Eau contaminée à Shannon: la santé publique refuse d’établir un lien de causalité avec les cancers

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Contamination au TCE de la nappe phréatique à Shannon (Photo: Regroupement des Citoyens de Shannon)
Contamination au TCE de la nappe phréatique à Shannon (Photo: Regroupement des Citoyens de Shannon)

Nouveau revers dans le long combat pour faire reconnaître une lien de causalité entre les cancers dus à la contamination de la nappe phréatique à Shannon à la fin des années 80 et les le nombre anormalement élevé de cancers dans la population de cette localité située près de la base militaire Valcartier près de Québec: la nouvelle étude tant attendue de la santé publique conclut qu’elle ne peut établir un tel lien.

L’étude conclut qu’il n’y a pas eu d’excès de cas du cancer du cerveau La nouvelle étude qui devait relancer le débat sur les cancers dus à la contamination de la nappe phréatique à Shannon à la fin des années 80 conclut plutôt qu’il n’y a pas eu d’excès de cas du cancer du cerveau et qu’aucun lien ne peut être établi entre le trichloréthylène (TCE) et un excès de cas de cancer du foie dans cette municipalité.

Le directeur de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, le Dr François Desbiens a rendu public hier l’Étude de l’incidence des cas de cancer du cerveau, du rein, du foie et de lymphome non hodgkinien chez les personnes ayant habité la municipalité de Shannon entre 1987 et 2001. Il a donc mis fin à son enquête d’agrégat de cancer du cerveau.

La contamination des eaux souterraines d’une partie de la municipalité par le TCE avait été causée par un dégraisseur industriel utilisé sur la base militaire de Valcartier et dans une usine voisine de fabrication de munitions.

La Santé publique avait déjà déclaré dans le passé qu’il n’y avait pas un tel lien entre l’empoisonnement de l’eau et les cas de cancers et la Défense nationale avait cité les études réalisées par la Santé publique à l’appui de sa thèse que la contamination de l’eau ne pouvait expliquer les cas de cancers à Shannon.

Mais le Regroupement des citoyens de Shannon et leur avocat, Me Charles Veilleux, ont mené jusqu’à aujourd’hui un combat long, épuisant et coûteux pour faire reconnaître le lien de causalité entre les cancers et la contamination de l’eau.

Enfin, en 2013, au grand étonnement de tous, la Santé publique avait fait volte-face dans le dossier de l’eau contaminée à Shannon et mis sur pied un comité d’experts internationaux pour réexaminer les cas de cancer dans cette municipalité.

L’étude de l’incidence des cas de cancer avait pour objectif de déterminer s’il existe ou non un excès de cas de cancer du cerveau dans la municipalité de Shannon. Cette étude découlait d’un signalement par les représentants du Regroupement des citoyens de Shannon d’un nombre apparemment élevé de cas de cancer du cerveau. Jugeant le signalement recevable, le directeur de santé publique avait donc décidé de réaliser une enquête d’agrégat. De plus, la santé publique, il en a profité pour poursuivre la surveillance des cas de cancer potentiellement associés au TCE (foie, rein et lymphome non hodgkinien).

Menée chez les personnes ayant habité la municipalité de Shannon entre 1987 et 2001 (17 397 personnes), l’étude n’a pas permis de mettre en évidence un excès de cas de cancer du cerveau. «Comparé au taux québécois, le nombre de cas de cancer du cerveau observé n’est pas plus important que celui attendu. Les cas de cancer du foie et des voies biliaires sont toutefois plus élevés» a finalement indiqué le Dr Desbiens.

Le dossier des cas de cancer à Shannon en lien avec l’exposition au trichloréthylène (TCE) est clos pour le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale.

Le directeur de santé publique met fin à son enquête d’agrégat, et n’entend pas aller plus loin pour tenter de déterminer s’il peut exister un lien entre l’excès de cas de cancer du foie et des voies biliaires observé à Shannon. « Il n’est pas justifié de faire une telle étude parce qu’elle ne serait pas scientifiquement valable », de conclure le Dr Desbiens.

Quant à l’excès des cas de cancer du foie et des voies biliaires de la santé publique, « il est impossible de conclure à un problème particulier en lien avec le TCE, notamment parce que la très grande majorité des cas recensés n’habitaient pas au-dessus de la portion contaminée de la nappe d’eau souterraine », indique la santé publique..

Pour identifier la cause de cet excès, il faudrait mener une étude qui tienne compte de l’ensemble des facteurs de risque connus de cancer pour chacun des individus, soit l’exposition environnementale et professionnelle ainsi que les habitudes de vie et les infections hépatiques chroniques, explique le communiqué.

Mais, « Considérant l’absence des données d’exposition passée, notamment au TCE, ainsi que la faible validité des informations pouvant être obtenues sur les autres facteurs de risque (exemple: tabagisme, consommation d’alcool et autres habitudes de vie), les résultats ne seraient pas scientifiquement valides ».

La santé publique conclut donc dans le cas de cancers également qu’il n’est pas justifié de réaliser une telle étude.

Il reste toutefois encore un espoir.

Cette décision ne pas poursuivre l’enquête a divisé grandement le comité-conseil formé de huit experts, mis en place pour conseiller le Directeur de la santé publique. «Trois personnes sont confortables avec l’ensemble des conclusions, deux personnes sont neutres et trois restent avec des interrogations sur les conclusions sur l’étude complémentaire étiologique», a fait savoir le Dr Desbiens.

Devant cette division, le DSP soumettra ses conclusions et ses analyses au Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis afin d’obtenir une opinion externe sur, non seulement la rigueur scientifique de l’étude et de ses conclusions, mais aussi la pertinence ou non de mener des études supplémentaires à visée étiologique.

160408 RAP EtudeShannonfinalavril2016

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