États-Unis/Arabie: les «bons vieux jours» sont terminés, tacle un ex responsable saoudien

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Le prince saoudien Turki al-Faisal, ancien renseignement chef et envoyé du royaume à Washington, a  déclaré ce le 20 avril 2016 que les "bons vieux jours" de l'alliance historique entre les États-Unis et l'Arabie saoudite sont terminés (Photo d'illustration/Archives/AFP Photo/Win Mcnamee)
Le prince saoudien Turki al-Faisal, ancien renseignement chef et envoyé du royaume à Washington, a déclaré ce le 20 avril 2016 que les « bons vieux jours » de l’alliance historique entre les États-Unis et l’Arabie saoudite sont terminés (Photo d’illustration/Archives/AFP Photo/Win Mcnamee)

Les « bons vieux jours » de l’alliance historique entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite sont terminés et leur relation devra être « recalibrée », a jugé mercredi l’ancien chef du renseignement saoudien, le prince Turki Al-Fayçal, en pleine visite délicate à Ryad de Barack Obama.

Le président américain a entamé mercredi ce qui devrait être sa dernière visite dans cette puissante monarchie sunnite du Golfe, qui n’a pas digéré l’ouverture des États-Unis vers le rival chiite iranien.

« Nous ne pouvons pas compter sur un retour aux bons vieux jours d’autrefois », a taclé sur CNN International le prince Turki Al-Fayçal, membre de la famille royale saoudienne et qui fut aussi ambassadeur de son pays à Washington.

« Jusqu’où pouvons-nous aller quant à notre dépendance vis-à-vis de l’Amérique? Jusqu’à quel niveau pouvons-nous compter sur la ténacité des dirigeants américains? Quels sont les bénéfices mutuels qui nous rassemblent? Ce sont des choses que nous devons recalibrer », a critiqué l’influent ancien chef des services de renseignement saoudiens.

Soulignant que la « conduite et les déclarations du président Obama avaient réveillé (Ryad) sur le changement en Amérique », le prince a encore jugé que l’alliance entre les deux puissances ne serait jamais plus comme avant, même après l’élection du successeur de Barack Obama.

« Je ne crois pas qu’il faille attendre de tout nouveau président en Amérique un retour, comme je l’ai dit, aux jours d’autrefois quand les choses étaient différentes », a insisté Turki Al-Fayçal.

Les décisions de l’administration américaine démocrate — du refus en 2013 d’intervenir en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran en 2015 — ont ulcéré les monarchies sunnites, dont le chef de file est l’Arabie saoudite.

Dans un article publié mi-mars dans le magazine The Atlantic, M. Obama appelait ses « amis » saoudiens à trouver un moyen de partager leur voisinage avec leurs rivaux à Téhéran. La formulation est très mal passée à Ryad.

Obama retrouve malgré tout ses alliés du Golfe, priorité à la lutte contre l’EI

L'hélicoptère Apache est un hélicoptère d'attaque tous temps développé pendant la guerre froide afin de stopper les colonnes de chars d'assaut du pacte de Varsovie en cas de conflit en Europe. Tous les appareils sont produits dans l'usine Boeing de Mesa dans l'Arizona. (Sgt. Daniel Johnson/U.S. Army)
L’hélicoptère Apache est un hélicoptère d’attaque tous temps développé pendant la guerre froide afin de stopper les colonnes de chars d’assaut du pacte de Varsovie en cas de conflit en Europe. Tous les appareils sont produits dans l’usine Boeing de Mesa dans l’Arizona. (Sgt. Daniel Johnson/U.S. Army)
Un an après le sommet de Camp David, le président des États-Unis Barack Obama retrouve jeudi à Ryad les monarques du Golfe avec l’espoir d’une implication plus forte de leur part dans la lutte contre le groupe djihadiste État islamique (EI).

À neuf mois de son départ de la Maison Blanche, M. Obama doit aussi s’employer à rassurer ses alliés sunnites (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar), échaudés par l’ouverture américaine vers l’Iran, leur grand rival chiite, et par ses propos sur sa vision de la région.

Fort des progrès enregistrés ces derniers mois contre l’EI en Irak et en Syrie, grâce à l’appui des raids aériens menés par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, M. Obama veut accélérer le rythme face à des djihadistes « sur la défensive ».

Les États-Unis viennent d’annoncer le déploiement de près de 220 soldats supplémentaires et d’hélicoptères d’attaque pour soutenir les forces irakiennes notamment dans la reconquête de Mossoul, la deuxième ville du pays, aux mains de l’EI depuis juin 2014.

Mais Washington veut aussi mettre l’accent sur la nécessaire reconstruction de villes reprises aux djihadistes, mais ravagées par les combats, à l’image de Ramadi, à l’ouest de Bagdad.

Mercredi, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a appelé les riches monarchies pétrolières au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à s’impliquer davantage en Irak, pas seulement militairement comme l’ont fait Ryad et Abou Dhabi, mais aussi « politiquement et économiquement ».

Le « soutien sunnite » à la reconstruction sera « crucial » pour assurer une victoire définitive contre les djihadistes, a souligné M. Carter, également présent à Ryad.

Les États-Unis comptent aussi sur leurs alliés du Golfe dans la résolution des conflits qui déchirent la région.

Selon Rob Malley, conseiller du président américain, la recherche d’une solution diplomatique est urgente pour des raisons humanitaires en Syrie et au Yémen en particulier, mais aussi « pour que les pays impliqués dans ces combats soient capables, lorsqu’une solution politique aura été trouvée, de se concentrer sur la lutte contre l’EI et Al-Qaïda ».

Les avancées diplomatiques restent néanmoins embryonnaires et extrêmement fragiles.

Les principaux responsables de l’opposition syrienne ont commencé à quitter les négociations de Genève, face à la poursuite des offensives du régime du président Bachar al-Assad.

Au Yémen, les rebelles chiites Houthis s’apprêtent finalement à se joindre aux pourparlers de paix qui doivent débuter avec retard jeudi à Koweït, mais des combats se poursuivent sur le terrain et une solution politique semble lointaine.

M. Obama, qui s’exprimera à l’issue du sommet avec le CCG, devrait profiter de l’occasion pour assurer ses interlocuteurs que les États-Unis ne baisseront pas la garde face aux « activités déstabilisatrices » de l’Iran, qui soutient le régime Assad en Syrie, le Hezbollah au Liban et les rebelles Houthis au Yémen.

En mai 2015, en pleines négociations avec Téhéran sur son programme nucléaire, le président américain avait retrouvé les dirigeants du CCG à Camp David.

Réaffirmant « l’engagement inébranlable » des Etats-Unis envers ses partenaires arabes, il avait souligné avec force que l’objectif d’une coopération sur la sécurité n’était pas de « perpétuer une confrontation sur le long terme avec l’Iran ou même de marginaliser l’Iran ».

Certaines monarchies du Golfe appellent de leurs voeux un accord de défense mutuelle, à l’image du traité de l’Otan. Si la Maison Blanche a exclu un tel projet, elle rappelle qu’elle a accéléré depuis la coopération militaire avec les pays du Golfe inquiets de la menace iranienne.

Washington a ainsi donné son feu vert à « plus de 33 milliards de dollars » de ventes d’équipements militaires aux pays du Golfe depuis un an, selon M. Carter.

Les patrouilles communes de navires de guerre se sont multipliées, comme les exercices militaires conjoints. Et les deux parties travaillent sur un projet de défense aérienne et anti-missile commun pour les six pays du Golfe.

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