisme vendredi 15 avril au Collège militaire Saint-Jean où se tenait devant plusieurs invités et militaires rassemblés le colloque « L’islamisme radical au Canada », le premier d’un nouveau cycle que veut lancer son organisateur, le politologue et professeur au CMR Ian Parenteau.

Plusieurs intervenants ont participé à ce premier colloque: la femme politique québécoise d’origine marocaine Fatima Houda-Pépin, le commissaire de police belge Benoît Blanpain, le sergent de la GRC Hakim Bellal, l’ex chef de police de Montréal, un temps député caquiste, Jacques Duchesneau, le chercheur associé de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme Benjamin Ducol, l’ex-policier anti-terroriste français qu’on a pu lire sur 45eNord.ca, Stéphane Berthomet, le collaborateur régulier de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme Guillaume Corneau-Tremblay, Lily Grammacia, du département des Sciences de l’information et de la communication-communication publique de l’Université Bordeaux-Montaigne, le brigadier-général (aumônier-général) Guy Chapdelaine, le professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, Mohamed Ourya, et le criminologue Maxime Bérubé.

Devant un auditoire de civils, de policiers et de militaires, les intervenants ont eu des propos éclairants sur une phénomène que les citoyens de ce pays, pas plus que les membres des forces de sécurité, ne peuvent plus se permettre de méconnaître. 45enord.ca a choisi deux interventions-clés, celle de Fatima Houda-Pépin et celle de Guillaume Corneau-Tremblay.

Ignorance et « rectitude politique » vont la main dans la main

Première intervenante à prendre la parole, l’ex-député et Vice-présidente de l’Assemblée Nationale, Fatima-Houda Pépin, elle même issue d’une famille musulmane croyante et pratiquante, a déploré vivement que les hommes et femmes politiques du Québec refusent par « rectitude politique » de nommer le mal, le salafisme violent, de peur de se faire accuser de xénophobie.

À l’autre bout du spectre par contre, n’en déplaisent à ceux et celles qui cherchent des super-héros, Guillaume Corneau-Tremblay, collaborateur régulier de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme, n’a pas hésité à remettre en cause la présence des volontaires canadiens dans les groupes kurdes en Syrie et en Irak, qui a plus souvent une valeur symbolique qu’une utilité réelle et peut être la source de bien des dérapages, comme ce soldat étranger qui avait mis en vente le matériel d’un hôpital saisi en territoire repris aux djihadistes, alimentant plutôt la sympathie de la population locale pour Daech…

La femme politique, devenue depuis qu’elle a quitté l’Assemblée Nationale du Québec consultante et conférencière et qui a grandi au pied du sanctuaire de Moulay Idriss, ville sainte qui abrite le sanctuaire du fondateur de la dynastie des idrissides, Idriss 1er et accueille chaque année un grand pèlerinage, a rappelé qu’elle a connu dans sa jeunesse un islam festif et joyeux, un islam de lumière et de paix.

Celle qui porte fièrement le prénom de la fille du prophète a expliqué que c’est en arrivant au Canada qu’a eu lieu pour elle le choc de la rencontre avec l’islamisme radical, les prêches violents, le mépris des « mécréants » et des femmes, rendus possibles par le « déficit » de connaissance sur l’islam véritable, ce qui a permis au salafisme violent d’instrumentaliser encore plus facilement qu’ailleurs la religion au profit de sa philosophie violente.

L’ignorance des uns et la peur des autres se sont avérées les meilleurs alliées des salafistes violents présents qui auraient trouvé ici selon Mme Houda-Pépin, un terreau encore plus fertile pour leurs idées que dans bien des pays musulmans.

Le salafisme est un mouvement politico-religieux revendiquant un retour à l’islam des origines, qui serait donc fondé exclusivement sur le Coran et la Sunna, selon la compréhension de Mahomet et de ses compagnons. Le salafisme est donc une doctrine particulière de l’islam, un mode de transmission de la parole du Prophète et un code moral basé sur une approche rigoriste de l’islam.

Plusieurs branches du salafisme se confrontent sur la manière de mettre en place cette doctrine, de la voie pacifique et pédagogue du « salafisme prédicatif » au mouvement djihadiste qui prône l’utilisation de la violence pour imposer l’islam des origines tel qu’ils l’entendent.

  • Le «salafisme prédicatif» , aussi appelé «salafisme quiétiste», «salafiste littéraliste» ou «salafisme cheikhiste»: prône l’éducation et la purification de la oumma par la pédagogie et l’enseignement religieux. Non violent et évitant la politique, il est proche des imams saoudiens et du wahhabisme.
  • Le «salafisme réformiste», organisé en mouvements politiques.
  • Le «salafisme djihadiste» ou «salafisme révolutionnaire»: plus violent et né lors de la guerre d’Afghanistan dans les années 1980, prône, lui, une action armée pour imposer l’Islam purifié des origines.

Source: Wikipédia

Pour l’ex député de Lapinière, la vente par le Canada de véhicules blindés à l’Arabie saoudite en dépit des violations des droits de la personne au royaume saoudien et la Légion d’honneur décernée François Hollande le 4 mars au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Nayef, également ministre de l’intérieur, qu’il recevait alors à l’Elysée, sont particulièrement insupportables en raison des liens évidents entre le salafisme et le wahabbisme saoudien, un courant traditionnel qui se distingue par une lecture littérale de l’islam et par son aspect rigoriste et puritain.

Pour Fatima Houda-Pépin, qui prône un « Plan Marshall » pour aider à la reconstruction du monde arabe, tous ces compromis et, surtout, l’injustice dont les musulmans du monde entier sont les premières victimes, ont pavé la voie à Daech.

Radicalisme n’est pas terrorisme

Pour le sergent Hakim Bellal de la GRC aussi, il est impossible de lutter efficacement contre le terrorisme si on ne sait pas ou ne veut pas faire les distinctions nécessaires à un bon travail policier.

La pensée radicale en soi n’est pas criminelle et, parfois, peut même faire être à l’origine de progrès lorsque, parfois, des solutions fortes s’avèrent nécessaires. Quant à l’extrémisme, s’il accepte la violence, tant qu’il ne la prône ni ne la commet, il n’y a pas là d’activité criminelle.

Pour le sergent Bellal, ce qu’il faut prévenir, ce sont les actes terroristes, les comportements violents résultant d’une idéologie et destinés à la faire triompher en terrorisant l’adversaire.

Tout ce qui brouille notre vision, l’ignorance, la peur, la confusion, les amalgames, la xénophobie et l’islamophobie sont des alliés des groupes terroristes.

La xénophobie est particulièrement dévastatrice, d’expliquer le policier, qui insiste pour bien faire comprendre qu’outre alimenter la haine, elle facilite le travail des recruteurs de groupes comme Daech.

Gare au syndrome du super-héros

À la pusillanimité des bien-pensants politiquement corrects qui refusent de même nommer le problème et à la méconnaissance de la complexité des questions et l’ignorance des bien des Canadiens sur ce qu’est véritablement l’islam s’est ajouté récemment le goût des solutions héroïco-épiques, plus populaires sans doute que la « patience stratégique » prônée par ceux qui tentent sérieusement d’écarter la menace de l’islamisme violent.

C’est ainsi que Guillaume Corneau-Tremblay, collaborateur régulier de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme, n’a pas hésité à remettre en cause la présence des volontaires canadiens dans les groupes kurdes en Syrie et en Irak.

Les motivations de ces super-héros des temps modernes peuvent être l’outrage moral, le désir de défendre l’humanité ou, plus modestement, la minorité kurde, ou encore la volonté de combattre l’islamo-fascisme, mais elles peuvent être aussi beaucoup plus simples et humaines.

L’impatience face à l’action des gouvernements, la recherche de gloire, le désir chez les ex-militaires de retrouver le combat et la camaraderie et aussi, parfois, voire même souvent, la difficulté d’intégrer la vie civile après des années en uniforme. « Where can I get in most trouble », disait un candidat qui voulait retourner combattre à Guillaume Corneau-Tremblay.

Le problème est que la contribution de nos « héros » a bien souvent une valeur plus symbolique que réelle. S’il ne s’agit que de combattre, les Kurdes avouent n’avoir pas véritablement besoin d’eux, à moins qu’ils apportent une expertise  pointue.

Mais le plus grave problème est de combattre en dehors d’un véritable encadrement qui pourraient éviter les dérapages à des volontaires qui risquent des blessures et la mort au service de groupes qui souvent se livrent, comme leurs ennemis, à des exactions et alimentent le discours des sympathisants du djihad armé.

Ce n’est pas pour rien que les Américains font tout pour éviter d’être gênés par ces « électrons libres ».

Un an et demi après le 20 octobre

Il n’est pas anodin que ce colloque ait eu lieu au Collège militaire royal Saint-Jean dont la mission est « d’éduquer des membres dûment sélectionnés des Forces armées canadiennes afin de leur inculquer les compétences nécessaires au maintien de l’excellence dans la profession des armes ». Une institution dont la devise est «Vérité – Devoir – Vaillance», s’inspirant des idéaux que représentent l’intégrité, l’autodiscipline et le courage.

Pas anodin non plus que le colloque se soit tenu dans la même ville où, le 22 octobre 2014, dans le stationnement d’un centre commercial fréquenté par les militaires de l’endroit, Patrice Vincent, un adjudant de 53 ans, a été happé mortellement par une voiture conduite par un jeune Canadien «radicalisé», Martin «Ahmad» Rouleau, abattu pas la suite par la police locale après une poursuite d’environ 5 km.

C’est là, dans cette ville où le Canada a appris qu’il n’était pas à l’abri de la folie des aspirants-djihadistes, mais aussi la ville où de jeunes Canadiens sont formés pour protéger avec courage et sang froid ce pays et ses valeurs, qu’a eu lieu ce colloque où les deux alliés des terroristes ont enfin été nommés: l’ignorance et la peur.

On aurait aussi pu dédier ce colloque à tous ceux qui répondent à la menace terroriste par l’islamophobie primaire et à ceux qui prônent des solutions simplistes, se faisant ainsi les alliés des djihadistes violents. « Apprenez plutôt à connaître votre ennemi, parce que, lui, il vous connait. »

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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